Un gouvernement imprévisible

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Le gouvernement Marois est divertissant. On ne sait jamais de quel bord il va pencher, sauf quand il s’agit de faire vibrer les cordes nationalistes.

Chaque décision semble le résultat d’un équilibre précaire entre différentes factions et sensibilités au sein du gouvernement, entre ceux qui défendent une conception morale et idéologique de ce qui devrait être et ceux qui brandissent la dure et implacable réalité comptable et économique. Cela donne un résultat incohérent et l’impression que c’est un gouvernement qui improvise au hasard des circonstances et des jeux politiques en son sein. Résultat: la gauche est déçue et la droite n’est pas rassurée. Philippe Couillard n’est pas devenu populaire du jour au lendemain, c’est Pauline Marois qui a perdu les Québécois dans la brume.

Je suis incapable de trouver une ligne directrice dans les agissements de ce gouvernement qui dit tout et son contraire.

On apprend hier que le ministre des Finances veut hausser les tarifs d’électricité de 2 %, en plus de la hausse de 1 cent du bloc patrimonial annoncée dans son budget de l’automne dernier. Sur le fond de la question, je trouve que les tarifs d’électricité sont trop bas au Québec, ce qui ne favorise pas les économies d’énergies et la pleine valorisation d’Hydro-Québec. Sur la forme, le Parti Québécois mérite un zéro.

Dans l’opposition et au cours de la campagne électorale, le Parti Québécois s’était prononcé contre une hausse des tarifs, logeant à la même antenne que Québec Solidaire. Une fois au pouvoir, il reprend l’idée libérale de hausser le bloc patrimonial et il diminue le rôle de la Régie de l’énergie. Un projet de loi voulait ajouter de nouvelles dispositions pour financer l’acquisition de 800 MW de puissance éolienne et l’aménagement d’infrastructures pour l’électrification des transports. Il aurait fallu une hausse supplémentaire des tarifs de 2 % pour financer le tout.

Le gouvernement a dit non aux mini-centrales hydrauliques parce qu’on pouvait se passer de leur production, mais il souffle en faveur des éoliennes, dont on n’a pas davantage besoin et dont la production sera vendue à perte. Il y a déjà là matière à réflexion.

La réalité est encore pire. Selon TVA, ériger une éolienne coûterait 70 % plus cher au Québec que partout en Amérique du Nord. Comme si nous n’avions rien compris du fiasco des travaux publics, il voulait signer un accord de gré-à-gré pour la moitié de cette puissance avec un fournisseur qui n’aurait pas eu à subir le processus d’un appel d’offres. Le tout financé par une augmentation de tarif.

Autre mystère insondable du gouvernement Marois: comment peut-il déchirer sa chemise contre la fracturation hydraulique quand il s’agit du gaz naturel et la favoriser quand il s’agit du pétrole de l’île Anticosti ? Les subtilités m’échappent, car il s’agit de la même technologie. Le gouvernement ne veut pas attendre l’évaluation environnementale stratégique pour imposer un moratoire de cinq ans pour le gaz, mais se montre compréhensif et accommodant pour le pétrole.

Le débat ultime sur le nouveau régime minier promis par le PQ s’est joué au cabinet et au caucus et le gouvernement a accouché d’un régime plus complexe que le précédent, qui rapportera beaucoup moins que les rêves éveillés du PQ version opposition et qui a mis en furie adversaires et supporters de l’industrie minière.

La taxe santé devait être une infamie; elle a survécu sous une forme édulcorée. Le gouvernement gère de façon stricte les finances publiques, mais il a tout donné aux étudiants, ce qui l’oblige à couper ailleurs.

On pourrait se dire que ce gouvernement gère au centre, là où logerait la majorité des électeurs. Sauf que le PQ a trouvé moyen de compliquer les choses. Il a une pratique plutôt à droite sur les finances publiques et un discours plutôt à gauche en matière de développement économique. Comme disait un observateur, il a la tête au four et les pieds au frigo, ce qui ne veut pas dire que sa température est tempérée !

7 commentaires à propos de “Un gouvernement imprévisible

  1. Savez-vous qu’Hydro-Québec exploite des mini-centrales thermiques pour des sites hors de son réseau? Ces 140 MW de puissance produisent de l’énergie à environs 40 cents/kwh. Le contrat des éoliennes peut donc être assez rentable si on remplace une partie de la production de ces mini-centrales.

    Mais je sais, il ne faut pas chercher plus loin que les grands titres car il faut rester dans le message comme quoi le PQ est mauvais…

  2. Le GROS problème de ce gouvernement de girouettes qui a trahi chacun de ses engagements électoraux est…Pauline Marois qui en plus d’avoir une personnalité insignifiante s’est entourée d’une bande de deux de pique.

    Elle est une femme sans conviction dont les décisions dépendent de la dernière personne à qui elle a parlé et ainsi qui projette une image de « phony » dont les Québécois ne veulent pas.

    Je soupçonne qu’un putsch se prépare avant les prochaines élections. N’oublions pas que ce gouvernement a atteint un taux d’insatisfaction auprès des Québécois et des Québécoises sans précédent en moins de six mois.

    Même Jean Charest (dont on commence à s’ennuyer…) n’est pas arrivé à descendre ai bas en 9 ans de règne. C’est dire…

  3. Pour l’éolien c’est pas compliqué, c’est une façon de subventionner indirectement la Gaspésie, un terreau assez fertile électoralement pour le PQ.

    Ce gouvernement de poules pas de tête, dont le programme électoral ne vaut même pas le papier sur lequel il est écrit, serait divertissant… si c’était un spectacle gratuit. Toute cette basse-cour est actuellement fort occupée à trouver de nouveaux moyens de nous vider les poches.

    Espérons seulement qu’elle ne nous fera plus honte sur la scène internationale comme lors du voyage en Écosse. C’est quand même invraisemblable qu’elle n’ait pas trouvé le temps d’apprendre un peu l’anglais en 35 ans de politicaillerie. Si les journalistes étaient un peu moins pro-PQ, je suis certain qu’ils trouveraient d’autres squelette dans son placard, à part la pension à vie de son mari et les magouilles pour construire son château sur des terres agricoles.

    Maintenant qu’elle a réalisé son ambition à l’usure, qu’on lui donne son bleu au plus vite et qu’elle retourne en Guadeloupe!

  4. Vous écrivez :  » Selon TVA, ériger une éolienne coûterait 70 % plus cher au Québec que partout en Amérique du Nord.  »

    Ce fait devrait être une réelle préoccupation, chose curieuse ce sont des industriels du secteur privé à qui ‘Hydro-Québec a accordé une grande partie des contrats de parc éoliens déjà réalisés, qui ont sorti ça sur la place publique au moment où ils s’objectent à ce que le gouvernement accorde certains des nouveaux projets sans passer par des appels d’offre, ce qui les exclurait. Outre cette raison qui pourrait les avoir motivés à le faire aujourd’hui, pourquoi ne pas l’avoir fait avant (au cours des 7-8 dernières années ?

    Si ce qu’ils avancent est juste ça s’impose de chercher à savoir pourquoi, et dans le contexte actuel c’est tendant de spéculer et d’imaginer qu’il y a peut-être eu là aussi collusion / sursaturation etc.. et encore une fois sur le dos des québécois. Est-ce que l’UPAC a un oeil là-dessus ?

  5. @ Francois 1
    Non c’est encore un ballon que vous lancez. Tu ne majores pas le coût de ces projets de 70% juste du fait que la main d’oeuvre est syndiquée, l’érection d’une éolienne implique de faire des chemins pour se rendre au site, de couler une base de béton, d’assembler la tour, de placer la génératrice dans le haut et d’y accrocher les pales, ça prend des véhicules lourds, du ciment, une grue et des monteurs spécialisés (ne s’improvise pas qui veut dans le montage d’une éolienne). À l’oeil je ne crois pas que la différence de salaire entre un moteur spécialisé syndiqué et un qui ne l’est pas ne doit pas faire la différence de coût qu’on questionne.

    • Voici:

      http://tvanouvelles.ca/lcn/economie/archives/2013/06/20130603-181602.html

      EXTRAIT:

      « Ériger une éolienne au Québec coûte près de 70% plus cher que n’importe où en Amérique du Nord, selon ce qu’a appris notre Bureau d’enquête.
      En raison des conventions collectives, il coûte 250 000$ pour monter une éolienne au Québec tandis que partout ailleurs c’est plutôt une moyenne de 150 000$.

      Ce 100 000$ de différence, c’est l’équivalent de payer un travailleur de la construction à ne rien faire pendant un an.

      Par peur de représailles, l’industrie se fait discrète. »