Fluoration de l’eau : l’éternel débat

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L’éternel débat sur la fluoration de l’eau du robinet refait surface alors que Québec tient ces jours-ci une Commission parlementaire pour étudier une pétition signée par près de 4000 Québécois qui s’opposent à cette pratique. En campagne électorale, le Parti Québécois avait promis d’interdire la fluoration de l’eau, mais le ministre de la Santé Réjean Hébert s’y dit favorable.

Une trentaine de pays dans le monde ajoutent actuellement du fluor dans leur eau potable, alors que d’autres, comme la France, en mettent plutôt dans le sel. La plupart des dentifrices sont aussi additionnés de fluor.

Est-il dangereux de fluorer l’eau ?

Sur le plan scientifique, la question ne fait plus guère débat.

Toutes les méta-analyses des innombrables études publiées dans les années 1990 à ce sujet montrent que la fluoration est une méthode efficace, économique, sans danger et éthique pour améliorer la santé dentaire de la population en diminuant le taux de caries chez les enfants.

Le seul effet négatif est le risque de fluorose dentaire, un problème généralement bénin, qu’entraine un excès de fluor. Limiter la quantité de fluor dans l’eau et ne pas donner de dentifrice fluoré aux jeunes enfants tant qu’ils ne sont pas capables de ne pas l’avaler réduit nettement le risque de fluorose.

Même si le nombre de caries a déjà considérablement diminué depuis 30 ans, grâce à la fluoration de l’eau, du sel ou du dentifrice, cette mesure vaut encore la peine, selon des études plus récentes menées en Australie, où la question fait actuellement débat.

Fluorer l’eau est considéré comme un moyen très efficace de diminuer les inégalités sociales en santé.

Les arguments des opposants sont bien connus, et ont eux-même fait l’objet d’études. Mais ils ne tiennent pas la route.

Le premier de ces arguments, que reprend d’ailleurs la pétition (pdf) déposée à l’Assemblée nationale, consiste à dire que la fluoration suscite une controverse scientifique croissante.

C’est absolument faux: si l’on regarde la littérature scientifique (j,entends par là de vraies études publiées dans des revues à comité de lecture), on constate que la fluoration fait au contraire de moins en moins débat chez les chercheurs.

Le second argument consiste à dire qu’on nous intoxique parce que le fluor que l’on met dans l’eau est un sous-produit industriel.

Un cours de chimie élémentaire suffit à contrer cet argument : du fluor… c’est du fluor, quelle qu’en soit la source. Il n’est pas plus toxique parce qu’il vient d’une usine que de la nature. Éternelle incompréhension de ce qu’est un élément chimique !

Troisième argument : on n’a pas le droit de soigner les gens contre leur volonté, c’est une entrave à la Charte des droits et libertés. Là encore, c’est une interprétation fallacieuse des lois qui revient à nier un des plus grands progrès de l’humanité : la santé publique.

Selon cette logique, on devrait aussi arrêter de traiter l’eau pour la rendre potable et boire tous de l’eau «naturelle». Malheureusement,  il ne nous faudrait pas longtemps avant de vivre une gigantesque épidémie de gastro-entérites, voire une hausse fulgurante de la mortalité infantile! Des microbes parfaitement naturels sont malheureusement fort mauvais pour nos intestins, et au nom de la santé publique on a le devoir d’entraver nos libertés individuelles pour construire un monde plus sain pour tous…

Le dernier argument – fluorer l’eau est un gaspillage de fonds publics parce que le fluor se retrouve majoritairement dans la nature après usage - n’a tout simplement pas de sens.

On a déjà démontré qu’il est largement plus économique de fluorer l’eau que d’intervenir par d’autres mesures pour diminuer le taux de caries. Et que lutter contre les caries fait diminuer les coûts des traitements dentaires (qui peuvent être très élevés).

Par ailleurs, aux concentrations permises, le fluor n’a pas d’impact négatif sur les écosystèmes.

Malheureusement, on a bien peu de chances de faire entendre raison aux militants «anti-fluor», qui s’abreuvent de demi-vérités sur le web et ne font qu’auto-renforcer leurs arguments en n’accordant d’importance qu’aux avis qui abondent dans leur sens.

Ce que les politiques doivent éviter, c’est que leurs idées fausses se répandent dans la population.

En promettant d’interdire la fluoration, le Parti Québécois a fait une grosse bourde que le ministre Hébert tente aujourd’hui de rattraper.

L’argent dépensé pour ces deux jours de commission parlementaire aurait sans nul doute été bien mieux investi dans une meilleure explication à la population de cette question de santé publique.

5 commentaires à propos de “Fluoration de l’eau : l’éternel débat

  1. Madame Borde

    Je sais pas où vous avez pris vos informations, mais elles sont toutes rigoureusement exactes et bien rapportées. Indubitablement efficace à prévenir la carie, l’ajout de fluor dans l’eau a comme seul effet secondaire significatif connu et documenté la fluorose dentaire, des zones de colorations blanchâtres d’allure crayeuse quelquefois visibles sur l’émail des dents de 30% des enfants ayant consommé de l’eau aux anciennes recommandations (bien que si l’eau fluorée est la seule source la fluorose serait normalement très légère). J’ai même lu que la blancheur de l’émail que cause la fluorose était esthétiquement apprécié aux EU ?

    Il faut aussi savoir que la fluorose dentaire ne survient que pendant la formation de l’émail des dents, chez les enfants en poussée dentaire donc. Or chez les enfants le fait d’avaler la pate dentifrice constitue, elle, une exposition potentiellement bien plus importante que l’eau pour la fluorose dentaire. C’est pourquoi il serait préférable de limiter l’apport de fluor par la pate dentifrice, particulièrement chez les enfants consommant de l’eau fluorée. Une fois la poussée dentaire finie, le fluor dans l’eau est une protection pour toute la population et cela à vie. De plus on pourra aussi évoquer que certaines populations très à risque de négligence dentaire en raison de situation socioéconomiques défavorables pourraient bénéficier encore plus significativement de la mesure.

    Il n’y avait aucun autre impact négatif documenté ni même sérieusement suspecté du fluor ni sur la santé ni sur l’écosystème lorsque j’ai étudié le sujet (tout juste avant la modification des doses recommandées) et je n’ai pas entendu parler de nouvelles études concluantes depuis. De plus l’impact de fluorose dentaire aurait normalement été considérablement diminué avec la réduction de moitié, au Québec, de la concentration recommandée de fluor dans l’eau potable de 1,25 à 0,625 mg/L, il y a une dizaine d’années. Sous réserve de l’obsolescence de ma revue de littérature, je ne crois pas que personne n’ait évalué spécifiquement les effets de fluorose et sur la carie dentaire de la nouvelle dose recommandée au Québec, mais les courbes de dose-effet proposées laissent penser que l’effet préventif sur la carie de ces doses demeurerait significatif pour un impact de fluorose dentaire rendu quasi négligeable.

    Bien sûr l’impact contrôlé, la carie, n’est pas grave et contrôlable autrement. Il faut aussi prendre en compte que la culture hygiénique a considérablement évolué et on peut maintenant se demander si il est utile de fluorer toute la population pour offrir une protection à une population à l’hygiène négligée pour des raisons autrement gérables.
    Chose certaine l’indication n’a rien en commun avec la chloration pour la désinfection de l’eau potable contre la contamination bactérienne, une intervention à bilan définitivement positif et tout à fait indispensable auquel contribue d’ailleurs le fluor qui est un halogène voisin du chlore.

    Bref la santé publique y voit depuis des décennies et encore aujourd’hui une mesure d’intervention pertinente avec un bilan avantage/inconvénient globalement favorable, bien qu’il reste des zones grises. Donc il restera toujours nature à un débat, utile à tout au moins pour forcer à faire remettre à jour les connaissances et avis.

    Plus ça change, plus c’est pareil !

    MB

  2. Si la fluoration de l’eau éliminerait les caries elle serait interdite car la disparition des caries ruinerait la majorité des cliniques dentaires avec tous les problèmes économiques et sociaux que cela engendrerait.
    Notre société est accablé par toute sorte d’individus qui se croient investis de missions extraordinaires et s’organisent en groupes pour sauver l’humanité (pensent-ils). Les membres d’un de ces groupes (plus au moins formel) veulent que les villes optent pour la fluoration de l’eau car, disent-ils, la fluoration réduit le nombre de caries dans la population. Il y a des personnes qui s’opposent à ça pour divers motifs dont un est l’inefficacité, disent-ils, de la fluoration contre les caries.
    Ici la question n’est pas de savoir quel groupe a raison, à savoir si la fluoration est bonne ou pas pour la santé, ici il s’agit de savoir de quel droit un groupe veut imposer sa volonté à un autre. D’un droit découlant d’un problème de santé publique? Mais un problème pour qui? Pour l’État? Pas tellement car les soins dentaire ne sont pas couverts par l’assurance maladie publique. Alors un problème pour l’individu? Si c’est un problème de l’individu, laissons l’individu régler son problème! Il y a assez d’ingérence de l’État au Québec sans en ajouter inutilement.
    En fait, le problème de la fluoration de l’eau n’est pas un problème de santé (publique ou privé qu’il soit) mais de liberté et de respect des autres.
    Il est facile pour les partisans de la fluoration de l’eau de fluorer leur propre eau sans imposer la fluoration aux autres. S’ils pensent que cela est compliqué et que des personnes pourraient mal maitriser le dosage du fluore et s’empoisonner, ils peuvent demander la production de comprimés qui pourraient être dissoutes dans une quantité donnée d’eau. Ils pourraient même demander aux municipalités ou au ministère de la santé de fournir ces comprimées gratuitement. Ils peuvent aussi demander qu’une partie de l’eau vendue embouteillée soit fluorée de telle sorte que ceux qui sont pour la fluoration de l’eau puissent en bénéficier.
    C’est simple, en plus on ne fluore pas l’eau utilisée par les industries, celle perdue par les fuites du réseau et on ne pollue pas (aussi petite que cette pollution soit) l’eau des rivières.
    Le feu Camille Samson disait qu’il avait pêché beaucoup de brochets mais pas un n’avait de dentier et pourtant les eaux des lacs du Québec ne sont pas fluorées.

    • Je partage l’opinion de Mme Borde et de la Fouine. Lorsqu’on est rendu à chercher ses appuis chez Camille Samson… :-)

      Il est vrai que l’hygiène dentaire s’est remarquablement améliorée au Québec, depuis des décennies. Je le sais, j’y étais, et je peux certifier que l’état de nos dents n’a rien à voir avec ce qu’ils étaient avant les années 50.

      Un dentiste honnête ne se désole pas de la perte des caries. Il gagne assez bien sa vie professionnelle avec toutes les autres occasions de s’enrichir : les accidents, les dents croches, les traitements de canal, les dentiers et dieu sait quoi encore.

      Oui à la fluoration.

  3. SVP Mme Borde ne confondez pas la chloration de l’eau avec la fluoration de l’eau. La première est nécessaire à la santé publique, la deuxième ne l’est absolument pas. La santé dentaire s’est amélioré au cours des dernières années parce qu’il y a eu une nette amélioration de nos pratiques dentaires, de l’éducation auprès des jeunes, parce que les parents ont montré à leurs enfants comment se brosser les dents. Et l’amélioration de notre qualité dentaire collective n’est pas due à la fluoration de l’eau puisque cette mesure est actuellement peu appliquée à l’échelle du Québec. Avons-nous une problématique d’épidémie de caries dans nos sociétés qui justifie d’investir dans la fluoration de l’eau? Je ne le crois pas. Quel est l’objectif visé par une telle mesure s’il n’y a pas de problèmes majeurs à l’échelle de la population? Il y a des besoins beaucoup plus sérieux dans la population que celui de la carie dentaire qui mériteraient des investissements publiques. Svp faisons des choix plus judicieux.

    Vous souhaitez imposer à une majorité de la population une médecine qui au fond ne s’adresse qu’à une minorité. Alors pourquoi ne pas investir dans un programme d’éducation auprès de cette partie de la population? L’éducation a l’avantage d’outiller pour la vie. La fluoration ne permettra pas à ceux ayant une mauvaise hygiène dentaire de mieux se brosser les dents.

    Je veux avoir le CHOIX de boire une eau sans fluor sans devoir acheter une eau embouteillée. Je n’ai pas de problème dentaire parce que j’ai une bonne hygiène dentaire. Je n’ai pas des dents extraordinaires toutes droites et sans défauts comme on voit dans les magazines. Et j’ai eu plusieurs caries lorsque j’étais jeune parce que je n’appliquais pas les règles d’hygiène adéquatement. Depuis que je les applique correctement, je n’ai plus eu de problèmes de carie et pourtant mon eau n’est pas fluorée.

  4. J’aime bien la citation de Camille Samson, elle nous rappelle ce personnage coloré. Pour plus d’informations, allez sur wikipédia, on y lit ceci:

    Depuis le milieu du XXe siècle et encore largement de nos jours la carie a été considéré selon la « représentation de Miller », principalement caractérisée par :

    – maladie infectieuse à germe spécifique transmissible (pour laquelle un vaccin est donc envisageable). Les bactéries Lactobacillus acidophilus et Streptococus mutans étaient désignées responsables de la formation de la carie ;
    – principale substance cariogène : le sucre ;
    – le fluor est l’outil central de prévention et de traitement.

    Des études récentes invalident cette représentation : le sucre, le fluor n’ont plus les rôles centraux qu’on leur accordait ; le régime alimentaire, la santé générale, le patrimoine génétique et les facteurs sociaux sont des déterminants importants2[réf. incomplète]. Les pratiques d’hygiène buccale et les politiques associées sont à revoir en profondeur3[réf. incomplète]. La carie devient une affection chronique multifactorielle d’origine endogène, non transmissible.