Coupes en recherche : quelle logique ?

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Le ministre Pierre Duchesne a annoncé hier que 26,5 millions de dollars seraient réinvestis rapidement dans la recherche, principalement dans les domaines de la santé et de l’environnement puisqu’une partie des fonds (6,5 millions) proviendront du Plan d’action sur les changements climatiques.

Plusieurs chercheurs se réjouiront sans doute de ce revirement inespéré, qui va en partie calmer le jeu avant les Assises de la recherche prévues pour le mois d’avril.

Mais à quelle logique correspondent ces réinvestissements ?

Sur ce montant, 16 millions seront réattribués aux fonds de recherche, dont le budget avait été amputé de 32 millions récemment.

La moitié de cette somme ira au Fonds de recherche en santé. Pour le reste, l’annonce n’a pas encore été faite.

On se rappelera que les 18 centres de recherche universitaires en santé avaient réagi à la coupe de 10 millions dans le budget du Fonds de recherche en santé du Québec avec une campagne de communication (Je suis Michèle) qui a fait beaucoup de bruit.

Le ministre Duchesne leur avait alors reproché d’instrumentaliser la détresse en présentant le cas d’une femme aux prises avec un cancer dont seuls des traitements expérimentaux pourraient venir à bout.

Même si cette campagne de communication était effectivement très démagogique, il faut croire que ça a marché. Le FRSQ récupère 8 des 10 millions qu’il avait perdu.

Le Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies (FQRNT), dont le budget avait été amputé de 14,9 millions de dollars (soit une baisse de 30%) et le Fonds Société et culture, où 7,1 millions avaient été coupés, devront se partager les 8 autres millions.

Si les chercheurs en génie civil, les astrophysiciens ou les politicologues avaient manifesté leur désaccord aussi fortement que les chercheurs en santé, auraient-ils récolté plus? Dans ces domaines aussi, les sommes vont à des bourses étudiantes et servent à lever des fonds ailleurs.

Alors quelle logique derrière tout ça ?

Le gouvernement reconnait déjà implicitement que la recherche en santé est plus importante que le reste en lui attribuant plus de fonds. Mais est-ce une raison pour creuser l’écart parce que les chercheurs en santé crient plus fort que les autres ?

Bien des innovations technologiques ou sociales sont susceptibles de plus bénéficier à la société québécoise que certaines recherches en santé, qui ont parfois des effets pervers et aboutissent à une surenchère de dépenses publiques pour une bénéfice fort limité (qu’on pense par exemple aux derniers médicaments contre le cancer).

Mais si les gouvernements n’avaient jamais encouragé la physique fondamentale, nous n’aurions aucune industrie de pointe ni équipements électroniques. Sans astrophysique, on en serait encore à croire à Nostradamus. Sans recherche dans les arts et la culture, la vie serait extraordinairement ennuyeuse.

Pierre Duchesne n’a pas hérité d’un ministère de tout repos avec comme interlocuteurs les étudiants, les recteurs et des chercheurs de plus en plus échaudés.

Chacun peut voir dans ses volte-face de l’amateurisme ou de l’écoute active, selon sa sensibilité politique.

Dans tous les cas, il faut espérer que la politique scientifique qui va engager son gouvernement sur plusieurs années aura été mûrement réfléchie.

Et que l’attribution des fonds qui la soutiendront se fera sur une base plus rationnelle et transparente que ces coupes de coupes.