Où s’en va la recherche québécoise ?

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En plus d’organiser le Sommet sur l’enseignement supérieur en février prochain, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche, de la science et de la technologie Pierre Duchesne va devoir rapidement se pencher sur la nouvelle Politique nationale de recherche et d’innovation.

Au printemps dernier, le défunt Ministère du développement économique, de l’innovation et de l’exportation avait confié à l’Association francophone pour le savoir (Acfas) et à l’Association de la recherche industrielle du Québec (Adriq) le mandat de consulter les acteurs de la recherche publique et privée au sujet de la troisième version de la stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation.

L’Acfas a reçu pas moins de 65 mémoires, l’Adriq en a eu 33, et les deux organismes espèrent que ceux-ci pourront bientôt être rendus publics.

Entre temps, le nouveau ministre Duchesne a annoncé que cette stratégie serait en fait une vraie politique.

On s’attend donc à du solide, et surtout à ce que les organismes consultés soient entendus.

L’un comme l’autre ont présenté les grandes lignes des résultats de leurs consultations la semaine dernière à une table ronde de l’université d’automne de l’Institut EDS que j’ai eu le plaisir d’animer.

Deux mots clés à retenir pour le ministre Duchesne:

- la pérennité : en recherche, une stratégie sur trois ans comme celles du gouvernement libéral n’a aucun sens, ce délai étant bien trop court pour pouvoir accomplir quoi que ce soit. La nouvelle politique devra au moins couvrir une période de 5 ans.

- la transparence : personne ne veut plus des «projets mobilisateurs» sur l’avion écologique ou la médecine personnalisée qu’affectionnaient les libéraux. Projets qui n’avaient pas grand chose de mobilisateur pour le milieu et qui ont été essentiellement décidés en catimini. Éthique et intégrité sont au menu.

Pour que la politique scientifique fasse réellement partie des débats politiques au Québec, Florence Piron, professeure en communication à l’université Laval, propose qu’elle soit discutée en commission parlemementaire.

Ce serait certainement une bonne occasion d’élever le débat dans la «société du savoir» à laquelle aspire la Première ministre Pauline Marois.

Et cela aurait au moins le mérite de forcer nos élus à s’intéresser à un sujet aussi crucial pour l’avenir du Québec.

D’ici là, on ne peut qu’espérer que le prochain budget donne enfin au Scientifique en chef les moyens de ses ambitions.

Depuis sa nomination à ce titre à l’été 2011, le Dr Rémi Quirion en est à son troisième patron (M. Duchesne après MM. Hamad et Gignac). Aucun d’entre eux n’étant issu ou proche du milieu de la recherche, il a eu tout un défi à relever pour leur expliquer la dynamique de ce milieu et les enjeux.

Depuis son arrivée, le Scientifique en chef s’est surtout consacré à réorganiser l’administration des Fonds de recherche.

Il a lui aussi consulté le milieu et reçu des dizaines de propositions de recherches «intersectorielles» à prioriser.

Mais il ne dispose encore que d’un beau gros zéro dollar pour les financer.

En abolissant la hausse des frais de scolarité, le gouvernement a privé les universités de montants substantiels.

Va-t-il se rattraper en débloquant nettement plus de fonds pour la recherche ?

Rémi Quirion estime que Québec devrait doubler le montant investi en recherche d’ici cinq ans.

Ça peut sembler gros et utopique, mais il ne s’agit jamais que de 200 millions de dollars en plus d’ici 2017.

Ceci dit, si Québec parvient au moins avec cette nouvelle politique à maximiser les retombées de ce qu’on investit, en répondant vraiment aux besoins et non aux desiderata de quelques groupes d’intérêt, ce sera déjà un net progrès.

5 commentaires à propos de “Où s’en va la recherche québécoise ?

  1. Mme Bordes, vous écrivez: « En abolissant la hausse des frais de scolarité, le gouvernement a privé les universités de montants substantiels.

    Va-t-il se rattraper en débloquant nettement plus de fonds pour la recherche ? »

    Est-ce à dire que les étudiants devraient, selon vous, financer la recherche universitaire?

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