Fluorer l’eau: une question d’éthique

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Même si une partie de la population s’y oppose, fluorer l’eau potable des municipalités québécoises serait souhaitable, selon un avis rendu par le Comité d’éthique de santé publique.

Ce comité, rattaché à l’Institut national de santé publique du Québec, estime que les bénéfices de la fluoration sont supérieurs à ses effets potentiels négatifs sur la santé et l’environnement, et qu’ils justifient l’accroc à la liberté de choix des personnes qui ne souhaitent pas voir leur eau fluorée.

Au Québec, 42% des enfants de la maternelle ont des caries. De plus, les enfants québécois ont 40% plus de caries que ceux des États-Unis ou de l’Ontario, où la fluoration de l’eau est courante.

Même si la santé dentaire de la population s’améliore, fluorer l’eau reste une des mesures les plus sécuritaires, efficaces, économiques et justes de réduire l’incidence des caries, selon les membres du comité d’éthique.

C’est aussi un excellent moyen de réduire les inégalités sociales, car les gens les plus pauvres sont de loin ceux qui ont le plus de caries.

La direction nationale de la santé publique propose d’amender le règlement sur la qualité de l’eau potable pour y inclure une nouvelle norme de 0,7 milligrammes de fluor par litre, pour toutes les municipalités de plus de 5 000 habitants. 

Cette concentration minimiserait le risque de fluorose dentaire, qui engendre des taches sombres sur les dents des enfants qui consomment trop de fluor.

Elle est aussi largement inférieure à la quantité de fluor d’origine naturelle qu’on retrouve à certains endroits dans l’eau, qui peut atteindre 28 mg/l, et n’aurait aucun impact sur l’environnement.

Peut-on, au nom de la santé publique, forcer les gens qui ne veulent pas de fluor dans leur eau à en boire quand même ?

Oui, statue le comité d’éthique, à condition de bien informer la population et de lui permettre de s’exprimer dans des forums publics, voire par référendum.

Plusieurs groupes s’opposent radicalement à la fluoration de l’eau, qui selon eux pourrait avoir des effets néfastes sur la santé.

«Le fluor réduit l’intelligence chez les enfants», peut-on lire sur le site d’Action Fluor Québec, qui cite une 24ème étude publiée en décembre dernier qui aurait établi un tel lien.

Sauf qu’en janvier, cette fameuse étude a été retirée du journal Environmental Health Perspectives dans laquelle elle avait été publiée, car les données sur lesquelles elle s’appuyait avait déjà été publiées… en 2003! C’est ce qu’on pourrait appeller faire du milage avec ses données.

Action Fluor Québec a mis à jour son site web depuis, mais a dû oublier de signaler le retrait de cette étude.

Par ailleurs, 9 des 23 autres études que cite l’organisme viennent aussi de Chine et n’ont été publiées qu’en chinois, donc pas dans des revues internationales à comité de lecture.

On a déjà vu plus solide comme preuve…

19 commentaires à propos de “Fluorer l’eau: une question d’éthique

  1. « Le fluor réduit l’intelligence chez les enfants »… Pfffffff. L’absentéisme et le manque de concentration pour cause de douleur causée par la carie le fait bien davantage!

    Je suis hygiéniste dentaire en école primaire. Après 7 ans à farfouiller les petites bouches d’Hochelaga-Maisonneuve et de Pointe St-Charles, non seulement je ne finis plus de faire de la prévention dans le beurre, mais je suis définitivement en faveur d’une mesure préventive sans coûts et aux bénéfices évidents pour ces populations qui n’ont pas les moyens ni les connaissances de faire autrement.

    À Dorval, depuis que le système de fluoration de l’eau est brisé et qu’ils niaisent à le réparer, le taux de carie a eu le temps de passer de 8% à 17%.
    http://www.agencesss04.qc.ca/sante-publique/sante-dentaire/fluorationeau.html

    Enfin. Qui tente-je de convaincre ici? Les groupes de militants anti-fluor? J’imagine. Je voudrais bien leur offrir la solution facile d’acheter leur eau de source naturelle en bouteille s’ils ne veulent pas consommer une eau de robinet vitaminée d’anti-carie, mais… elle est, elle aussi, naturellement fluorée :)

  2. Fluorer l’eau: une question d’éthique… insoluble.

    Fluorer brime la liberté de ceux qui, besoin ou pas, n’en veulent pas. Ne pas le faire c’est ignorer les besoins de ceux qui pourraient en bénéficier. La responsabilité collective des autorités et des décideurs ou la liberté individuelle des citoyens? Le choix doit-il être démocratique ou scientifique? La science a de l’importance pour ceux pour qui elle a de l’importance. Le liberté individuelle doit primer pour ceux pour qui la liberté individuelle doit primer. Ce type de questionnement sera toujours un dialogue constant entre l’importance accordé au collectif par rapport à celle accordée à l’individuel, à celui de la science officielle par rapport aux savoirs parallèles et alternatifs. Insoluble.

  3. Moi, mon épouse et nos 2 jeunes filles de 5-7 ans, nous n’avons jamais eu d’eau fluorée et nous n’avons pas de carie… ah oui, c’est vrai, nous nous brossons les dents.

    Payons encore pour les irresponsables.

  4. Fluorer l’eau?
    Ai-je besoin de fluor pour laver mon auto, ma vaisselle et remplir la piscine? Evidemment non. Alors pourquoi ne pas offrir aux enfants des comprimés de fluor, des yougourts ou autres aliments fluorisés qui pourront être distribués aux enfants dans les écoles à même les petits déjeuners? Ainsi, les enfants auront de bonnes dents, on ne pollue pas la planète, et on emmerde pas ceux qui ne veulent pas de fluor.
    Evidemment les compagnies pharmaceutiques préfèrerait qu’on en mette des quantités industrielles dans l’eau car c’est plus payant mais en plus elles auraient la possibilité de soigner tous ceux qu’ainsi, elles ont rendus malades.Elles gagnent sur tous les tableaux.
    Ma fille a pris de tels comprimés qui sont très abordables, elle a de bonnes dents et elle n’a rien détruit pour ce faire.

  5. Il y a des bénéfices pour la santé, scientifiquement documentés, qui justifient l’ajout de fluor et de chlore à l’eau de consommation et d’iode au sel de table. Il en va tout autrement du sel, du sucre et du gras (sur)ajoutés dans les aliments transformés qui, eux, sont associés à des effets délétères bien documentés (maladies cardiovasculaires, obésité, diabète). Combien d’entre nous ont eu leur mot à dire sur les orientations prises depuis des décennies par les transformateurs d’aliments? Combien d’entre nous revendiquons activement notre participation aux orientations futures de notre alimentation? Notre droit à la liberté de choix et à la salubrité environnementale est tout ce qui a de plus légitime. Exerçons-le sur des cibles qui comptent vraiment.

  6. @passage

    Je ne suis pas obligé de manger de la bouffe plein de gras trans, sucre ou sel. Je prépare mes repas avec des aliments santés. Nous mangeons très peu d’aliments déjà transformés.

    Vous dites: « Combien d’entre nous ont eu leur mot à dire sur les orientations prises depuis des décennies par les transformateurs d’aliments?  »

    Tout le monde a eu son mot à dire. Si les gens n’en veulent pas, ils n’ont qu’à ne pas en acheter, c’est tout. Quand les gens refusent un produit, l’entreprise cesse d’en produire.

    Par contre, s’ils décident de mettre du fluor dans l’eau, je n’aurai pas le choix d’en avaler et de payer pour.

  7. @Etienne

    Ma précédente intervention visant simplement à faire ressortir le fait que les «entraves» à notre liberté que nous dénonçons pour certains sujets sont également présente dans une foule de domaines de la vie de tous les jours dont l’alimentation. Et que la réduction des quantités de sel, de sucres et de gras de l’alimentation aurait potentiellement beaucoup plus d’impacts bénéfiques sur notre santé que le retrait du fluor de l’eau de consommation ou de l’iode du sel de table.

    Cela dit, votre dernière intervention cadre parfaitement avec votre première. Évidemment, il n’y a qu’à bien faire et bingo on est sauvé.

    Cependant, le recours au libre choix et à la responsabilité individuelle comme variables déterminantes des comportements a des limites. Dans la vraie vie, les individus naviguent la plupart du temps sur un océan dont le moins qu’on puisse dire ils ne contrôlent pas tous les éléments. Et des vents contraires à la bonne marche du navire, il y en a à profusion. En ce qui concerne l’obésité, Santé Canada en identifie quelques-uns:

    «De nombreux facteurs ont contribué à l’augmentation des taux d’embonpoint et d’obésité. Les changements survenus au sein de la société, du travail et des loisirs ont eu des répercussions sur les activités et les habitudes alimentaires, ce qui a eu pour effet d’augmenter la prévalence de l’embonpoint et de l’obésité. Les gens se tournent davantage vers des emplois mois exigeants physiquement, vers le transport automatisé et vers des loisirs passifs, comme la télévision et les jeux vidéos. Bon nombre d’enfants et de jeunes ont moins d’occasions d’être actifs à l’école compte tenu de la réduction des cours d’éducation physique et du temps consacré à l’activité physique en milieu scolaire. De plus, ils sont de moins en moins nombreux à aller à l’école à pied. Selon Statistique Canada, il existe une corrélation directe entre le temps passé à regarder la télévision ou à jouer à des jeux vidéos et la probabilité qu’un enfant fasse de l’embonpoint ou souffre d’obésité. Les changements de nos habitudes alimentaires, notamment la consommation de plus grosses portions et l’accès à une vaste gamme d’aliments bon marchés, nuisent également au maintien d’un poids santé.»

    Dans un tel contexte, comment peut-on demander à un individu de porter seul le poids de la responsabilité de ses choix alors qu’il a peu ou pas de contrôle sur les éléments qui les déterminent. L’augmentation de l’obésité serait-elle le symptôme d’une société malade de l’irresponsabilité de ses membres ou simplement l’indicateur que la santé des citoyens est, sauf exception, généralement en phase avec leur mode de vie (décrit plus haut).

    Cela dit, la question de la responsabilité individuelle et de la responsabilité collective demeure une question fondamentale fort intéressante. Il est possible que le début d’une réponse à ce questionnement se trouve au sein de des valeurs généralement partagées par une société. Valeurs qui j’en conviens peuvent ne pas être partagées avec la même conviction et la même intensité par tous les membres de cette société. En terminant, je porte à votre attention un court texte qui traite des deux aspects de ce questionnement.

    «http://www.canalvie.com/emissions/jeux-de-societe/100390558-sante-responsabilite-collective-ou-individuelle/chroniques/»

    Salutations

  8. Je travaille dans le domaine du traitement de l`eau et je préconise beaucoup plus l`ajout de fluor dans les aliments orienté pour les jeunes et moins jeunes .

    Le dosage de fluor dans l`eau potable est un vrai
    gaspillage puisque que seulement 1% de l`eau potable
    produit est consommé .

  9. Au lieu de fluorer l’eau, ce qui nécessiterait de grandes quantités de fluor avec des conséquences pour l’environnement et pour les aqueducs, pourquoi ne pas fluorer certains aliments (lait, céréales, etc…) comme on fait déjà pour les vitamines?

  10. Ce n’est pas à nous à démontrer les dangers du fluor dans l’eau c’est à ceux qui veulent le mettre à prouver son inocuité absolue.
    JE décide de ce que je veux mettre dans mon corps et personne, encore moins un comité, peu importe le nom qu’il se donne, n’a de pouvoir ou de droit de regard là dessus.

  11. Et si on ajoutait des taxes majeures sur les boissons gazeuses sucrées, un peu comme on a fait pour la cigarette ? En ce qui me concerne, il vaut toujours mieux attaquer un problème à sa source et dans ce cas-ci, la source des caries, c’est le sucre !

  12. Je suis sensible aux caries dentaires des enfants, je suis moi-même mère de 4 enfants. Je trouve seulement qu’on prend ici un mauvais tournant. La solution aux caries dentaires n’est pas la fluoration de l’eau, mais la réduction de sucre et de nourriture transformée. Je suis encore abasourdi de constater le quantité de sucre qu’on donne aux enfants dès leur plus jeune âge et après on s’étonne de la mauvaise santé dentaire. On devrait passer une loi qui interdit la consommation de sucre avant l’âge de 12 ans. Fluorer l’eau c’est comme donner une pilule qui permet de continuer les mauvaises habitudes….Voilà pour les caries dentaires!

  13. @Patrick Tétrault

    Effectivement, ce n’est pas à vous de démontrer les dangers du fluor. Cela a déjà été pris en compte par les scientifiques dans leurs évaluations. Les conclusions sont que le fluor présente globalement plus d’avantages que d’inconvénients pour la collectivité. C’est pour cette raison que les autorités le recommandent malgré «l’entorse» à la liberté individuelle sur laquelle le comité d’éthique mentionné par madame Borde s’est prononcé.

    Exiger une preuve de l’innocuité absolue d’un produit peut être une idée intellectuellement séduisante mais guère applicable pratiquement. Le risque zéro n’existe pas. Les constructeurs automobiles devraient-ils avant de les mettre sur le marché faire la preuve absolue que leurs véhicules n’ont rigoureusement aucun impact environnemental et conséquemment sur la santé? Et cela vaut également pour une foule d’autres produits.

  14. Je me méfie de ceux qui veulent mon bien, encore plus si c’est l’État. Quand ce dernier décide de ce qui est bon pour les citoyens et l’impose à tous, on n’est pas loin d’une dictature. À mon sens, il faut un motif extrèmement grave pour « …justifier l’accroc à la liberté de choix… » D’autre part, malgré les propos rassurants de l’Institut national de santé du Québec, on est encore loin de connaître tous les dangers potentiels d’une telle mesure, surtout à long terme. Et les propos de « Action Fluor Québec » sont sans doute loin d’être désintéressés. Il y a bien assez de risques qu’on ne peut pas éviter, de grâce, qu’on ne nous en impose pas encore plus. Un grand nombre de gens achètent leur eau potable en bouteilles, ce qui laisse l’eau fluorée pour le bain ou l’arrosage du gazon. Ainsi la fluoration de l’eau devient encore plus inutile avec les années.

    Mais que représente l’opinion d’un simple citoyen. En cette matière, notre gouvernement suivra les avis des groupes de pression, des idéologues, tenant compte uniquement de ce qui est rentable politiquement. Et ensuite, on est surpris du dédintéressement, voire du mépris de la population envers ses dirigeants et les institutions.

  15. Attention vous dites que L’étude de 2003 sur la santé des enfants a été reprise, mais vous ne dites pas que les données sont fausses.

    Je veux bien qu’on ne le cite pas comme une de plus mais si elle apporte des éléments de plus à une réflexion c’est quand même important. Faire du millage avec des informations pertinentes si elles le sont vraiment… pourquoi pas… mais ne me dites pas que c’est du nouveau, c’est tout

  16. Pauvreté: Il a été démontré que les gens plus pauvres mangent moins bien en général, cela peut aussi être un facteur aggravant pour l.apparition de carie. L’idée de bien manger chez les gens plus instruits n’a pas la même signification que chez les gens qui le sont moins. Et la corrélation instruction pauvreté a été faite plus d’une fois par les sociologues et autres.

    Je crois que le problème est plus de l’ordre de l’éducation que de l’ordre du revenu familliale. Les enfants sont protégés par l’assurance maladie du Québec, si els gens ne vont pas chez le dentiste ou ne se brossent pas les dents c’est un problème D’ÉDUCATION.

    Pourquoi toujours vouloir protéger les gens contre eux mêmes? Apprendre implique aussi, subir des conséquences, puis améliorer des comportements. Devenir conscients. Je ne souhaite pas vivre dans un monde où les responsabilités sont reléguées à l’État. L’autonomie selon Kant, ça vous dit quelque chose? Lisez, cela vous plaira. La liberté prendra un autre sens peut-être.

  17. La santé des dents chez les enfants me préoccupe beaucoup. J’ai vu des mères en milieu défavorisé donner des jus en attente du repas peu frugal. Pas surprenant , de plus, le prix exorbitant des soins dentaires décourage les parents de faire de la prévention.

    Pourquoi ne ferait-on de la prévention par des cliniques de dépistage et de soins primaires dans les écoles. Il existe la popotte roulante pourquoi pas la roulotte dentaire par des stagiaires en arts dentaires. Et peut-être des spécialistes en alimentation. On enveloppe un peu trop nos enfants dans le papier de soie. L’effort
    ne fait pas mourir personne.

  18. Ne pas donner le choix au nom de l’éthique … aberrant tout de même !!!
    Selon Wikipedia (et en accord avec les dictionnaires Larousse et Petit Robert), « l’éthique établit les critères pour agir librement dans une situation pratique et faire le choix d’un comportement dans le respect de soi même et d’autrui. »
    Fluorer l’eau de toute une population aura certainement des coûts. Qu’on prenne donc cet argent pour faire de la prévention et de l’éducation pour aller à la source même du problème, soit la mauvaise alimentation et le manque d’hygiène buccal. De plus, l’idée de surtaxer les boissons gazeuses et les jus, qui font partie de la source du problème, me semble tout à fait justifiée et laisse aux gens le libre choix de leurs comportements.
    Éthique ne veut certainement pas dire obligation, vraiment !!!

  19. Il ne faut pas oublier que les soins dentaires sont couverts jusqu’à 9 ans inclusivement… par la suite c’est au frais des parents (sauf s’ils recoivent de l’aide social)… De plus on s’attaque déjà à la source du problème, des hygiénistes dentaires sont déployés dans les écoles pour faire de la prévention-éducation mais les résultats manques à l’appel.
    La fluoration de l’eau potable est une mesure juste et équitable (c’est rendu rare ça dans notre société). De plus il ne faut pas passer sous silence que les soins dentaires coûtent 3 millards par année à la société.
    33 pays dans le monde bénéficie de l’eau volontairement fluoré et 27 autres pays on de l’eau fluoré naturellement pour un total de 60 pays. Au canada 42% de la population bénéficie de cette mesure contre 3% au Québec!!!!!!
    La quantité de fluor ajouté est minime (1cm sur 13 Km pour comparer) pour des résultats marqués.
    Je suis pour une fluoration pour tous!