« Si les fédéralistes n’ont pas de projet d’avenir, ce ne sont quand même pas les souverainistes qui vont leur en dessiner un ! » dit l’ancien ministre des Affaires intergouvernementales du gouvernement Charest.

Il dénonce l'attitude « résignée » des fédéralistes, s'inquiète des menaces d'anglicisation qui pèsent sur le Québec, accuse la Cour suprême de triturer la loi 101 et martèle que le Québec a le devoir de réfléchir à son destin constitutionnel, « fût-il à l'intérieur ou à l'extérieur du Canada ». Benoît Pelletier, ex-ministre des Affaires intergouvernementales dans le gouvernement de Jean Charest, serait-il devenu souverainiste ?
Non, jure cet expert en droit constitutionnel, qui est retourné enseigner à l'Université d'Ottawa à l'automne 2008, après un séjour de 10 ans en politique, dont 6 au sein du Conseil des ministres. « Mais je n'entends pas, dans les milieux fédéralistes, de discours sur la place du Québec dans le Canada de demain. Je le déplore. » Les fédéralistes se trouvent, de fait, à acquiescer au statu quo, dit-il. « Et ça n'a jamais été mon option. »
L'actualité a rencontré Benoît Pelletier à Montréal.
Comment percevez-vous l'évolution du fédéralisme canadien ?
- Je suis inquiet. Le fédéralisme ne fait pas assez preuve de flexibilité dans sa façon de répondre aux besoins du Québec. La Chambre des communes a reconnu que les Québécois formaient une nation, mais ça reste une simple motion, ce n'est pas inscrit dans la Constitution du pays. J'aspire toujours à ce que le caractère distinctif du Québec ne soit pas seulement reconnu du bout des lèvres, mais qu'on en fasse une grande valeur canadienne.
Il y aura 20 ans le 23 juin, l'accord du lac Meech échouait. Le Québec signera-t-il un jour la Constitution canadienne ?
- Je l'espère, mais le Québec ne devrait jamais apposer sa signature contre un plat de lentilles. Il doit continuer d'avoir des demandes fermes, même s'il ne doit pas se focaliser sur les demandes constitutionnelles. Une Constitution, c'est le miroir d'une société. Depuis son rapatriement, en 1982, les Québécois ne s'y retrouvent pas. Il faudrait en débattre et nourrir une ambition dans ce domaine...
Avez-vous l'impression que ce n'est pas le cas ?
- La Constitution est devenue un sujet tabou et ce n'est pas sain. Un pays qui refuse d'envisager la possibilité de réformer sa Constitution est un pays qui refuse d'innover. En ce moment, le pays met son avenir entre les mains des juges, des non-élus. C'est une tendance inquiétante. Je préfère que ce soient les politiciens, les élus, qui fassent évoluer la Constitution.
Quand on dit qu'on devrait s'occuper des « vrais problèmes » au lieu de parler de la Constitution, on se nuit à soi-même. Quand on est une minorité francophone au Canada, a fortiori en Amérique du Nord, on a le devoir de se préoccuper de son destin politique et constitutionnel, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur du Canada.






