Stephen Harper a tourné le dos deux fois à Ottawa, par dépit. Il a même milité pour la séparation de l'Alberta avant de finalement se réconcilier avec un pays qu'il entend aujourd'hui redéfinir.
Chaque année, en janvier, le chinook - vent chaud qui descend des Rocheuses - fait fondre les bancs de neige sales et glacés de Calgary. Cette année, c'est sur Stephen Harper que le chinook semble avoir soufflé, éclipsant, le temps d'une campagne électorale, sa personnalité froide et introvertie, ses préjugés contre la capitale nationale, sa méfiance à l'égard des nationalistes du Québec.
Le nouveau premier ministre du Canada a-t-il changé à ce point? Quelque 5,4 millions de Canadiens l'ont cru, soit le quart des électeurs inscrits. Les trois autres quarts ont plutôt jugé que l'hiver n'était pas fini à Calgary!
Stephen Harper est un pur produit de la géopolitique canadienne. Né le 30 avril 1959, dans le quartier Leaside, à Toronto, ce jeune premier de classe, médaillé d'or du Richview Collegiate Institute pour avoir obtenu la meilleure moyenne de sa promotion, n'aurait sans doute jamais quitté la métropole ontarienne si son père, Joseph, n'avait été comptable pour Imperial Oil. À l'âge de 19 ans, le fils tente l'aventure dans l'Ouest. Fort en maths, il décroche facilement un emploi de programmeur en informatique dans la même société que son père, à Edmonton. Puis, il choisit de faire une maîtrise à la Faculté des sciences économiques de l'Université de Calgary.
Nous sommes en 1980, et l'explosion du prix du pétrole amène le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau à imposer son Programme énergétique national, considéré comme une véritable "nationalisation" en Alberta. Lors de l'élection fédérale suivante, les libéraux, bien que victorieux au pays, seront rayés de la carte de la province.
Stephen Harper, qui avait flirté un temps avec les Jeunesses libérales, rallie les rangs du Parti progressiste-conservateur. Celui-ci est maintenant dirigé par Brian Mulroney et arrive au pouvoir en 1984. Le jeune étudiant en économie n'a même pas encore rédigé son mémoire de maîtrise qu'il s'installe à Ottawa comme adjoint de direction du député conservateur de Calgary-Ouest, Jim Hawkes. À l'époque, Hawkes n'exerce aucune fonction parlementaire et son adjoint se contente d'être un observateur. Ce qu'il voit le révolte: les premières années du gouvernement Mulroney sont marquées par les scandales - impliquant le plus souvent des députés et des ministres du Québec. Stephen Harper retourne à Calgary terminer ses études. Premier dépit, premier repli: il n'aura pas tenu deux ans à Ottawa.





