Politique »

La face cachée du plan Harper


24 Février 2012

Il y a 10 ans, Stephen Harper revenait en politique active avec un objectif: faire du Parti conservateur le parti dominant du Canada au 21e siècle. Pour y arriver, il devait déplacer doucement le centre politique du pays vers la droite… Voici comment il s’y prend.

La face cachée du plan Harper
Ill.: Steve Adams

Si pouvait voir dans la tête de Stephen Harper, on découvrirait probablement un jeu d'échecs. Tel un Garry Kasparov concentré sur son échiquier, le premier ministre du Canada, homme de l'Ouest qui parle peu, dirige le pays comme l'ancien champion du monde gagnait des tournois.

Il réfléchit longuement avant de bouger une pièce. Chaque déplacement mène à l'objectif ultime. Mais celui-ci n'est pas uniquement de mettre ses adversaires échec et mat, de gérer le pays et de modifier les lois. Le premier ministre veut changer les mentalités.

Stephen Harper peaufine sa stratégie depuis qu'il est revenu en politique, il y a 10 ans. Un soir glacial de février 2002, en pleine course au leadership de l'Alliance canadienne, il voyait déjà comment transformer le paysage politique pour s'assurer que la droite remplace le Parti libéral du Canada comme parti naturel du pouvoir. « Pour s'imposer, il faudra amener le parti plus au centre de l'échiquier politique. Mais si on est sérieux dans notre volonté de transformer durablement le pays, il faut aussi déplacer ce centre vers la droite, plus près des principes conservateurs », a-t-il dit à ses proches conseillers réunis dans leur petit local d'un centre commercial, en banlieue de Calgary.

À LIRE AUSSI >> Entretien avec Stephen Harper : «Je suis un étapiste»

Encore aujourd'hui, c'est le cœur du plan Harper. Pour le réaliser, le premier ministre bouge ses pièces sur le front des idées, des valeurs et des symboles de la droite. Et sur le front de l'organisation : Stephen Harper a construit une formation sans pitié, armée des techniques les plus modernes du pays, pour gagner ses batailles électorales.

Et ça fonctionne, affirme Stephen Harper en entrevue avec L'actualité. Le Canada est « plus conservateur » qu'il y a une décennie. Des valeurs comme l'ordre public, la réduction des taxes et des impôts, le libre-échange, le respect des compétences des provinces et le patriotisme militaire sont de plus en plus acceptées comme étant la norme, dit-il.

Selon un sondage Angus Reid-L'actualité, 37 % des Canadiens estiment que «la société canadienne est plus près des valeurs de la droite depuis 10 ans». Ils sont 22 % à penser que la situation est «inchangée» et seulement 15 % affirment que le Canada est plus près des valeurs de la gauche depuis une décennie.

>> Les résultats complets du sondage (fichier PDF)

«Est-ce que le Canada est un pays de centre droit ? Non, pas encore», dit toutefois l'un des conseillers du premier ministre. À preuve, 56 % des Canadiens estiment que «le gouvernement fédéral a un rôle important à jouer pour redistribuer la richesse et intervenir dans l'économie, quitte à devoir augmenter les taxes et les impôts», selon le même sondage. Une idée de gauche que 36 % des Canadiens rejettent.

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 4.8 (17 votes)

Commentaires (6)

Tres bonne analyse de le

Tres bonne analyse de le Parti de Harper. C'est ettonent que la destruction et des-information (propagande) sont les buts de ce nouveu parti qui vit a l'invers de l'histoire et du progres et malgre qui gagne fortement l'argent. J'espere que comme aux USA un fort coffe bourre d'argent ne garantie pas l'election. Je vis en Alberta et on n'a pas eu une bonne analyse de ce phenomene -- syndrome: Harper . Merci.

Une analyse judicieuse et

Une analyse judicieuse et très intéressante qui mériterait un plus large auditoire...
J'apprécie qu'un gouvernement se tienne debout malgré les critiques. En autant que ce comportement soit fondé sur la volonté et le bien être des citoyens, non sur une idéologie partisane ou des croyances religieuses. J'ai tendance à comparer le gouv. fédéral actuel à une dictature islamiste en plus mesuré (pour le moment): si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous et cela est intolérable...
Si les sondages (Angus Reid?...) détermine en partie le cap, je trouve cela extrêmement inquiétant, car c'est la formulation de la question et des choix de réponses qui en déterminent le résultat finale, pas les réponses (ou plutôt devrais-je dire, pas ce que pense vraiment les gens).
Le sondage devient alors un outil de promotion des idées via une interprétation biaisée.

Et on s'étonne lorsque Justin

Et on s'étonne lorsque Justin Trudeau dit tout haut ce que tant de Canadiens n'ont pas la tribune pour pouvoir l'exprimer?

Qui conseille Harper? Quelle

Qui conseille Harper? Quelle idée de sa part de donner une entrevue à la version magazine du Devoir, un journal militant de combat idéologique.

Ce nouveau Parti Conservateur

Ce nouveau Parti Conservateur n est qu un assemblage heteroclite de traditions surrannees ( portrait de la Reine, une armee canadienne, Etat canadien peu interventionniste )

La realite, c est que peu de neo-Canadiens sont attaches a la Reine ( Europeens de l Est , Chinois et Indiens et Arabes) .

Des Forces Armees canadiennes impliquees dans des actions approuvees par la majorite des pays democrates comme dans la Liberation de l Europe ou pour se debarrasser de Khaddafi, c est positif .

Mais les Canadiens sont attaches a leur programme d assurance-maladie, au filet de securite social en cas de chomage et a la pension de la vieillesse . Les Canadiens sont prets a payer plus d impots pour les garder.

Tout dependra de l organisation des forces en faveur d un Etat canadien plus soucieux d une meilleure repartition des ressources nationales.

Le NPD appuye par le PLC peut renverser la vapeur.

Très bon article.Une

Très bon article.
Une question à M. Castonguay :

Est-ce que M. Harper est contre Radio-Canada ou bien c'est une partie de sa base ? Car s'il aime tant la monarchie et l'héritage britannique, il devrait aimer la BBC aussi... Et la BBC, c'est le Radio-Canada britannique... Non?

Merci!
Éric

* RÉPONSE D'ALEC CASTONGUAY, JOURNALISTE : *

La position personnelle de Stephen Harper sur Radio-Canada n’est pas connue, mais dans son entourage, on affirme qu’il n’a rien contre la télévision publique. D’ailleurs, il accorde régulièrement des entrevues à la CBC. Mais il est clair que sa base de militants dans l’Ouest du pays déteste Radio-Canada/CBC, perçue comme hostile aux idées de la droite. Le Parti conservateur a d’ailleurs souvent utilisé l’épouvantail CBC comme outil pour récolter de l’argent. Le parti a envoyé des lettres à ses militants disant que s’ils souhaitent couper dans CBC/Radio-Canada, ils peuvent donner un petit montant au PC, qui va porter leur message à Ottawa. Son budget de 1,1 milliards de dollars exaspère également plusieurs députés conservateurs, qui ne se gênent pas pour critiquer la société d’État, notamment en comité parlementaire.

Alec Castonguay

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage