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La gauche, le Québec et Jack Layton


1 Juillet 2003

On le verra beaucoup cet été au Québec. Car pour redonner vie au NPD, Jack Layton a entrepris de faire la cour aux militants du Bloc québécois. Son but: devenir le leader de l'opposition officielle à Ottawa.

Photo : Peter Mccabe / PC
Photo : Peter Mccabe / PC

Cheveux poivre et sel, moustache bien taillée, veston de bonne coupe et chemise noire: son allure british détonne un peu dans les assemblées plutôt "jeans et barbes" de la gauche québécoise. Pourtant, Jack Layton nage comme un poisson dans l'eau au milieu de ces gens qui, la semaine précédente, manifestaient dans les rues de Montréal contre la guerre d'Irak. Et qui, en cette fin de semaine de février, participent au congrès sur la santé de l'Union des forces progressistes (UFP). Même son accent ne le trahit pas. Car le chef du Nouveau parti démocratique (NPD) est un Montréalais d'origine qui a souvent arpenté les rues de la ville une pancarte à la main au cours de sa jeunesse militante. Son français résonne encore des échos du temps où il jouait au water-polo dans le quartier populaire de Pointe-Saint-Charles...

"La taille de ces foules ne m'étonne pas, dit Layton aux invités de l'UFP. Les premières manifestations contre la guerre du Viêt Nam ont eu lieu à Montréal... J'en étais!" Et le chef du NPD d'en profiter pour rappeler que, sur cette question de la paix, "c'est nous qui sommes en phase avec les Québécois, pas le Bloc!"

Quelques instants plus tôt, il avait commenté les propos du Dr Réjean Thomas, fondateur de la Clinique médicale l'Actuel (centre d'excellence en VIH, MTS et hépatites), à Montréal. "J'ai moi-même contribué à l'ouverture d'une clinique semblable à Toronto, la Hassle Free Clinic", dit Jack Layton au passage.

Voilà la méthode Layton: se faire voir dans tous les groupes d'activistes sociaux, même les plus petits, même au Québec. Et s'y présenter comme "un gars de la gang".

Né en 1950 à Hudson, à l'ouest de l'île de Montréal, Jack Layton a grandi dans l'aisance des bourgeois anglophones de la métropole. Son père, ingénieur, avait acheté une maison dans l'élégante rue Birch Hill. Comme ses amis, il était membre d'un club de voile avec piscine, d'un club de golf, de tennis. Autant d'endroits où l'on ne parlait qu'anglais.

Les jeunes Canadiens français, eux, se baignaient dans le lac des Deux Montagnes, et la seule occasion que Layton avait de les fréquenter, c'était dans la rue, pour une partie de hockey. À 16 ans, alors qu'il gère le club social des jeunes du Yacht Club de Hudson, il organise une soirée pour admirer les aurores boréales. Et tout naturellement, il y convie ses camarades francophones. Le lendemain, le conseil d'administration de l'endroit le "convoque", lui reprochant d'avoir invité des "étrangers" dans ce club réservé à la bourgeoisie anglaise de la ville.

"La discrimination, je l'ai connue là, dit-il, et je savais bien que ce n'était pas correct... Wrong!" dit-il en insistant lourdement sur le mot.

Le bien et le mal, Jack Layton a appris très jeune à les distinguer. Membres de l'Église unie du Canada, ses parents attachaient plus d'importance au service communautaire qu'à la pratique religieuse. "À l'Action de grâces, mon père m'emmenait servir des repas aux pauvres dans un sous-sol d'église du centre-ville: c'était ça, notre pratique religieuse."

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