La moitié des jeunes Québécois ignorent tout de l’accord du lac Meech, selon un sondage CROP-L’actualité.

C'est l'un des événements les plus marquants de l'histoire récente du Québec. Le 23 juin 1990, la veille de la Fête nationale, avortait l'accord du lac Meech, cet ambitieux projet de réforme constitutionnelle destiné à ramener le Québec au sein de la « grande famille canadienne ». Cet échec a profondément bouleversé le paysage politique du Canada, ouvert la voie au référendum de 1995 et à la naissance du Bloc québécois. Pourtant, 20 ans plus tard, 46 % des Québécois âgés de 18 à 34 ans ignorent tout de l'accord du lac Meech, selon un sondage CROP mené pour le compte de L'actualité. Et 6 % pensent qu'il s'agissait d'un accord entre le Canada et les États-Unis...
Certes, une partie de ces jeunes n'étaient pas nés et les plus âgés avaient à peine 14 ans quand le projet d'entente a échoué, comme le note Maïalène Wilkins, directrice de projet chez CROP.
Mais ce n'est pas un motif valable aux yeux d'Alexandre Thériault-Marois, président du Comité national des jeunes du Parti québécois. Cet avocat de 23 ans voit dans ce sondage le résultat des lacunes dans l'enseignement de l'histoire à l'école secondaire et au cégep. « Plusieurs cours sont consacrés aux débuts de la colonie, aux échanges entre les Européens et les Amérindiens, qui troquaient le maïs et l'alcool, mais on passe très peu de temps à discuter des enjeux constitutionnels et des deux référendums, dit-il. L'histoire nationale est malmenée. »
Son homologue à la Commission-Jeunesse du Parti libéral, Julien Gagnon, avance une autre explication. « Meech a été complètement éclipsé par le référendum qui a suivi, dit-il. C'est un peu normal que les jeunes s'en souviennent moins : c'était le sujet amené, et le référendum, la conclusion. »
Il n'est pas non plus surpris du peu de ferveur des Québécois - jeunes et moins jeunes - à l'idée de relancer les pourparlers constitutionnels avec le reste du Canada (à peine 37 % des personnes interrogées pensent que Jean Charest devrait suivre cette voie). « Le fédéralisme s'est beaucoup assoupli depuis l'époque de Pierre Trudeau », soutient Gagnon, dont les prédécesseurs, notamment un certain Mario Dumont, s'étaient prononcés en faveur d'une large autonomie politique du Québec après l'échec de Meech. « Le contexte a changé et les gens voient que le fédéralisme est un bon deal pour le Québec », explique-t-il.
Dans les rangs du PQ, on ne souhaite pas davantage la relance des pourparlers avec le reste du Canada. « Ce serait une opération inutile, dit Alexandre Thériault-Marois. Depuis 20 ans, les provinces de l'Ouest ont repris du poil de la bête. Les positions constitutionnelles du Québec seraient inconciliables avec celles de l'Alberta, par exemple. »







