Politique »

L’art de déboulonner un premier ministre


8 Décembre 2010

Si Jean Charest était premier ministre de la Colombie-Britannique, il se serait rendu à la demande populaire d’une enquête publique sur l’industrie de la construction il y a longtemps, ne serait-ce que pour éviter de se faire montrer la porte par ses députés et ministres.

L’art de déboulonner un premier ministre
Photo : J. Hayward/PC

Tel est le sort qui s'est abattu cet automne sur le doyen des premiers ministres provinciaux, Gordon Campbell. Le mois dernier, il a démissionné en coup de vent sous la menace d'une fronde de ses députés. Le gouvernement qu'il laisse derrière lui devra défendre l'harmonisation récente de la taxe de vente provinciale avec la TPS au moyen d'un plébiscite, l'automne prochain, ou encore faire rapidement marche arrière.

Ce n'est pas par lâche ingratitude que les députés et ministres du gouvernement britanno-colombien ont accéléré le départ de leur chef, au pouvoir depuis 2001, mais plutôt par instinct de survie. Des sondages montraient qu'avec Gordon Campbell à sa tête le Parti libéral ne pouvait plus compter que sur 9 % des suffrages. Surtout, faute de frapper un grand coup, un certain nombre de députés risquaient d'être délogés de force de leur siège au cours des prochains mois.

Contrairement aux Qué­bé­cois, les électeurs de la Colombie-Britannique disposent d'une véritable panoplie d'outils pour rappeler un gouvernement à l'ordre et, au besoin, pour déboulonner un premier ministre.

En 1995, la province s'est dotée d'une série de méca­nismes qui permettent de forcer le gouvernement de Victo­ria à adopter une mesure d'inspiration populaire ou encore à soumettre une politique controversée à un référendum. Il est également possible d'obliger un député à démissionner de son siège en cours de mandat pour permettre à ses électeurs de se prononcer sur son avenir.

Le printemps dernier, un quart des électeurs de la Colombie-Britannique ont signé une pétition pour forcer la province à abroger la nou­velle taxe de vente harmo­nisée ou à la soumettre à un référendum.

C'est la première fois en 15 ans qu'une pétition franchit toutes les étapes menant à une consultation populaire. Pour y arriver, la loi exige que 10 % des électeurs inscrits dans chacune des circonscriptions de la province signent la pétition et que tout cela se fasse sur une période de 90 jours.

Le seuil à atteindre pour astreindre un député à quitter son siège est plus élevé : 40 % des inscrits locaux doivent être au rendez-vous lors d'une contestation de ce genre. Depuis 1995, 19 tentatives sur 20 ont échoué. Le député visé par la 20e a préféré prendre sa retraite de la politique. Cet automne, la perspective d'une telle épreuve a ébranlé la solidarité du caucus de Gordon Campbell.

Dans le climat actuel au Québec, on peut croire qu'une pétition exigeant la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construc­tion aurait franchi haut la main la barre fixée par la loi en Colombie-Britannique.

Il est également possible que le compte soit suffisant pour obliger un futur gouvernement québécois à tenir une consultation populaire avant d'assou­plir ou de resserrer la loi 101. On peut finalement penser que dans le cadre d'un tel régime, militants et députés libéraux retrouveraient le don de la parole pour discuter plus ouvertement des orientations de leur gouvernement.

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 5 (9 votes)

Commentaires (5)

Dommage que l'on ait pas les

Dommage que l'on ait pas les mêmes outils pour déboulonner notre premier ministre qui pourtant le mérite bien.

Il faudra bien se doter

Il faudra bien se doter d'outil, et le plus tôt possible. Car plus on attend, plus le travail sera énorme....
il faut se doter de mécanisme de contrôle pour les contrats gouvernementaux. Car nous avons payé trop de Million en trop et il faut aller récupérer cela.
Il faut un régime minceur à nos organismes Gouvernementaux. Si vous regardez les Organigramme des différents Ministères vous constaterez qu'ils sont in-productif....ce n'est pas en coupant la base et donner moins de service mais plutôt en coupant dans la structure médiane. Au lieu d'une pyramide nous avons un diamant. C' est inconcevable... Et couper les salaires des hauts dirigeant à la SAQ et Hydro pour ne nommer qu'eux.
Dans la situation monopolistique c'a prend surtout pas des génies pour faire leur travail.

Il faut agir vite mais pas à l'aveuglette.
Et surtout c'a prend du courage et une bonne écoute.

Moins gouvernable? Oui si le

Moins gouvernable? Oui si le fait de gouverner c'est d'imposer à tout le monde son idéologie sans tenir compte du fait que les gouvernements sont des représentants du peuple. Mais du point de vue de la démocratie, c'est effectivement le prix à payer par les politiciens s'ils veulent représenter adéquatement le peuple qui les élit.

Je vis en CB et le climat poltiique de la province est certainement meilleur que celui du Québec car ici, les gens ont des outils à leur disposition pour participer à la gouvernance de leur province et il y a de quoi pour canaliser cette insatisfaction des gens. D'ailleurs il faut aussi ajouter que la chef du NPD, le principal parti d'opposition a elle aussi démissionné la semaine dernière après que des députés de son parti aient exprimé leurs insatisfaction face à sa manière autocratique de diriger le parti.

Si on regarde la situation au Québec du PM Charest, ça n'a rien à envier à ce qui se passe ici, même du point de vue de la stabilité. Le fait qu'un chef tellement impopulaire s'accroche au pouvoir n'aide en rien à assurer la stabilité d'un état. Un bon leader devrait savoir quand c'est le temps de partir, avant que sa réputation n'en soit entachée d'une manière indélibile.

Il me semble que si c'est le prix à payer pour avoir une meilleure démocratie, alors ça vaut la peine. Les politiciens doivent toujours se souvenir qu'ils sont des représentants des citoyens et que le gouvernement n'est pas leur chasse-gardée. On doit pouvoir leur montrer la porte quand ils ne satisfont plus aux exigences de l'emploi. Les employeurs ce sont nous, les citoyens.

Bien d'accord avec vous M.

Bien d'accord avec vous M. Rousseau... Il faut se méfier de Harper et de Charest comme la peste...
Qui va les "vacciner" pour les empêcher de nuire DÉFINITIVEMENT en 2011 ?
Joyeuses Fêtes !

Il n’est pas facile

Il n’est pas facile d’expliquer à un profane les ramifications extrêmement complexes du fonctionnement du parlementarisme d’inspiration britannique…Le Premier Ministre lance quelques opinions et regarde autour de lui, dans l’expectative. C’est le signal envoyé au béni-oui-oui , le ministre concerné, pour qu’il dise oui. Il est suivi, dans l’ordre de préséance, par le béni-oui-oui senior- ou Vice-Premier Ministre, comme on le nomme parfois- et du béni-oui-oui junior-le ministre délégué. Suivent les autres béni-oui-oui qui donnent leur accord en se levant à demi de leur banquette parlementaire. La démocratie en action….
Mon voeu le plus cher: permettre à nos élus de voter par scrutin secret à l’Assemblée nationale pour enfin les libérer du carcan esclavagiste de la ligne de parti qui fait du premier ministre un véritable dictateur.Ils cesseraient alors d’être des béni-oui-oui pour devenir de véritables élus responsables.

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage