Si le Québec a réussi à entrouvrir une porte sur l’étranger dès 1960, son action sur la scène mondiale demeure aujourd’hui encore trop limitée, croit Louise Beaudoin, qui a été déléguée générale du Québec à Paris et ministre des Relations internationales.

C'est dès l'an 1 de la Révolution tranquille, en 1960, que le vice-premier ministre du Québec, Georges-Émile Lapalme, en mission en France pour examiner ce qu'est un ministère des Affaires culturelles, concocte avec André Malraux, ministre de la Culture, le projet d'établir à Paris une Maison du Québec. L'affaire est menée tambour battant.
L'année suivante, l'organisme, qui deviendra ultérieurement la Délégation générale du Québec, dotée de quasiment tous les pouvoirs d'une ambassade, est inauguré en grande pompe par Jean Lesage et le général de Gaulle. Ottawa fut presque totalement écarté du dossier. Soucieux de consolider ses relations avec la France et l'Europe, le premier ministre fédéral, Lester B. Pearson, avait accepté la demande du général d'autoriser l'établissement de cette délégation. Il ne se doutait pas qu'il venait de laisser s'entrouvrir une porte que ses successeurs ne cesseront, à un degré ou à un autre, de vouloir refermer.

Les relations internationales sont donc, dès le début, au cœur de la Révolution tranquille.
Les années qui suivirent furent marquées par un étonnant bouillonnement d'ententes bilatérales - parfois des quasi-traités - entre la France et le Québec, et même d'activités multilatérales, notamment avec des pays africains. Ces initiatives furent conclues avec le consentement plus ou moins forcé d'Ottawa, qui se trouvait à l'occasion placé devant un fait accompli. En 1965, le ministre de l'Éducation et vice-premier ministre, Paul Gérin-Lajoie, invente une armature juridique, lumineuse pour l'époque, justifiant ces actions : 1. la Constitution canadienne est muette en matière de politique étrangère ; 2. le Canada ne peut mettre en œuvre les traités qu'il signe dans des domaines de compétence provinciale, comme l'éducation ; 3. il revient donc au Québec de négocier et de signer des ententes dans ces domaines. Ainsi naît ce que l'on appellera la doctrine Gérin-Lajoie : le prolongement externe des compétences internes. Doctrine jamais reconnue par le gouvernement canadien.
Cinquante ans après la Révolution tranquille, où en est le Québec en matière de relations internationales ?
Photo : François Mori / PC





