Lorsque le gratin du mouvement souverainiste s’est réuni à Montréal à la mi-août pour célébrer le 20e anniversaire de l’arrivée en politique de Gilles Duceppe, quelques centaines d’invités ont revécu avec lui des temps forts de sa carrière fédérale.

Au son de la chanson emblématique de Loco Locass, ils ont vu en reprise Gilles Duceppe et ses principaux lieutenants parlementaires pourfendre à répétition les gouvernements de Jean Chrétien et de Paul Martin. Il a bien sûr été question de l'échec constitutionnel de Meech, mais aussi, et beaucoup, du scandale des commandites.
Par contre, on n'a diffusé aucune image de la séance de signatures de décembre 2008, à l'issue de laquelle Stéphane Dion devait prendre la tête d'un gouvernement de coalition avec la bénédiction de Gilles Duceppe. Aucun extrait des envolées verbales de la campagne de 2008 sur les menaces d'érosion de l'appui fédéral à la culture n'a été montré.
Des quatre années qui se sont écoulées depuis l'arrivée au pouvoir des conservateurs et du premier ministre Stephen Harper, les metteurs en scène de la réception n'ont finalement pas retenu grand-chose.
Pour les pionniers du mouvement souverainiste, le visage de l'adversaire a presque exclusivement été libéral - et québécois.
Ce ne sont pas des conservateurs, albertains ou ontariens, qui ont infligé deux défaites référendaires en 15 ans à leurs adversaires souverainistes. Aucun des chefs, passés ou actuel, du Parti québécois n'a cohabité au pouvoir plus de quelques mois avec un gouvernement fédéral qui n'était pas libéral. Mais ce n'est pas parce qu'un décalage entre le passé et le présent est compréhensible qu'il est sain ou souhaitable.
Aujourd'hui, à défaut de pouvoir fêter l'arrivée attendue du grand soir de la souveraineté, les nationalistes québécois peuvent toujours se consoler en se disant que l'après-référendum a été cruel pour leurs rivaux libéraux. Mais devraient-ils s'en réjouir ?
Aujourd'hui, le Parti libéral, tous paliers confondus, est en régression au Canada.
Ces jours-ci, Michael Ignatieff et sa poignée de députés tiennent à bout de bras une formation fédérale qui n'a plus d'existence réelle dans certaines parties du territoire canadien. Elle peut de moins en moins compter sur sa force résiduelle provinciale pour compenser ses faiblesses. Car de Fredericton à Victoria, les gouvernements libéraux sont une espèce menacée.
À Québec, Jean Charest est chaque jour plus mal aimé. Même s'il voulait passer la main, aucun héritier ne s'impose d'emblée.
En Ontario, de plus en plus d'électeurs jugent que le gouvernement de Dalton McGuinty est essoufflé. La conquête, l'an prochain, d'un troisième mandat s'annonce problématique.
En Colombie-Britannique, le premier ministre, Gordon Campbell, semble voué à devoir sous peu choisir entre la retraite ou la défaite assurée. Son gouvernement ne se remet pas d'avoir manqué à sa promesse de ne pas harmoniser sa taxe de vente provinciale avec la TPS.
Au Nouveau-Brunswick, le premier ministre, Shawn Graham, est loin d'être certain d'être reconduit au pouvoir à l'issue de la campagne électorale en cours.
Dans un horizon rapproché, il pourrait ne rester qu'un libéral à la table fédérale-provinciale : Robert Ghiz, de l'Île-du-Prince-Édouard.





