Pétro-Québec : il y a encore loin du rêve à la réalité

Du pétrole, il y en a un peu partout. Encore faut-il que son extraction soit rentable, dit le blogueur Stéphane Gobeil.

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petrole

Avouez que ça fait rêver.

Tant qu’à être dépendant du pétrole, tant qu’à se faire fouiller dans les poches par les pétrolières et tant qu’à envoyer notre argent à l’étranger, aussi bien produire du pétrole nous-mêmes et ramasser une partie du fric.

Si l’on se préoccupe de l’environnement, on doit penser global et choisir nos batailles. Il vaut mieux que le pétrole, qui sera produit de toute façon, le soit dans les États les plus stricts en matière d’environnement. Un endroit comme le Québec, par exemple, qui s’en préoccupe davantage que le Kazakhstan, l’Angola, l’Algérie ou même l’Alberta.

Et puis, surtout, rien ne nous interdit de réduire agressivement notre dépendance au pétrole tout en envisageant d’en produire.

Si l’on se préoccupe de l’économie, on envisage avec joie les investissements, les emplois et l’expertise générés par la production de pétrole, ainsi que le rétablissement de notre solde commercial.

Si l’on se préoccupe des finances publiques, on ne peut que souhaiter une augmentation des revenus de l’État, sans hausse de taxes ou d’impôts.

Si l’on est à gauche, on souhaite que cet argent finance de meilleurs services publics.

Si l’on est à droite, on souhaite que ces revenus supplémentaires se transforment en baisses d’impôt.

Si l’on est au centre, on souhaite que la richesse générée par le pétrole soit investie à très long terme, dans le Fonds des générations, ce qui fera baisser notre endettement, nous offrira un puissant instrument financier et en prime, un bel héritage pour les prochaines générations.

. . .

Mais il y a encore loin du rêve à la réalité.

D’abord, ni à Old Harry ni sur Anticosti n’avons-nous la certitude qu’il y a bel et bien du pétrole exploitable commercialement. Du pétrole, il y en a un peu partout. Encore faut-il que son extraction soit rentable.

S’il y a du pétrole exploitable, il demeure impossible d’en évaluer la quantité et la qualité. Un pétrole léger, facile à extraire et d’accès, rapporte beaucoup plus qu’un pétrole lourd, difficile à extraire et loin des axes de transport.

Autrement dit, avant de trop rêver, allons-y voir avec des forages d’exploration bien encadrés, du point de vue environnemental et scientifique.

. . .

Imaginons qu’on trouve bel et bien des réserves de pétrole exploitables.

Il faudra attendre plusieurs années, voire une décennie, avant que la production ne débute. Il est inutile de faire miroiter des revenus à court terme, de même que de se précipiter sans égards à tous les enjeux soulevés par une telle production.

Et puis, il ne faut pas croire que le Québec va devenir aussi riche que l’Alberta, sur une base par habitant.

Selon ce document exceptionnel, en 2011, le gouvernement de l’Alberta a obtenu des revenus de 9 milliards pour ses ressources naturelles (partagés entre 3,6 millions d’habitants), soit 2 500 dollars par Albertain. Le gouvernement du Québec a obtenu 3 milliards partagés par 8 millions, soit 375 dollars par Québécois. Pour obtenir autant que l’Alberta par personne, il faudrait que le Québec retire 20 milliards par année de ses ressources naturelles. Ce n’est pas réaliste.

L’exemple le plus près de chez nous est celui de Terre-Neuve, qui produit 200 000 barils par jour, ce qui est 20 fois moins que les quatre millions de l’Ouest canadien. En 2011, les revenus du gouvernement de Terre-Neuve tirés des ressources naturelles ont atteint 2,6 milliards.

Imaginons que nous en fassions autant d’ici quelques années : nous ajouterions 2,6 milliards aux revenus du gouvernement du Québec. Imaginons qu’Ottawa nous fasse le même cadeau qu’à Terre-Neuve et qu’il ne diminue pas la péréquation d’autant. Les revenus tirés des ressources naturelles passeraient de 375 $ à 706 $ par Québécois.

Ces revenus équivalents à plus de 3 % des dépenses de l’État seraient les bienvenus, bien entendu. Mais avouons qu’avec 3 %, nous sommes loin du pactole.

. . .

On peut quand même rêver à Pétro-Québec et surtout, débattre tranquillement et sereinement de cette possibilité et d’aller voir s’il y en a.

Mais si on ne veut pas que le rêve se transforme en cauchemar, le plus urgent, c’est de réduire notre dépendance au pétrole.

14 commentaires à propos de “Pétro-Québec : il y a encore loin du rêve à la réalité

  1. Je ne pense pas que l’Ouest produise 4 millions de barils par jour. La production canadienne totale est plus autour de 3 millions.
    Comme les Canadiens ne consomment que 2 millions, on devrait flotter avec 1 million de trop. Mais ce n’est pas le cas: l’argent du pétrole se retrouve dans les poches des pétrolières. Les gouvernements ont des grenailles.
    —-

    On parle de 2 milliards de barils à Old Harry. Ca fait environ 200 milliards de dollards
    A l’ile Anticosti, on parle de 30 milliars de barils. 5 à 10% seraient exploitables, soit 1,5 à 3 milliards. Un autre 300 milliards?
    On est rendu à 500 milliards. C’est deux fois la dette du Québec.

    Vous souvenez-vous du Qatar? Bourassa disait: ca donnerait quoi l’indépendance du Québec pour aller s’assoeir à coté du Qatar?
    Le Qatar aujourd’hui, avec un revenu per capita de 100k, est le pays le plus riche du monde. C’est pas les chameaux et le tourisme qui leur a permis d’atteindre ce sommet. C’est le pétrole et surtout le gaz.

    Drill, Pauline, drill.

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    • @ jack2 :

      « On parle de 2 milliards de barils à Old Harry » ; on en parle en effet, mais ces réserves sont-elles prouvées ? En supposant que cela soit vrai, l’État québécois pourrait aller chercher environ 10 milliards de dollars sur une vingtaine d’années. Nous sommes loin des 200 milliards que vous nous promettez.

      Au Moyen-Orient, ce sont 650 milliards de barils minimum encore assurés. Les seules réserves de l’Arabie-Saoudite sont de 230 milliards de barils. Celles de l’Alberta sont au minimum équivalentes. Quant à celles du Qatar elles sont de 27 milliards auxquelles s’ajoute 25 000 milliards de mètres cubes de gaz naturel.

      Les coûts moyens de l’extraction du pétrole par baril sont de 2 dollars en Arabie-Saoudite, ils sont équivalents au Qatar, il n’en coûte qu’1 dollar en Irak et seulement 7 dollars en Russie. À titre d’exemple, le pétrole de Bakken (Dakota du nord) n’est plus rentable compte-tenu du coût de l’extraction pour un baril vendu en-dessous de 80 $. — À quel prix pensez-vous que le prix de l’extraction d’un baril de brut au Québec va se comparer ? Celui de l’Irak ou celui de Bakken ?

      Le coût du forage représente en moyenne les 2/3 de l’investissement pour les seules installations. Il faut en moyenne compter une centaine de forages pour découvrir un gisement susceptible de fournir 10 millions de tonnes par an. Un baril par jour (159 litres) correspond à 50 tonnes par an. Ce qui veut dire un gisement susceptible de produire jusqu’à 200 000 barils par ans. Au Dakota du nord on doit forer un minimum de 100 puits par mois pour maintenir la production actuelle.

      — Vous y croyez franchement que nous allons élever notre niveau de vie comparativement à celui du Qatar grâce au pétrole et au gaz québécois ? Le seul avantage, c’est dans le meilleur des cas, la création d’emplois à condition encore qu’ils ne soient pas largement subventionnés par l’État.

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    • J’ai entendu la ministre Ouellet dire en fin de semaine à Lacombe (celui qui interrompt constamment ses invités) qu’Old Harry comptait 5 milliards de barils. C’est la première fois que j’entendais ce chiffre. J’imagine qu’elle est bien informée.
      5 milliards de barils, c’est 500 milliards de dollars. Deux fois la dette du Québec!

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  2. Le Québec est l’une des seules sociétés dans le monde, à ma connaissance, qui consacre tant de salive à élaborer des plans de mise en valeur de ses richesses d’hydrocarbures, sans être passée sérieusement, de manière ordonnée, à la première phase d’exploration de son territoire. On ne parle intelligemment que de ce que l’on connaît. Or, ici, on n’a aucune idée de ce que le sous-sol recèle. Alice au Pays des Merveilles.

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  3. M. Gobeil résume bien mon opinion sur le sujet. Tout le monde semble penser qu’il y a du pétrole au Québec, mais aux dernières nouvelles, il n’existe aucune «réserve prouvée» sur le territoire. Nous avons tout au plus quelques communiqués de compagnies junior qui laissent entendre qu’il pourrait en avoir et qui présentent les données de manière aussi alléchante que possible pour attirer du capital-risque. À partir du moment où on aura des données, nous pourrons nous demander ce qu’on devrait faire avec cette ressource naturelle. D’ici là, il ne faut pas oublier que nous sommes encore condamnés à importer 300 000 barils par jour de pétrole qui est extrait et transporté sur de longues distances.

    Même si je considère qu’il nous faut amorcer dès maintenant la transition vers un Québec sans pétrole, personne de sérieux ne croit que l’on pourra s’en débarrasser avant au moins une génération. Et il est faux de prétendre qu’il est impossible de réduire l’utilisation du pétrole dans notre économie tout en exploitant des gisements ici. Pas besoin d’aller très loin pour trouver un exemple, puisque les États-Unis (ce n’est pas le moindre d’entre eux) ont réduit leur consommation d’or noir tout en augmentant la production depuis 2007.

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  4. Des réserves imaginaires.

    Il n’y a aucune preuve qu’il y a du pétrole à Old Harry et sur l’île d’Anticosti encore moins des réserves. Tout cela ne sont que des spéculations faites par des juniors, comme pour Old Harry, qui se cherchent désespérément des séniors comme Shell et Chevron pour faire des forages exploratoires en mer et attirer des investisseurs.
    Qu’attendent Shell et Chevron pour ramasser la manne.

    Seuls des tests sismiques et 10 forages ont été réalisés. Ces tests démontrent seulement que la formation géologique du sous sol est propice à l’accumulation de pétrole et non qu’il y a du pétrole. Quant aux 10 forages exploratoires qui ont été faits entre 1944 et 1996 dans le golfe du Saint-Laurent aucune goutte de pétrole n’a été trouvée.

    Et la petite droite ignorante du Québec nous dit que le Québec refuse d’exploiter son pétrole.

    Désolé de péter des balounnes!

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  5. La politique du verre à moitié plein ou à moitié vide!!! La mentalité : « ON ATTEND APRÈS LE BATEAU DU ROI» Du temps de la colonie française, le roi Louis X1V interdisait aux colons français de fabriquer quoi que se soit dans les Amériques! Pourquoi? Parce qu`il voulait tout simplement avoir le
    contrôle sur la matière première et s`enrichir ( ex. les forges du St-Maurice) ! Donc M. Seguin il faudra attendre de wouair! wouair! s`il y a du pétrole!
    En attendant il faut penser au virage vert!

    Quelle simplicité d`esprit! en attendant, avec vos conclusions simplistes sur les producteurs de pétrole nous attendons après le :«BATEAU DU ROI»
    Je suis estomaqué par votre conclusion et ça me ramène à l`histoire pour vous répondre. Les amants de la gauche voit la vie en rose; il n`y a pas de pétrole au Québec , il y a un peu de minerai mais il faudra l`extraire avec la permission du BAPE( contrôlé par le roi(les écolos), avec les municipalités et bien sûr avec le gouvernemamma qui bien sûr est influencé par le lobby syndical) Ouf! Ne pensez-vous pas qu`il faudrait une révolution genre la Bastille pour redresser l`économie!

    Nous devions être riche avec l`hydro-électricité, mais on attend après le «LE BATEAU DU ROI» . Nous devions être riche avec le plan Nord, mais on attend après «LE BATEAU DU ROI» Avec l`arrivée des Anglais nous nous comparons constamment avec eux ! Mais eux agissent pendant que nous nous attendons après«LE BATEAU DU ROI» Pendant que nous calculons les chiffres des autres provinces et états nous nous enlisonsdavantage et nous espérons que «LE BATEAU DU ROI» arrive avec de la marchandise qui va pouvoir nous faire passer l`hiver , pauvres colons que nous sommes!!!!!

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    • @ beauly02

      Les lecteurs, j’en suis sûr, apprécieraient que fassiez des efforts pour nous expliquer le sens texte.

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    • « Du temps de la colonie française, le roi Louis X1V interdisait aux colons français de fabriquer quoi que se soit dans les Amériques! »

      Sous le régime français les Québécois fabriquaient des chaises et faisaient du commerce avec les américains.

      Quant aux Forges du Saint-Maurice c’était une entreprise financée par des capitaux privés.

      De toute façon les forges ont reçus des subventions comme aujourd’hui et devant la faillite le roi en devient propriétaire. Pas pour longtemps. Après 20 ans c’est la courone britanique qui l’a saisie et elle a fait charrier du minerai aux Québécois qu’elle traitait comme des esclaves et ces derniers n’avaient plus de pouvoir pour faire des affaires.

      « …pauvres colons que nous sommes!!!!! »

      Et oui des colons anglais!

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  6. Avec tout le respect, M. Liséra, dont vos analyses diverses nourrissent positivement ma réflexion et mon argumentaire très souvent, je ne dirai que ceci:

    La plus grande richesse du Québec peut aussi être de ne pas exploiter ces richesses.

    Pour moi, être écologiste signifie protéger sa terre.

    Nous avons suffisamment de potentiel énergétique propre et varié pour ne plus être dépendant du pétrole. Ni ceux des autres ni le notre.

    Gardons-le jalousement.

    Et soyons autrement indépendant. Créons des voitures propres. Du chauffage propre. Soyons exemplaires. Et gardons enfoui nos réserves fossiles, et gazières.

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  7. Que voici une chronique qui résume bien ce qui se passe au Québec en matière de pétrole:

    http://jomarcotte.wordpress.com/2014/01/13/le-petrole-exploration-oui-solution-magique-non/

    Extrait:

    Ainsi donc, pour reprendre les propos de l’économiste Marc Van Audernrode de l’Université de Sherbrooke, voilà une 4e version d’une
    « pensée magique qui résoudrait tous nos problèmes de finances publiques. Il y a dix ans, on allait devenir très riche parce qu’on allait vendre l’hydroélectricité, il y a cinq ans, on allait devenir très riche parce qu’on allait vendre de l’eau, il y a 2 ans, c’était les mines dans le Nord… »

    Fin de l’extrait.

    En fait, s’il y a vraiment du pétrole exploitable au Québec et si les Verts n’empêchent pas, par entêtement et par idéologie, son exploitation, ça prendra un minimum de 10-15 ans AVANT que nous n’en voyons la couleur. Pendant ce temps-là, les politiciens surferont sur cette vague pour retarder les décisions difficiles mais ô combien nécessaires; à moins que les agences de notation ne fassent la job à leur place.

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    • « En fait, s’il y a vraiment du pétrole exploitable au Québec… »

      Ha bon! Vous n’êtes plus sur qu’il y a du pétrole au Québec.

      Pourtant vous êtes le premier à dire que les Québécois REFUSENT d’exploiter leur pétrole alors que vous ne savez pas s’il y en a.

      J’ai des petites nouvelles pour le fédéralisse apprenti faiseur de peur aux Québécois pour éviter la séparation.

      Junex exploite quelques barils de pétrole par jour et exploite un gisement de gaz.

      Vous pourrez fouiller tous les journaux de ce monde, personne ne c’est opposé à Junex et cette compagnie a la paix pour exploiter son pétrole contrairement à ce que disent les menteurs fédéraleux basheux conservateux rêveux et gaspilleux de l’argent des citoyens.

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  8. M. Youlle , le sens du texte est très simple! Au Québec on attend après LE BATEAU DU ROI; c`est à dire qu`on est pas capable de se débrouiller tout seul , on est incertain; on cherche à se convaincre qu`avec des moratoires pour ceci ou cela on a la solution!!! Alors que partout à travers le monde , un état ou un pays qui a des ressources naturelles les développent pour créer de l`économie et par le fait même se payer des services ! Si vous relisez mon texte 3-4 fois vous allez sans doute vous lassez d`attendre après le bateau du roi et agir Merci!

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    • « Au Québec on attend après LE BATEAU DU ROI; c`est à dire qu`on est pas capable de se débrouiller tout seul … »

      C’est complètement faux!

      « La région de l’Abitibi-Témiscamingue est reconnue mondialement pour son grand nombre de gisements de métaux précieux (Au-Ag) et polymétalliques (Cu-Zn-Au-Ag et Cu-Au) et leur richesse. Depuis maintenant près d’UN SIÈCLE, l’exploitation de nombreuses mines fait de ce territoire l’une des principales régions minières du Québec. »

      http://www.mrn.gouv.qc.ca/abitibi-temiscamingue/region/miniere.jsp

      Ce site vous invite à les découvrir et à apprendre comment le gouvernement du Québec favorise l’exploration et l’exploitation minières.
      http://www.mrn.gouv.qc.ca/mines/

      Le problème comme démontre M. Stéphane Gobeil, c’est que ça paye pas. Aux environ de 1% et moins du budget pour les ressources naturelles. Le Québec a une économie qui accélère plus vite que l’Ontario. Les n’attendent pas après les mines: avions, informatique, Québec la quatrième Silicon Valley du monde, aérospatiale.

      Ça, c’est bien plus payant que de fouiller dans tas de roches.

      C’est vous qui montez et attendez un gros bateau des mines du roy.

      Merci!

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