On ne sonde plus l’opinion publique comme avant. Les volontaires sont recrutés sur le Web et payés pour répondre aux questions. La marge d’erreur ? Disparue !

L'histoire d'amour entre Jack Layton et les Québécois a sans doute débuté le 3 avril, par un coup de foudre lors de son passage à l'émission Tout le monde en parle.
De sondage en sondage, le cœur des Québécois s'est emballé, jusqu'à la déclaration d'amour du 20 avril, par la voix d'une enquête CROP montrant que le Nouveau Parti démocratique venait de passer premier dans les intentions de vote au Québec. Un sondage mené dans Internet, comme plusieurs autres publiés au cours de la dernière campagne électorale.
La question qui tue : peut-on faire confiance à ces sondages en ligne ? « Théoriquement, non », répond Claire Durand, professeure au Département de sociologie de l'Université de Montréal et vice-présidente de l'Association internationale de méthodologie sociologique.
Tous les moyens semblent bons pour recruter des volontaires sur le Web : invitation par courriel, bandeau publicitaire en ligne, promesse de rémunération... Aucune de ces méthodes ne permet pourtant de sélectionner des répondants au hasard, comme l'exige la théorie des probabilités.
« Un sondage dans Internet, c'est la pire des méthodes », soutient le sociologue Richard Brousse, membre de l'Observatoire des sondages, regroupement d'experts en méthodologie et sciences politiques situé à Bordeaux.
La France s'apprête d'ailleurs à mettre les sondeurs au pas en interdisant la publication de toute enquête d'opinion dont les volontaires ont été gratifiés, même s'il ne s'agit que de sommes symboliques ou de chèques-cadeaux. Un projet de loi en ce sens a été déposé à l'Assemblée nationale en février dernier par le Sénat.
Les mêmes techniques de recrutement sont utilisées par les maisons de sondage canadiennes. Opinion publique Angus Reid, par exemple, verse de un à cinq dollars par sondage aux membres de son forum Web. De nombreux experts en méthodologie s'interrogent sur la représentativité des internautes qui s'enrôlent dans ces panels.
Un chercheur allemand de l'Université de Bonn, Jörg Blasius, a démontré que les échantillons Web contenaient plus de célibataires et de personnes sans enfant et moins de personnes fréquentant l'église que la population en général.
Une autre étude, menée l'an dernier par le Bureau du recensement des États-Unis auprès de citoyens interrogés, par téléphone ou en ligne, au sujet de leur intention de remplir le formulaire de recensement, laisse songeur. Les réponses variaient de 13 points selon la méthode !
Dans une campagne électorale, ces différences ne sont pas sans conséquence. Claire Durand a calculé que les sondages faits dans Internet en avril dernier ont sous-estimé le vote conservateur de 1,5 point en moyenne par comparaison avec les sondages téléphoniques. « On peut penser que certaines personnes ayant tendance à voter conservateur, comme les personnes plus âgées, sont moins présentes dans les panels d'internautes », analyse-t-elle.





