Pourquoi nos héros ne sont-ils pas héroïques à 100% ?

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— Le livre électronique est disponible à partir de l’application iPad de L’actualité. Vous le trouverez dans la section «boutique». —

C’est une boutade cruelle. Elle va comme suit : « Pourquoi doit-on savoir exactement d’où on vient ? Parce qu’on ne veut absolument pas y retourner. »

Je l’avais en tête lorsque j’ai constitué, à la demande de l’équipe de L’actualité, le livre électronique (il faut dire « livrel ») où je regroupe les textes que j’ai commis au cours des décennies et qui traitent de « Des histoires du Québec » (c’est le titre) qui m’ont titillé l’envie d’écrire. J’y traite des penchants québécois de John Kennedy, du Général de Gaulle et de la CIA, du drame familial qui a déchiré les progressistes québécois entre les rivaux Trudeau et Lévesque et a façonné notre réel, des péripéties du référendum de 1995, du « cas Lucien Bouchard », jusqu’au printemps érable.

Ce tour d’horizon m’a forcé à poser une question difficile : pourquoi nos héros ne sont-ils pas héros à 100% ? C’est normal, on ne fait pas de parade pour l’équipe qui s’est bien battue pour la Coupe Stanley. On fait une parade pour celle qui a gagnée. Célébrer les Patriotes, par exemple, c’est célébrer l’équipe qui  s’est bien battue.

Voyez Maurice Richard. Le symbole du Canadien-Français qui se bat. Mais il y a cet épisode, essentiel, où il est suspendu du jeu en 1955. La victime d’une immense injustice. Il y a émeute, à Montréal. Un événement précurseur, disent les historiens, de la Révolution tranquille. Mais Richard, dans une déclaration radiophonique lourde de sens, ne se limite pas à appeler au calme. Il « accepte la punition ». Il se soumet.

En politique, où sont les victoires des trudeauistes ? Le bilinguisme canadien est en déclin. Le multiculturalisme est en recul. Les « valeurs libérales » n’ont plus la cote dans le Canada-de-Harper-Avec-Portraits-De-la-Reine. Les « autonomistes » québécois à la Claude Ryan et, en trompe-l’œil, Robert Bourassa ont aussi les mains vides.

Où sont les victoires indépendantistes ? La loi 101, la protection du consommateur, l’émergence d’une classe d’affaires québécoise, l’équité salariale. Oui, oui. Mais comme l’écrivait Pierre Foglia après la démission de Lucien Bouchard, on l’avait embauché pour qu’il vienne réparer la plomberie (faire l’indépendance) et il a tout rénové, sauf les tuyaux…

C’est d’ailleurs pourquoi j’ai – et je crois pouvoir dire « nous avons » — un faible pour  la figure de Jean Lesage. Puisqu’il ne voulait pas la souveraineté, (ou la transformation du Canada en un pays bilingue, ou l’autonomie) on ne mesure pas ses réalisations à ces étalons-or. Puisqu’il est allé plus loin que ce qu’il représentait à son arrivée en 1960, chacune de ses réalisations est un dépassement.

Surtout, et mieux qu’Adélard Godbout (merci pour le vote des femmes) et beaucoup mieux encore que Maurice Duplessis (au bilan globalement mais pas totalement négatif) il exprime, non la survivance ou la résistance, mais la puissance.

Physiquement et politiquement, lui et son équipe changent la tonalité, puis la réalité québécoise. Éducation, Caisse de dépôt, relations directes avec de Gaulle (de Gaulle !, on rit pu!). Et surtout, s’arroger le droit de contrôler la puissance électrique. Puis construire, en français, le plus beau barrage du monde.

Un sain débat est en cours, entre historiens, sur la fixation que nous avons des années charnières de la Révolution tranquille. La grande noirceur n’aurait été ni aussi grande ni aussi noire qu’on veut bien nous la représenter. L’irruption de la Révolution tranquille serait, dans l’histoire québécoise, davantage une inflexion qu’une rupture.

Peut-être. Mais nous sommes dans l’ordre du symbole. Jean Lesage et l’équipe du tonnerre sont forts de la faiblesse symbolique des Papineau, Maurice Richard, Duplessis, Lévesque, Bourassa et compagnie. Ils ont la victoire complète. Ils ont gagné leur Coupe Stanley. C’est à eux qu’on veut ressembler. C’est comme eux qu’on veut gagner. Encore plus qu’eux, en fait.

Et lorsqu’on croit humer, dans l’air du Printemps érable de 2012, des parfums de Révolution tranquille, la foule s’enivre, non simplement du désir de combattre, du désir d’exister, mais du désir de gagner.

À vous de voir, ensuite, si on se dirige vers « la plus belle saison » de notre vie ou si on se dira, encore une fois « à la prochaine fois ». Une chose ressort clairement, je crois, de ce recueil où l’humour a aussi sa place, comme dans la vie : au Québec, on ne s’ennuie jamais.

20 commentaires à propos de “Pourquoi nos héros ne sont-ils pas héroïques à 100% ?

  1. Spontanément, comme ça ce qui me vient à la tête c’est que nous ne voulons pas blesser l’autre, l’étranger. L’étranger qui vient avec son argent ses valeurs et mine de rien veulent nous imposer leur façon de voir le monde. Exemple: Ma mère me disait avec ton nom anglais tu vas avoir plus de chance de te trouver un emploi et en même temps me cachait les origines autochtones de mon père. A l’adolescence on me disait tu te trouveras jamais d’emploi si tu ne parles pas anglais. Avec la venue de Trudeau à Ottawa c’est le délire on va pouvoir s’exprimer en français dans la fonction publique fédérale. La soumission demeure encore le frein à notre épanouissement collectif, relique d’un passé catholique. Tant que nous allons être soumis au gouvernement fédéral, il y aura toujours des nôtres pour s’allier à eux pour du travail, pour quémander, pour se sentir fort en fait pour la peur de devenir libre. La liberté ça se donne pas ça se prend! Depuis 1968 que je crois fermement à l’indépendance du Québec et va continuer à m’impliquer encore plus qu’avant.

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  2. Le probleme c’est que pour 1 héro a 100%, ta 5000 stupides et fier de l’être a 100% qui vont tout faire pour détruire ce héro.. (non mais pour qui il se prends vouloir sauver le peuple.. on est bien au québec. Il parle comme si il détiendrais la vérité blablabla bla)

    Le plus drôle dans tout ca c’est que souvent les stupides ont plus d’influences au québec que les héros.. bien sur parceque les médias de masse sont contrôlé et donc, il choisisse d’engager les stupides qui sont de leur bord au lieu d’encourager les vrai héros qui pourrait facilement sauver le québec avec autant d’influence..

    On s’ennuie jamais parcequ’on est corrompu et emprisonné dans une belle prison déguiser et qu’on est rempli de stupide qui pense que c’est le paradis et dans un sens, c’est le paradis pour eux pour l’instant jusqu’attends que ca pete ou que la shit se retourne contre leur enfant.. dans tout les cas pour eux .. il s’en foute bien de quesqui se passe au québec tant que leur vie reste pareil.

    Quesqu’on doit faire une fois au pouvoir c’est d’éliminer la possibilité de corruption et les loopholes dans notre systeme qui permet a des ultra riches de venir prendre le contrôle de notre systeme pour ensuite nous contrôlé et venir voler nos ressources ou notre éducation.

    C’est vraiment dommage car on doit tous perdre notre temps a détruire cette prison soutenu par l’ignorance du peuple et l’arrogance/corruption des politiciens. Et on dois faire ca avec aucune visibilité autre que par des médias sociaux, blog etc..

    Au lieu de tout ça, notre énergie serait de loin plus bénéfique si le peuple serait vraiment libre. On l’utiliserait pour le développement durable, pour une vrai amélioration des systèmes en place autant pour cleaner la shit que pour construire un meilleur futur pour nos enfants et nous même.

    Pathétique la province que les vieux nous on laisser.. quel ignorance..

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  3. M. Lisée vous omettez de nommer Le héros national “à 100%” pour une pléthore de fédéralistes du Québec, l’inimitable et adorable personnage imaginaire du regretté cinéaste Pierre Falardeau: Elvis Bob Gratton, héros de l’idéal armoricain-canadéen, francofaune, kébékois canayen-franças d’origine autochtaune européenne française d’amérique du nord canayen. Think big sti !!!

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  4. Je suis rendu à un âge plus qu avancé.Mon premier vote je l ai donné à Maurice Duplessis en 1956.L »ai-je regretté? Non surtout pas pour son combat que je qualifierai d épique face à tous ces libéraux d Ottawa pour la lutte qu il a menée face à ces centralisateurs.Dès l’âge de 13 ans j’ai commencé plus que modestement à travailler pour Duplessis…il a commis des bourdes dans le domaine social qui m ont toujours fait plus que croire qu il n était plus l homme de la situation à compter de 1956. Pour avoir connu un de ses ministres influents,Paul Beaulieu,député de St-Jean et ministre de l’Industrie et du commerce…j ai été renversé moi tout jeunot que j étais de l entendre me dire: tu sais, Maurice il ne veut pas trop dépenser…mais les banques entre 1936 et 1939 l’ont mis à genoux et en plus il voudrait bien que le Québec devienne lui-même…mais la population là ne le suivrait pas…et tu vois tous les gens d Ottawa venir au Québec.Le fruit n est pas arrivé à maturité.Maintenant il l est plus que jamais.

    Bonne chance dans toutes vos entreprises et si un jour vous avez besoin d un vieux encore en forme je suis à votre disposition.

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  5. En réponse à votre question M. Lisée: « parce que nous sommes des éternels perdants et que nous nous en complaisons! »

    Ou si vous préférez: nous sommes un «peuple» ou une «nation» ou une «société» distincte … ou non … de «pas de couilles»

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  6. D’accord avec vous, Jean Lesage est la référence. Lui est le Maître (chez nous) et aussi le vrai libéral, dans ce que ce terme a de plus positif. Le dernier de la liste (et non aussi le prochain, espère-t-on) n’est qu’un conservateur déguisé en néo-libéral. Après la défaite appréhendée de ce dernier, le parti libéral devra revenir à ses racines, quitte à prendre une nouvelle appellation: libéral-démocrate.

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  7. J’aime ton texte. Sauf la fin. Le divertissement est en politique à mettre à l’index. On ne peut plus rire de la destruction de la planète et de l’asservissement aux règles économiques érigées en Dieu. À la révolution tranquille, il n’y a pas eu de rupture pcq la majorité répudiait l’Église pour ses dogmes qui ne cadraient plus avec la cultures ambiantes. Est-ce que le québécois voit ce qui lui pend au bout du nez ? Est-ce que notre prochain leader sera capable de canaliser cette énergie brute vers de nouveaux défis ? C’est bien de parler de l’État Québécois comme étant le plus moins pire de l’Amérique du Nord mais ce que le peuple attend c’est qu’on lui lance un défi qui cadre avec ses aspirations. On veut aller sur la lune ! Dans 10 ans nous ne roulerons plus avec des moteurs à essence. Il y en a surement d’autres … Lancer un défi à notre intelligence collective c’est que le prochain leader doit faire. Pendant ce temps il pourra faire passer son agenda de refonte de la démocratie etc. Et avec l’aval de la population et des succès, ce leader deviendra notre héros ! PS. Grand besoin de gens comme toi pour expliquer et vulgariser; un peu comme le Levesque du tonnerre.

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  8. C’est vrai que au Québec on ne s’ennui jamais ,il se passe toujours un évènement qui fait lever le peuple.

    Pour la suite du printemps ,la première étape est de libérer des Libéraux car si ils sont réélus tout va tomber à plat et je crains une grande déprime collective.

    Et si nos héros ne sont pas héroïques à 100% on peut affirmer qui nos couillons eux ont été fourbes à 100%.

    Nous les connaissons :Trudeau,Ouellet,Lalonde,Joyal,Charest etc…

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  9. Si vos héros ne sont que des mi-poules-mouillées, c’est que vous n’avez d’yeux et de coeur que pour la politique. C’est un art, disent certains, mais un art implicitement imparfait.

    Quand je pense à des héros québécois évidemment que je pense à Léopold Simoneau, Ben Weider, Clarence Gagnon, Anne Hébert, Félix, A. Desjardins…

    Pourquoi cette manie de valoriser les êtres humains selon leur idéologie politique. C’est réducteur et malsain pour une société. Pas surprenant que votre industrie culturelle est en déclin, pour ne pas dire votre culture.

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  10. Pourquoi l’équipe du tonnerre de J Lesage a agit avec envergure : Parce qu’elle a découvert le puisant levier qu’est l’État : « Nous n’avions que l’État… » pour contrer la puissance des Trust ( R Lvesques). « L’état devenait ce qu’il faisait » (G. Bergeron).

    Ensuite on a perdu le contact avec notre État pour une quête mythique du PAYS devant nous. On a laisser la proie pour l’ombre.

    Le Plan de gouvernance souverainiste propose un retour à l’État national, le véritable déterminant de la politique, pour en faire le vecteur du projet ; la deuxième Révolution tranquille: Maitre chez nous phase 2

    De la première G. Bergeron a dis qu’il s’agissait d’un « État (Québec) qui se dressait contre un autre » (Ottawa). Alors que le rapport de force n’a pas été favorable à l’époque, il s’agit maintenant de le bâtir.

    Un changement de paradigme, difficile à saisir pour les gens qui vivent dans l’idéal.

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  11. Et où peut-on se procurer ce livre

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  12. Le Peuple ce Héros !!!

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  13. @ JCPomerleau

    Alors que bon nombre de souverainistes et indépendantistes des années 70 croyaient le peuple québécois devenu adulte et avoir atteint un stade de maturité nécessaire à une pleine prise en charge de son destin, il faut, quarante ans plus tard, se rendre à l’évidence que ce peuple est toujours à l’âge de la quête de son identité propre comme chez l’adolescent. En guise de consolation vous invitez le mouvement indépendantiste à ronger son frein en une stratégie de ti-pas pour un ti-peuple. Né pour un ti-pain, tite-vie coloniale va…

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  14. Quelle différence entre le héro et le « peureux » (lâche) ? Le « peureux » pense plus vite ! (et n’a pas à fairer le héro). Quand on demande à un héro, il nous répond qu’il n’a fait que ce que n’importe qui aurait pu faire. Je crois que nous confondons « héros » and « célébrités ». C’est bien connue; les célébrités sont loins d’être des personnes parfaites. Le héros qui a plongé dans l’eau froide et agité pour sauvé un enfant de la noyade, en tirera rarement un profit. La personne qui devient célèbre, ça se paye; demandez à Céline. Si on paye, on a le droit de savoir ce qu’on achète ! Non !!! Champlain, Jean Lesage, René Levesque, P.E. Trudeau sont célèbres, ils ne sont pas connue pour avoir mis leur vie en danger pour sauver celle d’un autre.

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  15. Le HÉROS le plus significatif à mon sens et le plus près du 100% fut TERRY FOX.
    Quel courage!
    Quel exemple pour nous tous, bien portants!
    Quel espoir pour les malades!
    Quant à ceux que vous nommez, il y aura malheureusement toujours cette part d’ombre qu’on ne peut s’empêcher de soupçonner et qui les empèche d’atteindre ce mythique 100%
    Richard Gosselin

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  16. Il n’y a que la moitié de la population qui sont des fiers Québécois et qui n’ont pas peur de s’afficher.
    Les autres ne connaissent pas leur histoire ou ils ont peur de perdre leur pension de vieillesse. Il y a aussi la majorité des anglophones, la plupart des immigrés, les profiteurs du système corrompu et des paradis fiscaux qui s’imaginent qu’ils vont tout perdre si un gouvernement Québécois récupérait tous ses pouvoirs, tout en conservant une certaine alliance économique avec le reste du Canada.

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  17. Bon! Arrivons-nous à l’ultime question de la capacité de nos élites québécois de gérer et d’administrer ce territoire et sa population de façon autonome? nonobstant, les partis politiques
    en cause. Le coeur du problème est géo-polititique. Le peuple est mis devant un choix démocratique, disons-nous! Oui, sauf que, la structure d’accueil de chacun des partis politiques exige un engagement formel envers son ORIENTATION politique (fédéraliste ou
    indépendantiste), alors que cette question pourrait se régler à l’intérieur d’un référendum.
    Le peuple demande plus de justice, plus d’honnêté
    dans l’administration et la gestion du Québec. Pourquoi exiger de l’électeur un choix parallèle
    automatique « on vote pour nous, vous êtes fédéralistes » ou « on vote pour nous, vous êtes indépendantistes ». Cette façon de présenter les élections au peuple jette un froid qui le plaçe
    dans la position de l’indécision. De là, la masse molle et conséquemment le peu d’intérêt des Québecois aux élections.

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  18. Bonjours,,pour commencé je te salut,,,,pourquoi nos héros,,,,,,c,est le plus simplement du monde ils ont peur de perde,,c,est tout,,,,,quand tu es un héro!!!,,,(ou tu à des convictions),,,tu ne réfléché pas tu agis tout simplement,,,,,tu vie c,est en toi,,si tu l’as,,,,tout vas jusqu,au bout,,la vie y compris,,,

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  19. A répéter que le bilinguisme est en déclin, vous témoignez d’une ignorance et d’un parti-pris bien évidents. Maurice Richard est autant mon héros que le vôtre. Dans ma petite école primaire des années 50 dans le nord de l’Ontario,on s’arrachait la précieuse carte de Maurice. Le paternalisme de vos propos est humiliant pour les 600,000 ontariens francophones.
    Marc Ryan, Embrun Ontario

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  20. @ marc ryan:

    Entièrement d’accord avec vous. Le paternalisme de M. Lisée l’est d’ailleurs tout aussi pour le million ou deux d’électeurs Québécois qui ne partageons (heureusement) pas sa vision étroite et motivée par ses propres intérêts, laquelle ne fait que perpétuer notre délire culturel collectif québécois… lui aussi un legs des années 60 et 70.

    Je suis moi même un « jeune » de l’après-101 qui a hâte de voir disparaître un jour ces dinosaures qui ne cessent pas de s’autoféliciter tout en s’attribuant le mérite pour les initiatives de développement qui auraient tout de même eu lieu.

    Il faut arrêter de se croire le nombril du monde.

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