François Legault trône en tête des sondages et incarne le changement. Les Québécois sont-ils prêts à le suivre ?

En ce mercredi soir de la fin septembre, c'est un homme en croisade qui monte sur l'estrade dans le fond d'une salle communautaire de Longueuil.
Pendant 45 minutes, micro en main, sans texte et avec fougue, malgré la chaleur, François Legault - en complet, mais sans cravate sur sa chemise blanche immaculée - a toutes les allures d'un patron qui explique à ses actionnaires pourquoi des réformes s'imposent. Et l'entreprise qui tangue, c'est le Québec.
Près de 300 personnes de tous les âges et de tous les horizons sont venues l'entendre exposer ses chiffres sur la fuite des sièges sociaux québécois, la hausse du décrochage scolaire et le manque de médecins de famille. François Legault énumère les secteurs où il veut investir et ceux où il souhaite faire des coupes pour entamer la restructuration de l'État. « Je ne veux pas être de la première génération qui laisse un Québec plus pauvre à ses enfants », lance ce père de deux adolescents.
L'ancien patron d'Air Transat fait la promotion de ses idées à coups de phrases-chocs emballées pour la télé ou Twitter. Qui font mouche. Sur l'éducation : « Chaque enfant au Québec a droit à un enseignant compétent. La sécurité d'emploi ne doit pas être une excuse à l'incompétence. » Sur la santé : « On n'a pas besoin d'agences de santé au Québec. C'est de la bureaucratie inutile. » En économie : « Une société qui ne développe pas d'entrepreneurs est une société qui meurt. » Sur l'identité : « Il ne faut pas être gênés de défendre notre langue. »
Officiellement, François Legault consulte la population et explique sa vision. En réalité, il est en répétition générale pour les prochaines élections, lui qui lancera son parti d'ici la fin novembre. Les sondages le placent en tête. Il incarne l'espoir d'un renouveau pour des milliers de citoyens.
En entrevue, François Legault n'a pas davantage la langue dans sa poche. Il veut que le Québec se passe de la péréquation fédérale d'ici 10 ans. Pour accomplir cette tâche titanesque - compenser une perte de 7,6 milliards de dollars par année -, il propose de soutenir les entreprises québécoises et de profiter davantage des retombées de l'exploitation des ressources naturelles.
Le cofondateur de la Coalition pour l'avenir du Québec - avec l'homme d'affaires Charles Sirois - affirme que, en vue des élections, 500 candidats potentiels se sont manifestés, mais il juge qu'un parti a essentiellement besoin « d'une dizaine de très bons candidats pour former le gouvernement » et pourvoir les ministères clés. « Et je sais pas mal où je m'en vais sur ce plan. » Il tait jalousement les noms, mais des discussions ont notamment eu lieu avec Gaétan Barrette, le président de la Fédération des médecins spécialistes.
François Legault convient que sa popularité peut être éphémère. « Je suis prudent par rapport aux sondages. Il faut que les gens se rendent compte qu'on a un plan d'action avec des idées précises. Mon but n'est pas de faire plaisir à tout le monde. »





