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Stephen Harper : un botté pour conquérir Montréal ?


1 Mars 2011

En recrutant l’ancien président des Alouettes Larry Smith, le Parti conservateur dévoile son jeu : il renonce à concurrencer le Bloc québécois chez les francophones de Montréal, mais il ne renonce pas à la métropole !

Stephen Harper : un botté pour conquérir Montréal ?
Ill. : Virginie Egger

Au football, cela s'appelle un botté de placement. Un jeu moins payant qu'un touché, mais parfois suffisant pour gagner. En envoyant l'ancien président des Alouettes sur le terrain en vue des prochaines élections, le chef conservateur Stephen Harper démontre que la manœuvre existe aussi en politique. Et que sa stratégie pour aller chercher les points qui lui manquent est maintenant en place.

Les troupes de Stephen Harper ont abso­lument besoin de faire élire des députés à Montréal et à Toronto pour espérer obtenir enfin la majorité au Parlement. Or, de l'aveu même des organisateurs conservateurs, les banlieues de Montréal, dominées par le Bloc québécois et le Parti libéral, sont hors de portée. L'équipe conservatrice vise donc le botté de placement : des gains limités, mais essentiels, dans l'ouest de l'île, majoritairement anglophone. Le botteur : Larry Smith, 59 ans, ancienne étoile du football et éditeur du quotidien The Gazette, très populaire dans la communauté anglophone, qui « casse » le français de charmante façon.

« Si on ne réussit pas à remporter quelques sièges à Montréal avec un porte-parole crédible, connu et aimé comme Larry Smith, on n'y arrivera jamais », dit un organisateur, qui refuse d'être nommé.

Le Parti conservateur s'est hissé au pouvoir, en 2006, en misant sur les régions et les banlieues. Il n'a fait élire aucun député dans les trois grandes villes du pays, Montréal, Toronto et Vancouver. Puis, en 2008, profitant de la déconfi­ture du chef libéral Stéphane Dion, il a remporté quelques sièges à Vancouver. Aucun à Montréal, où les 32 circon­scriptions de la région lui ont échappé. Dans le grand Toronto, il a fait élire 12 députés... sur 47.

Douze sièges séparent les troupes conservatrices de la majorité (155 sièges) aux Communes. « Vous ne pouvez pas être un vrai parti national et aspirer au pouvoir régulièrement sans faire élire des députés à Montréal et à Toronto. C'est mathématique, mais aussi symbolique », dit Tom Flanagan, ancien chef de cabinet de Stephen Harper, qui a également été directeur des campagnes électorales de 2004 et 2006.

En jetant Larry Smith dans la mêlée, le chef conservateur dévoile son jeu : il renonce à concurrencer le Bloc québécois chez les francophones de Montréal, mais il ne renonce pas à la métropole !

Pourtant, la fermeture de la permanence du parti à Montréal, en 2009, avait envoyé un bien mauvais message. « On n'a pas fait une croix sur Montréal, mais ça coûtait trop cher à maintenir par rapport à nos besoins », dit Christian Paradis, ministre responsable de Mont­réal, visiblement mal à l'aise. « J'aurais voulu en rouvrir une, mais ce n'était pas une priorité et on a manqué de temps. J'espère en rouvrir une plus tard. » Tous les autres partis ont un local dans la métropole pour servir les organisateurs et les bénévoles, même le NPD, qui ne compte pourtant qu'un député dans la région (Thomas Mulcair).

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