Ces acouphènes qui sifflent dans nos têtes

Au Québec, des centaines de millers de personnes sont affectées par des acouphènes. «Dans mon cas, c’est un petit bruit hyperaigu, mais très discret», nous dit Alain Vadeboncoeur. Qui a appris à vivre avec celui-ci.

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Comme des centaines de milliers de personnes au Québec, je souffre d’un acouphène, même si le mot «souffrir» est nettement exagéré dans mon cas. C’est que je dois admettre que je ne l’entends presque plus ces dernières années, même s’il revient à la charge quand je suis fatigué ou si je suis exposé à des sons intenses.

Un acouphène, plus ou moins continu, ressemble à un sifflement, à un bourdonnement ou à un cliquetis. Dans mon cas, c’est un petit bruit hyperaigu, mais très discret. Il peut être perçu dans différentes parties de la tête: une oreille ou les deux, à l’avant, au centre ou à l’arrière. Ce bruit est bien réel et non imaginaire, mais personne autour ne peut l’entendre, bien entendu. Si vous ignorez de quoi il en retourne, je vous suggère d’en écouter quelques-uns sur ce site.

Vraiment désagréable, n’est-ce pas? De tels acouphènes entraînent des répercussions psychologiques sérieuses. Les personnes qui en souffrent montrent d’ailleurs un état de stress plus intense que la moyenne, comme l’indique cette étude récente.

Les acouphènes causent ainsi des troubles de concentration, de l’irritabilité, de l’insomnie, des problèmes en milieu de travail, voire une détresse psychologique, des dépressions et même des idées suicidaires. Je plains ceux qui en sont vraiment affectés. Au Québec, 90 000 personnes sont ainsi sévèrement affectées par de tels acouphènes, selon le site Acouphène Québec, une ressource pertinente.

Portail du site Acouphènes Québec. https://acouphenesquebec.org

Portail du site Acouphènes Québec

 

Différentes causes

Deux facteurs expliquent souvent l’apparition des acouphènes. Chez les personnes âgées, c’est la perte d’audition qui en est habituellement la cause. L’acouphène est alors en quelque sorte un signal causé par la perte d’audition, comme si le cerveau cherchait à compenser un signal auditif disparu, en produisant lui-même le son manquant.

Chez les adolescents et les adultes, l’exposition excessive à des bruits trop intenses peut occasionner des dommages directs, puis des acouphènes, plus ou moins permanents. Un facteur génétique peut aussi favoriser leur apparition.

Plusieurs «causes» d’acouphène temporaire concernent une minorité de cas: bouchon de cérumen, infection de l’oeil, coup sur la tête ou tumeur de l’oreille, etc. D’où l’importance d’une bonne évaluation médicale avant de conclure qu’il n’y a pas de solution évidente.

Comme pour bien d’autres problèmes neurologiques, plusieurs régions du cerveau semblent impliquées dans la genèse des acouphènes, et non seulement, par exemple, la zone spécialisée dans l’audition et encore moins l’oreille interne, où se trouve l’appareil auditif. Le problème, c’est que cette complexité rend plus difficile l’élaboration d’un traitement spécifique.

Résonance magnétique du cerveau montrant les zones impliquées dans une étude portant sur les acouphènes. Source: Open-I.

Images du cerveau obtenue par résonance magnétique dans une étude portant sur les acouphènes. Source: Open-I.

L’acouphène proviendrait de l’activité de zones du cerveau aussi impliquées dans les syndromes douloureux chroniques, ce qui pousse les chercheurs à regarder du côté de la modulation de certains neurotransmetteurs du cerveau, comme la dopamine et de la sérotonine, pour les traiter.

 

Pas facile à soigner!

Quand on souffre d’acouphènes, il est d’abord suggéré de consulter son médecin ou encore un spécialiste de l’oreille (ORL) afin d’éliminer une cause secondaire, parfois traitable. Tant mieux si on peut ainsi y mettre fin, mais c’est plutôt rare. Porter un appareil auditif permettrait parfois de contrer la baisse de l’audition et pourrait aider à diminuer les acouphènes.

Si rien ne peut être fait pour arrêter l’acouphène, il est probable qu’il faudra plutôt apprendre à mieux vivre avec celui-ci. L’approche thérapeutique est dite holistique, puisqu’il s’agit de soigner la personne qui en souffre par des techniques de relaxation, la promotion des bonnes habitudes de vie, le soutien psychologique, tout ce qui peut aider à se sentir mieux.

De manière plus précise, les traitements spécialisés, offerts en audiologie ou en psychologie, viseront à faciliter la vie avec l’acouphène, notamment en atténuant sa perception, ce qui évitera de rester concentré sur celui-ci et permettra d’atténuer l’anxiété.

Une simple musique de fond pourra être utile, mais on aura plus souvent recours à des bruits spéciaux, dits «bruits blancs», comme le son continu du vent, des vagues ou de la pluie, sans tonalité, dont on peut trouver des exemples sur le web.

Ces «bruits blancs» sont émis par des générateurs dans la pièce où l’on séjourne ou bien sont émis par des appareils auditifs spéciaux que l’on porte sur soi. En les combinant avec une thérapie, la personne parvient à «oublier» l’acouphène. Par contre, le silence est à éviter, puisqu’il accentue la perception de l’acouphène.

 

Et la prévention

Question prévention, diminuer l’exposition aux bruits forts est la clef, puisqu’il s’agit d’abord de protéger l’audition. Personnellement, je suis devenu un peu maniaque, traînant des bouchons partout, par exemple au cinéma, où le son est parfois exagéré.

Même chose pour les partys. Récemment, durant une soirée où la musique était vraiment trop forte, j’ai ressenti des bourdonnements dans les oreilles. Les sons que je percevais se déformaient, surtout dans les tons graves. J’ai eu la frousse. Durant deux semaines, mon acouphène est ensuite devenu assez fort. Mais tout est ensuite revenu à la «normale», ne laissant que ce petit son aigu qui m’est devenu familier et ne me dérange plus tellement.

Vous voulez un truc? Quand le bruit ambiant force les autres à hurler dans vos oreilles, jusqu’à en ressentir de la douleur — signe de danger! —, porter des bouchons protège les tympans, mais permet aussi d’entendre bien plus clairement les gens qui vous parlent.

Mais si un acouphène vous dérange, ce qui peut devenir un calvaire, mieux vaut demander une aide spécialisée, qu’on pourra trouver sur le site Acouphène Québec, qui offre beaucoup d’information pertinente sur le sujet. Et si ça va vraiment mal, on trouve même un numéro d’urgence où appeler!

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Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal.


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11 commentaires à propos de “Ces acouphènes qui sifflent dans nos têtes

  1. Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours eu des acouphènes mais je n’y porte plus attention. Dans mon cas ça se présente comme un sifflement continu dans les 2 oreilles. C’est certain que si il existait un remède à ça j’en profiterais. J’aimerais bien savoir ce que c’est qu’un vrai silence, ça doit-être reposant.

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  2. Pour le Dr. Vadeboncoeur:
    Dr, je souffre de glossodynie essentielle depuis 1998. J’apprécierais grandement que vous consacriez un de vos billets à cette infernale source de douleur que la médecine n’arrive pas à régler dans mon cas. À moins que cela n’ait déjà été fait; si c’est le cas, pourriez-vous me transmettre ce billet ou m’indiquer où je pourrais le retrouver. Merci !

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  3. J’ai souffert d’acouphène durant un an. Il est arrivé sans raison, et est reparti de la même façon. Le son était très aigu mais je m’y étais habituée.

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  4. Merci pour votre témoignage sur les acouphènes. Ça fait du bien.
    Pour moi, cela a commencé d’une façon soudaine vers 5 h un matin de janvier 2010. Je me suis fait réveiller par un fort bourdonnement. J’ai réveillé ma conjointe en lui disant qu’il y avait certainement un nid d’abeilles ou de guêpes dans le mur de la chambre. Elle m’a dit ne rien entendre et qu’il faisait -20 C à l’extérieur ! Je n’y comprenais rien. Une visite chez un ORL m’a confirmé que c’était un acouphène et qu’il n’y avait rien à faire… Le bourdonnement du nid de guêpes s’est transformé en bruit de criquets de champ durant l’été pour continuer en un bruit super aigu très variable. Quand il est à un niveau élevé, il devient exaspérant, car en plus cela génère de l’hyperacousie. Donc, je n’ai plus le goût d’aller au cinéma ni voir des spectacles où le volume du son est assourdissant, même avec des bouchons.
    J’ai tout essayé avec Acouphène-Québec et le BRAM de l’Université de Montréal. J’ai découvert que les bruits blancs aident un peu à en réduire les effets. Depuis quelque temps, j’utilise un générateur de bruits blancs pour dormir. Pour moi, c’est plus efficace que des somnifères et sans effets secondaires, mais sans trop d’effet sur le niveau des acouphènes le matin.
    J’ai aussi découvert que certains médicaments peuvent augmenter considérablement le niveau des acouphènes comme il m’est encore arrivé récemment. Cela, la plupart des médecins et des pharmaciens semblent l’ignorer complètement. On peut trouver des listes de ces médicaments sur le Web, mais elles ne sont pas publicisées probablement à cause du lobby des pharmaceutiques.
    Lors de rencontres de personnes acouphéniques avec Acouphène-Québec, j’ai entendu plusieurs personnes dirent qu’elles avaient déjà pensé au suicide. Dans les faits, il semble impossible de savoir quel serait le nombre de suicides dont l’une des causes serait les acouphènes. Je ne suis pas gêné de parler de mes acouphènes et cela m’amène à recevoir des confidences de personne qui m’ont dit vivre en silence avec des acouphènes depuis plusieurs années, mais elles n’en ont jamais parlé dans leurs milieux de travail et familial, car elles disaient qu’elles auraient subi des sarcasmes avec des bruits entre les deux oreilles…

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  5. Bonjour
    Je me tannée assez très dur guérir pas des l’oreille tout les jours sifflement 24 hres des des acouphènes . J’ai besoin rencontre.

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  6. J’ai essayé les traitements de la clinique de l’acouphéne de Montreal : écoute d’une heure par jour d’un son personnalisé, ajusté en fonction de ma surdité et de l’estimation du son que j’entend. Principe: déjouer le cerveau, pour qu’il cesse d’émettre ce son ( cela dit dans mes mots évidemment). 1000$. Résultat : peu encourageant. Avez vous entendu parler de ces traitement$?

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  7. Bonjour à vous tous,
    J’ai 52 ans et je souffre d’acouphènes de l’oreille droite depuis près de 30 ans maintenant. Comme plusieurs d’entre vous j’ai appris a vivre avec, malheureusement depuis 1 an environ je suis devenu complètement sourd de cette oreille. Oui! J’entend encore le ce bruit intense mais rien d’autre ne peut le traverser. Je n’est jamais changer ma vie à cause de cette état, présentement en voyage de trois mois en sac à dos à travers le Maroc, seul inconvénient si je peu dire, c’est que je dois faire attention au mal des hauteurs, puisque mon acouphènes en est très affecter, tout cela pour vous dire que la vie continu, nous devons juste nous adapter à cette fâcheuse situation.
    Bonne chance à tous
    voyageur du monde

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  8. Moi, ce sont les tensions accumulées qui m’amène parfois à avoir des acouphènes. Une massothérapeute m’aide avec un traitement ciblé. Et ça marche!

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  9. C’est exactement mon cas. « Un petit bruit hyper-aigu, mais très discret. » Il n’affecte pas ma capacité à entendre des sons très fins ou très faibles. Mon ouïe n’est donc pas affectée. Je le sais car je suis fort versé en musique classique et je ne manque rien des sons des différents instruments.
    Pour me faciliter la vie avec l’acouphène, j’atténue sa perception en me concentrant sur mon travail de lecture et d’écriture. Je ne l’ai perçu qu’en vous lisant. Je n’en fais aucun cas et je n’ai donc aucune anxiété à son égard.
    J’ai le silence autour de moi que j’apprécie et vue mon activité intellectuelle, sa perception disparaît.

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  10. En ce qui me concerne, je me force a l’ignorer, toutefois j’ai remarqué que lorsque je porte les appareils auditifs il diminue d’intensité, donc même si je suis a la maison seule, je les porte afin de diminuer l’acouphène.

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