Pousse mais pousse égal sur ta pression!

Vous craignez les « poussées de pression » ? Pourtant, les vraies urgences hypertensives sont très rares. Prendre une marche pour relaxer est peut-être alors une meilleure idée que de courir à l’urgence!

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(Photo: iStock)

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Vous croyez souffrir de « poussées de pression »? Davantage depuis que Trump est élu ? Vous utilisez compulsivement votre tensiomètre acheté récemment à la pharmacie? Voir monter les chiffres vous mène immanquablement à l’urgence ? Alors cette chronique est pour vous !

Pour vous aider à y voir clair et vous éviter une visite souvent inutile un vendredi soir après une grosse semaine de travail – c’est souvent à ce moment là que ça se passe –  je vais vous résumer quelques points importants. Et certaines affirmations vous surprendront.

 

1. La tension varie tout le temps.

D’abord, la plupart des gens qui viennent à l’urgence sont persuadés que la situation est catastrophique, alors que le plus souvent, il n’en est rien. C’est mal connu, mais votre tension artérielle varie constamment, s’adaptant à chaque minute à la situation. Qu’elle soit haute de temps en temps n’a donc rien de surprenant.

Voici un exemple simple: si vous rencontrez un lion dans votre cuisine, votre pression va monter immédiatement, tout simplement parce que vous allez sans doute (c’est conseillé en tout cas) vous mettre à courir dans les prochaines secondes. Et que sans cette hausse rapide de pression, vous ne tiendriez pas trois mètres et risqueriez donc fort de vous transformer vous-mêmes en steak, ce qui n’est pas souhaitable.

En d’autres mots, cette « poussée de pression » vient de vous sauver la vie. Cela veut aussi dire qu’un stress aigu est la cause habituelle de ces « poussées de pression » qui vous conduisent jusqu’à l’urgence – rarement dans un état relax, d’ailleurs.

 

2. Vous ne sentez pas votre pression

Ce n’est pas pour rien qu’on appelle l’hypertension le « tueur silencieux » : l’hypertension ne cause généralement… aucun symptôme ou à peu près. Je sais, plusieurs d’entre vous ne me croiront pas. Il charrie le docteur, moi je sens exactement quand ma pression est haute !

Mais non. Et c’est très bien démontré : il est à peu près impossible de « sentir » sa pression. Sauf quand elle est trop basse et qu’on est étourdi, parce qu’alors le cerveau ne reçoit plus assez de sang, ce qui est un tout autre problème.

Pourtant, vous pensez très bien savoir quand votre pression est haute. Exemple : vous avez mal à la tête, éprouvez un vertige, voyez vos joues rouges, sentez votre coeur battre fort… alors vous prenez votre pression, et elle est haute ! Donc vous la sentiez, non ? Pas du tout. Enfin, pas tout à fait.


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Clarifions : c’est une simple association, et non une relation de causalité. Autrement dit, le problème, c’est le symptôme, et la réaction, c’est la montée de pression.  Non l’inverse. Votre pression est haute parce que vous vous sentez mal (peu importe la raison).

C’est que la plupart de ces symptômes causent un stress qui fait monter la pression. Et même le fait d’être inquiet et stressé pour sa pression, ça fait monter la pression imaginez-vous.

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Vous ne me croyez pas ? Prenons un exemple évident : dirait-on que ma pression haute «cause» la présence du lion dans la pièce ? Sûrement pas. Pourtant, ma pression est haute quand il y a un lion dans la pièce, alors que si c’est plutôt un chat, elle est normale. La hausse de la pression est bien associée à la présence du lion, mais elle ne «cause» pas la présence du lion.

De même, quand vous avez un symptôme dérangeant, comme un mal de tête, alors vos hormones de stress sont sécrétées : l’adrénaline (réponse immédiate au stress pour accélérer le coeur et permettre de s’enfuir ou de se battre dans les secondes qui suivent) et le cortisol (réponse retardée et soutenue au stress). De sorte que votre corps et votre esprit se préparent.

Or, ces deux hormones font aussi monter la pression artérielle, immédiatement ou de manière plus soutenue. Le mal de tête cause donc la montée de pression associée. Mais la pression élevée ne cause pas le mal de tête. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est parfaitement bien démontré par la science.

 

3. Les urgences hypertensives sont rares

Il est vrai qu’il existe des urgences médicales où la pression cause véritablement un problème. On parle alors d’une urgence hypertensive. Par exemple, l’encéphalopathie (atteinte du cerveau) hypertensive. Mais il s’agit vraiment de problèmes très rares.

En fait, certaines urgences hypertensives touchent parfois des patients plus jeunes, c’est le cas de la pré-éclampsie, qui survient chez les femmes enceintes, ou de certains problèmes rénaux aigus, qui entrainent chez le jeune une pression élevée, alors que son système n’est pas habitué. Dans ces deux cas, le cerveau peut souffrir, ce qui cause une encéphalopathie, pouvant provoquer par exemple des convulsions chez la femme enceinte en pré-éclampsie.

Mais chez des patients plus âgés, de telles urgences sont vraiment exceptionnelles. J’ai vu, en 26 ans de médecine d’urgence, deux ou trois patients chez qui une pression très élevée causait ce genre de problèmes aigus au cerveau. Sur des centaines sinon des milliers de patients évalués pour une pression élevée. Autrement dit, le phénomène est rarissime.

Tout simplement parce que souvent, l’hypertension chez ces patients est déjà connue, plus ou moins bien contrôlée, et que leur système circulatoire est bien adapté à des pressions élevées, de sorte que des valeurs élevées (et même parfois très élevées, par exemple 220 / 110) sont bien tolérées par les « organes-nobles, notamment le cerveau. Ce qui n’est pas le cas des jeunes (de 20 ans) qui présentent subitement, pour une des raisons médicales évoquées plus haut, une pression trop élevée pour leur système non adapté à cette situation.

 

4. Il faut prendre sa pression relax

Il demeure que l’hypertension, toute silencieuse qu’elle soit, est bien entendu une vraie maladie – dont la cause est d’ailleurs habituellement inconnue. Il faut toutefois bien comprendre qu’on trouve alors non pas une pression occasionnellement élevée, mais bien une hypertension presque constante, généralement de plus de 140 / 90.

Autrement dit, la pression doit être plus élevée que 140 / 90 sur une majorité des mesures. Et surtout – élément central du diagnostic – quand la personne est calme et reposée. Parce que cette pression, prise dans ces circonstances, correspond à la « vraie » pression. Et que prendre la pression au milieu d’un stress intense n’a aucune valeur diagnostique.

Il est donc bien important de mesurer sa pression quand on est relax, ce qui n’est pas toujours facile à l’urgence ou dans un bureau de médecin pour ceux que la « blouse blanche » rend inconfortables, il faut l’admettre. D’où l’intérêt de la mesurer ailleurs, par exemple de manière répétée avec un appareil portable à la maison ou encore en pharmacie.

Ce qui est d’ailleurs une excellente manière d’effectuer un diagnostic : si la moyenne d’un grand nombre de prises de pression à la maison est élevée, il y a probablement de l’hypertension. Si elle monte de temps en temps quand vous êtes stressé, vous devriez plutôt apprendre à relaxer.

Par ailleurs, si on prend sa pression 5 fois d’affilée et qu’elle est de plus en plus haute, disons en quelques heures, ce n’est généralement pas grave et l’explication est assez simple : la seule raison possible du phénomène est l’anxiété causée par le chiffre de pression (de plus en plus élevé, soit proportionnel à l’anxiété). Si vous êtes du genre à stresser en regardant votre appareil à pression, ce n’est peut-être pas la bonne technique pour vous.

 

5. La crainte de l’AVC aigu

Mais pourquoi les gens viennent-ils à l’urgence quand ils constatent que leur pression est trop élevée? C’est simple : ils craignent habituellement l’apparition d’un AVC aigu.

L’idée qu’une pression élevée peut causer un AVC aigu étant en effet fort répandue dans la population – et même chez beaucoup de professionnels de la santé —, c’est donc une crainte légitime. Mais en réalité, c’est au mieux une distorsion des données scientifiques à cet égard.

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S’il est vrai que l’hypertension constitue à long terme un facteur de risque pour l’AVC, le phénomène se développe généralement sur des décennies (ou encore sur des années quand l’hypertension est vraiment très sévère). On peut comparer cela au tabac, qui tue la moitié de ses usagers, mais pas dans la semaine qui suit la première cigarette, plutôt après des décennies d’abus. C’est la même chose avec l’hypertension.

Il est donc important à long terme de traiter l’hypertension, tout comme il est important de cesser de fumer. Pas pour éviter le pire dans une semaine, mais bien l’AVC dans 20 ou 30 ans. Et encore, l’impact de la cessation du tabac est probablement bien plus important que celui du traitement de l’hypertension.

Mais surtout, les « poussées » de pression (à ne pas confondre avec de l’hypertension) ne causent pas en soi d’AVC, contrairement à la vraie hypertension. Par ailleurs, la possibilité qu’une telle « poussée de pression », isolée, cause une hémorragie cérébrale est par elle-même infime. Autrement dit, les craintes des patients de subir un AVC aigu quand leur pression monte sont non fondées.

 

6. Relaxe quand ta pression monte !

D’abord, il faut réaliser, même si c’est contre-intuitif, que vos symptômes ne sont fort probablement pas dus à votre pression élevée – ce qui veut dire qu’il faudrait peut-être justement trouver la vraie cause de ce nouveau mal de tête, de ces étourdissements ou encore de ces battements cardiaques rapides.

Ensuite, comprendre que c’est bien souvent le stress et l’anxiété qui causent ces « poussées de pression », qui ne sont alors qu’un reflet de la réaction de stress en cours.

Par ailleurs, si la pression monte dans un contexte anxieux, peut-être est-il temps de relaxer un peu, d’aller marcher, de prendre un bon bain chaud ou encore une tisane à la camomille plutôt que de courir à l’urgence.

Et si vous vous rendez à l’urgence et que le médecin ne constate aucune atteinte aiguë des organes, ce qui devrait être fait, le mieux est simplement de vous allonger dans un endroit calme – par toujours facile à trouver dans une urgence – une trentaine de minutes et de recontrôler votre pression. Dans bien des cas, la pression sera d’elle-même retombée au bout de ce délai.

Enfin, sachez que parfois, en l’absence d’une vraie urgence hypertensive, abaisser trop rapidement la pression (par des médicaments à action rapide par exemple) peut être plus dangereux que de ne rien faire ou de simplement débuter une médication à long terme pour l’hypertension. C’est que si la pression chute trop rapidement, alors le cerveau pourrait vraiment manquer de sang, ce qui pourrait conduire… à l’AVC que vous aviez voulu éviter !

Cela dit, dans tous les cas, si vous avez un doute, une pression élevée et des symptômes bizarres, mieux vaut consulter, non pas tellement pour que votre pression soit abaissée… mais pour trouver la cause des ces symptômes, même si dans la plupart des cas, ils ne sont même pas causés par votre pression !

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Alain Vadeboncœur est urgentologue et chef du service de médecine d’urgence de l’Institut de cardiologie de Montréal.

 

Un commentaire à propos de “Pousse mais pousse égal sur ta pression!

  1. JE PREND UN MÉDICAMENT POUR L’HYPERTENSION AVEC DIURÉTIQUE ET JE TROUVE QUE MA PRESSION EST SOUVENT TRÈS BASSE 106 SUR 60 OU UN PEU PLUS.On m’a dit que ce n’était pas dangereux???

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