Si Greenpeace vous a dans sa ligne de mire, vous êtes cuit

Le géant vert s’attaque souvent au maillon faible d’un secteur industriel, une entreprise dont les pratiques environnementales sont en retard sur celles de ses concurrentes.

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Photo : Matt Refghi/Flickr

Photo : Matt Refghi/Flickr

Sante_et_scienceIl est rare que Greenpeace ne fasse pas mouche. Car le plus puissant groupe écologiste du monde embrasse le plus souvent des causes qui méritent d’être défendues.

Au Canada, ses campagnes visent à protéger l’Arctique, les forêts ainsi que les océans, et à combattre les changements climatiques. Dans ces domaines, il a le soutien de la communauté scientifique — les «intellectuels», auxquels s’en est pris le maire Jean Tremblay, de Saguenay —, dont les études démontrent que les gouvernements et les grandes entreprises n’en font pas toujours assez pour s’attaquer à des problèmes bien réels.

Ailleurs, Greenpeace se bat contre le nucléaire, les organismes génétiquement modifiés et des produits qu’il juge toxiques, des causes sur lesquelles les avis scientifiques sont nettement plus partagés.

Greenpeace s’attaque souvent au maillon faible d’un secteur industriel, une entreprise dont les pratiques environnementales sont en retard sur celles de ses concurrentes. Produits Forestiers Résolu vient de goûter à sa tactique. Le groupe écologiste a indirectement fait perdre un important contrat à la papetière en faisant pression sur la chaîne Best Buy pour qu’elle n’achète désormais que du papier certifié FSC au Canada. Resolu a dû mettre 85 travailleurs au chômage au Lac-Saint-Jean.

Le maire de Saguenay est dans tous ses états et le premier ministre, Philippe Couillard, demande à Greenpeace de se préoccuper des gens. Mais ils ont bien peu de chances de faire flancher le géant vert, qui, depuis sa fondation en 1971 à Vancouver, en a fait céder de plus coriaces.

Certaines campagnes de Greenpeace sont aussi dictées par l’effet qu’elles peuvent avoir sur l’adhésion de ses membres, puisque l’organisation, présente dans 40 pays, est principalement financée par ceux-ci (elle en compte 2,9 millions, dont 40 000 au Québec). Sur les 11,8 millions de dollars récoltés par sa filiale canadienne en 2013, $10,1 millions — ou 85 % du total — provenaient de donateurs.

En 2010, Greenpeace s’est ainsi attaquée à Nestlé, qu’elle accusait d’encourager la déforestation en Indonésie en achetant son huile de palme à des entreprises du groupe indonésien Sinar Mas, qui détruisaient la forêt primaire.

Le géant de l’agroalimentaire — 118 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2014 — a fini par céder sous l’effet d’une campagne coup de poing de Greenpeace. En comparant dans une vidéo les barres Kit Kat, rebaptisées Killer à des doigts de singe coupés dans lesquels on mordait à belles dents, l’organisation a attiré l’attention du monde entier sur ce massacre écologique. Nestlé a changé de fournisseur, tout comme Walmart, Staples et Mattel, qui achetaient du papier à Asia Pulp and Paper (APP), filiale de Sinar Mas.

De 2000 et 2012, l’Indonésie a perdu environ 60 000 km2 de forêt vierge, plus que le Brésil, ce qui a contribué à accélérer les changements climatiques à l’échelle de la planète, selon une étude publiée récemment dans Nature. Pour retrouver ses emplois perdus, l’Indonésie a décrété en 2011 un moratoire sur la destruction de la forêt primaire. Depuis, APP et Greenpeace ont fait la paix, et travaillent même ensemble pour améliorer les pratiques forestières de la compagnie, qui a retrouvé la plupart de ses clients.

Greenpeace doit son pouvoir à une stratégie de communication extrêmement efficace, selon le journaliste Stephen Dale, auteur du livre McLuhan’s Children : The Greenpeace Message and the Media, publié en 1996. En s’appuyant sur les théories du célèbre intellectuel canadien Marshall McLuhan, selon lequel «le médium est le message», l’organisation a très vite su tirer parti de l’influence des médias sur l’opinion publique.

Aujourd’hui, sa maîtrise des réseaux sociaux la rend capable de mobiliser rapidement des foules impressionnantes pour signer des pétitions ou inonder de courriels les entreprises ou les politiciens qu’elle vise. Pour sauver ses emplois, Produits Forestiers Résolu n’a probablement que deux options : changer ses pratiques pour retrouver sa certification FSC, ou prier pour que Greenpeace l’oublie. Je miserais plutôt sur la première…

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

8 commentaires à propos de “Si Greenpeace vous a dans sa ligne de mire, vous êtes cuit

  1. Philippe Couillard, demande à Greenpeace de se préoccuper des gens. ….

    Parce que lorsque l’on défend l’environnement et que L’on tente d’empêcher des actes de PIRATERIES industrielles….. On ne devenderait pas les GENS ????

    Obnubilé par un conditionnement médiatique qui oppose fallacieusement EXPLOITATION et SANTÉ publique ou environnementale, les gens sont enclins à croire qu’il ne peut y avoir de rentabilité possible autre que par un pillage dérèglementé et une industrialisation à coût minime et dans l’urgence…

    Pendant que la plupart des pays producteurs de pétrole commence à manquer d’espace d’entreposage pour leur produit et que l’on se plaint du prix trop BAS !!! du baril, notre gouvernement poursuit sa dérèglementation et ses politiques d’extraction sauvage des ressources nationales.

    On dirait une course pour exploiter, en toute hâte, ce que l’on PRÉVOIT ne plus être en mesure de produire aussi sauvagement dans un proche avenir…. devant une ÉVIDENCE de moins en moins camouflable de catastrophe planétaire…

    Même si la FOI ÉVANGILISTE de ce gouvernement refuse les preuves scientifiques en les muselant par des lois mammouths et des coupures soi-disantes  » de rigueur  » (le déficit zéro a le dos large!), la population ne pourra faire autrement que de réaliser les impacts climatiques causées par ce genre de production industrielle dépassée.

    Aujourd’hui, avec une croissance économique anémique, les gouvernements à idéologie de droite plus radicale ont le beau jeu d’exacerber le DÉSIR des masses à voir la solution à TOUS leurs maux dans le retour urgent d’une production économique et un retour à un déficit zéro aux vertus presque magiques !!!!

    Quitte à mettre en veilleuse toutes les solutions possibles pour d’autres enjeux, certes incontournables, mais présentés comme étant un FREIN à court terme à l’amélioration d’un pouvoir d’achat si essentiel…. ( ;-)

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  2. Je félicite Greenpeace pour ses longues années de militantisme en vue de protéger notre planète ainsi que notre avenir. Oui, il se peut que Greenpeace, de par ses interventions, peut faire perdre des emplois. Mais n’est-ce pas que de redresser le plus tôt possible les pratiques des entreprises au lieu d’avoir à s’élever presque trop tard contre les géants comme Nestlé et Monsanto ? Ce qui, à mes yeux, donne davantage de crédibilité à Greenpeace c’est leur capacité, une fois leurs objectifs réalisés, de collaborer avec les gouvernements et les entreprises initialement fautives. L’organisme ne se cherchent pas des ennemis et ne considère pas les entreprises et les gouvernants comme ennemis. Mais Greenpeace est sérieux dans sa légitime cause et cherche parmi ceux-ci des partenaires.

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  3. « Si Greenpeace vous a dans sa ligne, vous êtes cuit »
    Vous ai-je dis combien l’État Islamique n’était pas respectueuse de l’environnement?

    Bref, sachant bien que ce n’est pas son combat, Greenpeace utilise une façon de faire qui mérite toute notre attention. » Aujourd’hui, sa maîtrise des réseaux sociaux la rend capable de mobiliser rapidement des foules impressionnantes pour signer des pétitions ou inonder de courriels les entreprises ou les politiciens qu’elle vise »
    Ne serait-il pas là une petite amorce d’un solution afin de contrer l ‘implantation de la propagande de l’EI dans la tête de nos jeunes.

    Sauver les arbres c’est bien mais sauver les jeunes idéalistes manipulés dans leur foi au point d’être déhumanisés, bien là il me semble que c’est mieux.

    Aura-t-on un jour, un regroupement aussi intransigeant et efficace que Greenpeace qui mettra un grain de sable dans la roue de l ‘EI?

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  4. Même si je déplore que les «verts» soient trop souvent des «rouges» plus ou moins déguisés l’environnement est un enjeu qui me tient beaucoup à cœur. Il faut admettre que Greenpeace joue très bien son rôle de chien de garde. Ses moyens et sa réputation lui permettent de faire des choses qui seraient hors de portée des autres défenseurs de l’environnement.

    N’en déplaise à M Couillard et aux autres politiciens maintenir des emplois en région ne devrait en aucun cas justifier le saccage de l’environnement.

    En passant j’aimerais que ce principe s’applique aussi à l’agriculture, quelle tristesse de vois dépérir le Lac des Deux Montagnes à cause de la pollution de la «vache sacrée» agricole. Une honte à nos portes mais dont personne ne parle.

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  5. L’opposition politique a peu d’impact dans nos soit-disant démocraties et ne se préoccupe pas souvent de l’environnement par crainte de perdre des votes, sauf peut-être les verts mais le député vert de Victoria, M. Weaver, a fait un bourde au sujet de la chasse à l’ours brun mais ça c’est une autre histoire. Donc, comme l’opposition politique est inefficace, ce sont des organismes comme Greenpeace qui doivent prendre la relève, souvent pour le bien commun. Plusieurs organismes tentent de faire ce travail mais toutes ne sont pas aussi bien équipées ou aussi bien inspirées que Greenpeace et ça peut avoir des effets inattendus…

    Il faut que quelqu’un se préoccupe de nos petits-enfants et pas seulement des « jobs » d’aujourd’hui – si on laisse des forêts dévastées pour des générations, les Jean Tremblay du monde seront responsables de l’état lamentable de l’économie et de l’environnement des générations à venir.

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  6. À défaut d’être sérieux, cet article est plutôt amusant.

    Qui se souvient du moratoire conclu en mai 2010 entre Greenpeace et Produits Forestiers Résolu (PFR), ex-AbitibiBowater? Associant des acteurs volontaires de l’industrie forestière et des organisations écologistes, l’initiative visait à mettre en œuvre une soixantaine de mesures pour promouvoir une exploitation responsable de la forêt boréale.
    Quel crédit apporter aujourd’hui aux attaques de Greenpeace (via votre blog) contre son ancien partenaire, à l’aune du silence observée jadis envers Domtar et Nordbord, deux acteurs notables de l’industrie du bois impliqués dans plusieurs scandales environnementaux ? Les liens privilégiés de ces deux entreprises avec des structures étatsuniennes seraient-ils un blanc-seing de polluer ?
    Etant donné la mémoire sélective de Greenpeace, la polémique sur la certification FSC de Produits Forestiers Résolu répond-elle à un seul impératif écologique?

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  7. Alors que je travaillais dans le secteur forestier, il y a eu un important chablis causé par des ouragans dans les forêts françaises, à la fin de 1998. Dans la revue de cinéma PREMIÈRE à laquelle j’étais alors abonné, Greenpeace avait acheté une pleine page de publicité où l’on montrait une image des plantations de peupliers hybrides couchées par le vent. Le titre était: « Si vous voulez combattre la foresterie du futur, joignez nos rangs! » L’organisme sait depuis toujours utiliser des images fortes et des slogans marteaux pour ses campagnes de financement et de recrutement.
    Dans le cas du conflit avec Résolu sur la certification FSC, je suis d’accord avec Valérie Borde: Greenpeace ne laissera pas tomber, car le filon est bon. Il vaudrait mieux pour la compagnie forestière de retrouver sa certification. Mais ça ne sera pas facile, car elle devra sacrifier des territoires où elle récolte pour approvisionner ses usines du Saguenay-Lac-Saint-Jean, pour augmenter les superficies en aires protégées.

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  8. Je ne suis pas contre les ecolos. Oui c’est vrai que nous tous poluons la planete et que c’est terrible. Mais il y a deux points que Greenspace et compagnie ne palent jamais. 1. C’est beau que les pays develpopes trouvent des facons DE DEPOLUER OU COMBATRE LA POLUTION. mais que fait-tons de ceux qui poluent enormement comme la l’afrique, chine, amerique du sud etc. par exemple? 2. Pourquoi les ecolos ne parlent jamais du rechauffement de la planete CAUSE PAR LE RECHAUFEMENT DU SOLEIL. Comme vont-t-ils s’attaquer a ce phenomene? Donc il faut en prendre et en laisser. non?

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