Trump et la science

Sur toutes les tribunes, les scientifiques ont manifesté leur profonde inquiétude quant aux nominations à venir à la tête des organisations scientifiques américaines et aux décisions qui pourraient en découler.

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(Photo: NASA)

Même dans l’espace, les astronautes américains peuvent voter. Le processus de votation pour les astronautes existe depuis 1997. (Photo: NASA)

Les États-Unis s’enfonceront-ils dans la grande noirceur avec leur nouveau président? Au cours de la campagne électorale, Donald Trump a proféré à de multiples reprises les pires stupidités en matière de science. Selon le bilan publié par le magazine Scientific American, il est au mieux complètement ignorant, au pire potentiellement destructif et dangereux pour le progrès des connaissances.

Le changement climatique est un coup monté des Chinois pour tuer l’industrie américaine, les vaccins causent l’autisme et rendent les enfants malades, les Centers for Disease Control vont répandre l’Ebola et l’anthrax chez les Américains, les éoliennes sont dangereuses pour la santé, les ampoules fluorescentes donnent le cancer et, bien entendu, la théorie de l’évolution est une fumisterie des athées…

Bref, Donald Trump n’a manqué aucune occasion de surfer sur la vague de l’antiscience et de renforcer les mythes les plus tenaces, décriant le travail des National Institutes of Health ou de la NASA, auxquels il dit vouloir donner un sérieux coup de barre, et remettant en question l’accord de Paris sur le climat.

Les scientifiques sont effarés: jamais un futur président n’est allé aussi loin pour discréditer la science et propager des idées complètement fausses et potentiellement extrêmement dangereuses. Sur toutes les tribunes, ils ont manifesté leur profonde inquiétude quant aux nominations à venir à la tête des organisations scientifiques américaines et aux décisions qui pourraient en découler.

Tout comme Hillary Clinton, Donald Trump avait accepté de répondre aux 20 questions de Science Debate, un organisme qui avait déjà interrogé les candidats de 2008 et 2012 sur leurs visions et programmes en matière de science. L’homme est habile: il a répondu à peu de chose près… ce que l’organisme voulait entendre. Oui, la science est importante, le changement climatique aussi, mais il vaut mieux se concentrer à court terme sur la problématique de l’eau (un sujet crucial dont on parle effectivement bien peu), on doit faire mieux en santé mentale, il ne faut pas utiliser Internet pour espionner la population, on doit établir des priorités nationales en santé publique…

Mais même là transparaît sa volonté de tasser les experts pour redonner la voix «au vrai monde», et de réduire au minimum l’action gouvernementale en science pour faire plus de place au privé, deux stratégies qui n’ont pas souvent fait leurs preuves. Son point de vue sur la gestion de la biodiversité, un sujet pourtant relativement peu controversé, est particulièrement révélateur: remettons les décisions entre les mains des organisations de chasseurs et tout s’arrangera!

Aucun de ses prédécesseurs, même pas George Bush, n’a à ce point remis en question le travail fondamental que font des organismes publics comme la FDA ou les NIH. Les dégâts que pourraient provoquer les politiques de Trump en matière de science pourraient être bien pires que ceux causés par le gouvernement Harper au Canada: le gouvernement central joue un rôle bien plus important en matière de science aux États-Unis qu’au Canada. Ici, le gros de la science se fait surtout dans des universités financées par l’État par l’intermédiaire de fonds subventionnaires. Chez nos voisins, les labos étatiques jouent un rôle beaucoup plus décisif.

Si Trump tient ses promesses, nous en verrons tous les conséquences, non seulement pour le climat, mais aussi probablement dans nos assiettes ou chez le médecin, la science américaine influençant largement le reste du monde en matière, notamment, d’agriculture et d’alimentation, mais aussi de médicaments.

On verra bientôt quelle part de son discours n’était que de la poudre aux yeux.

En attendant, cette élection devrait aussi inciter le monde de la science à se retrousser les manches et à se mettre d’urgence à la recherche de solutions efficaces pour combattre le populisme. Pourquoi discréditer la science et les experts est-il un discours aussi porteur? Et surtout, comment rouvrir le dialogue avec la population? On a un urgent besoin de réponses!

4 commentaires à propos de “Trump et la science

  1. Ça fait partie de la rancoeur des populations contre l’élite comme le disait M. Trump. Définition d’élite. « Au sein d’un groupe ou d’une communauté, l’élite est l’ensemble des individus considérés comme les meilleurs, les plus dignes d’être choisis, les plus remarquables par leur qualité. Exemple: une troupe d’élite, un tireur d’élite, l’élite intellectuelle ». C’est donc la recherche du plus bas commun dénominateur et ça paie en période électorale, du moins ces jours-ci. C’est un peu le monde à l’envers et ça remet aussi en question le concept de « démocratie » car la majorité peut facilement verser dans l’excès et prôner des politiques qui, en fin de course, deviendront préjudiciables à la communauté en général. L’extrême c’est évidemment le pogrom et la discrimination. La question reste de savoir comment avoir un équilibre entre démocratie et populisme dommageable?

  2. «Pourquoi discréditer la science et les experts est-il un discours aussi porteur?»

    Parce que la politique est partout, y compris chez les scientifiques et surtout dans les universités qui les financent et qui penchent un peu beaucoup à gauche.

    • «Pourquoi discréditer la science et les experts est-il un discours aussi porteur?»
      Parce qu’également dans le monde scientifique, certains sujets ne font même pas l’unanimité entre « experts » et les débats sains des idées ne se font pas toujours, étouffés par la ligne de pensée de certaines organisations et par la pression politique. Il faudra bien admettre un jour que même dans le monde scientifique, (comme dans la potlique), le lobbying et l’argent jouent malheureusement un rôle non négligeable sur le choix des recherches qui sont effectuées.

      Arrêter de vous demander pourquoi les gens ne font plus confiance aux politiciens, aux médias et à une certaine soi-disant « élite » en 2016, les gens ont perdus confiance à force de mensonges depuis des années. Une bonne introspection pour ces groupes de personnes serait la meilleure piste de solution pour redresser cette situation que vous déplorez tant. (les médias en général)

  3. Très probable qu’il le fasse, ou du moins qu’il essaie de le faire, si on se fie à ses déclarations quand à la nomination des juges de la Cour Suprême.
    Comme l’écrit The Economist « Openly treating the court’s potential occupants as mere bundles of political positions is corrosive to the rule of law and the separation of powers, two principles of American democracy for which Mr Trump has shown little regard.”
    (Cf. http://www.economist.com/blogs/democracyinamerica/2016/11/president-elect-and-supreme-court?cid1=cust/ddnew/n/n/n/20161115n/owned/n/n/nwl/n/n/n/8129491/email&etear=dailydispatch)
    Pourquoi traiterait-il la science de façon différente?
    Des années de « plaisir » en perspective!