De nouveaux médicaments contre le cancer prolongent l’espérance de vie… au prix fort. Le Québec a-t-il seulement les moyens de payer la note ?

Louise Chenard préparait un grand voyage en Australie pour ses 50 ans quand, en février 2006, elle a appris par une prise de sang de routine qu'elle avait une leucémie. Cinq ans plus tôt, seule une délicate greffe de cellules souches aurait peut-être pu sauver cette directrice d'une école secondaire de Montréal. Ou encore, en l'absence d'un donneur compatible, elle aurait subi une pénible chimiothérapie ou un traitement à l'interféron, lequel permet de gagner en moyenne seulement deux ans de survie.
À VOIR AUSSI : le quiz Cancer : des raisons d'espérer >>
Un médicament révolutionnaire a tout changé : le Gleevec, approuvé au Canada en 2001, non seulement lui a épargné la greffe, mais a arrêté net la progression de sa maladie. Depuis bientôt cinq ans, Louise Chenard en avale un comprimé chaque jour à la même heure et continue de vivre presque comme avant : elle n'a jamais cessé de travailler et peut même boire encore du vin à l'occasion ! « J'ai une prise de sang de contrôle tous les trois mois et une ponction assez désagréable une fois par an. Mais c'est tout », dit-elle.
Son cas, encore rare, deviendra-t-il la norme ? « En théorie, cette approche semble idéale. Mais pour le moment, le Gleevec reste une exception », tempère le Dr Jean-Pierre Ayoub, hémato-oncologue au CHUM.
Une exception qui coûte cher : plus de 36 000 dollars par an pour traiter des cas de leucémie myéloïde chronique comme celui de Louise Chenard. Des traitements pour d'autres types de cancer coûtent plus cher encore. L'État québécois a-t-il les moyens de débourser de telles sommes pour soigner ses cancéreux ? Le débat est lancé.
Sous Gleevec, 90 % des victimes de leucémie myéloïde chronique - cancer qui touche 400 Canadiens par an, adultes et enfants - sont toujours en vie cinq ans après le diagnostic. La plupart sont en grande forme. « Quand Novartis a annoncé les résultats des essais cliniques lors d'un congrès scientifique, des chercheurs pleuraient tellement c'était incroyable », raconte Réjean Lapointe, chercheur en immuno-oncologie au CHUM.
En 2009, ce médicament a valu à Brian Druker, Nicholas Lydon et Charles Sawyers le prix Lasker de la recherche clinique, surnommé le « Nobel du médicament ». Ces trois scientifiques américains ont été récompensés pour avoir mis au point le premier traitement intelligent du cancer. Rien de moins.
En 1993, ils ont inventé la substance active du Gleevec, le mésylate d'imatinib. Cette petite molécule biologique a été conçue pour bloquer l'activité d'une enzyme, la tyrosine kinase, dont les globules blancs cancéreux ont besoin pour proliférer.





