Santé »

Cancer : les pilules de la controverse


5 Octobre 2010

De nouveaux médicaments contre le cancer prolongent l’espérance de vie… au prix fort. Le Québec a-t-il seulement les moyens de payer la note ?

Cancer : les pilules de la controverse
Photo : Paul Sakuma / PC

Louise Chenard préparait un grand voyage en Australie pour ses 50 ans quand, en février 2006, elle a appris par une prise de sang de routine qu'elle avait une leucémie. Cinq ans plus tôt, seule une délicate greffe de cellules souches aurait peut-être pu sauver cette directrice d'une école secondaire de Montréal. Ou encore, en l'absence d'un donneur compatible, elle aurait subi une pénible chimiothérapie ou un traitement à l'interféron, lequel permet de gagner en moyenne seulement deux ans de survie.

À VOIR AUSSI : le quiz Cancer : des raisons d'espérer >>

Un médicament révolutionnaire a tout changé : le Gleevec, approuvé au Canada en 2001, non seulement lui a épargné la greffe, mais a arrêté net la progression de sa maladie. Depuis bientôt cinq ans, Louise Chenard en avale un comprimé chaque jour à la même heure et continue de vivre presque comme avant : elle n'a jamais cessé de travailler et peut même boire encore du vin à l'occasion ! « J'ai une prise de sang de contrôle tous les trois mois et une ponction assez désagréable une fois par an. Mais c'est tout », dit-elle.

Son cas, encore rare, deviendra-t-il la norme ? « En théorie, cette approche semble idéale. Mais pour le moment, le Gleevec reste une exception », tempère le Dr Jean-Pierre Ayoub, hémato-oncologue au CHUM.

Une exception qui coûte cher : plus de 36 000 dollars par an pour traiter des cas de leucémie myéloïde chronique comme celui de Louise Chenard. Des traitements pour d'autres types de cancer coûtent plus cher encore. L'État québécois a-t-il les moyens de débourser de telles sommes pour soigner ses cancéreux ? Le débat est lancé.

Sous Gleevec, 90 % des victimes de leucémie myéloïde chronique - cancer qui touche 400 Canadiens par an, adultes et enfants - sont toujours en vie cinq ans après le diagnostic. La plupart sont en grande forme. « Quand Novartis a annoncé les résultats des essais cliniques lors d'un congrès scientifique, des chercheurs pleuraient tellement c'était incroyable », raconte Réjean Lapointe, chercheur en immuno-oncologie au CHUM.

En 2009, ce médicament a valu à Brian Druker, Nicholas Lydon et Charles Sawyers le prix Lasker de la recherche clinique, surnommé le « Nobel du médicament ». Ces trois scientifiques américains ont été récompensés pour avoir mis au point le premier traitement intelligent du cancer. Rien de moins.

En 1993, ils ont inventé la substance active du Gleevec, le mésylate d'imatinib. Cette petite molécule biologique a été conçue pour bloquer l'activité d'une enzyme, la tyrosine kinase, dont les globules blancs cancéreux ont besoin pour proliférer.

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 4.5 (6 votes)

Commentaires (3)

Mon épouse vit avec un cancer

Mon épouse vit avec un cancer de la parotide depuis 16 ans. Elle a subi 7 opérations, la dernière avec une greffe de peau. Son cancer est en voie de se généraliser selon son chirurgien. Il y a des métastases donc plus rien à faire. C'est vraiment désolent. Votre article me démontre qu'il y a plus d'avançés qu'on le croit et que ce serait maintenant une question de financement. Constat triste. Je souhaiterais que mon épouse rencontre un autre spécialiste ou puisse avoir une consultation. Je suis désemparé.

Ayant une LMC je prends du

Ayant une LMC je prends du gliveec depuis plusieurs années.
Je suis français, en France l'assurance maladie prend la totalité en charge, mais je pense aussi que les labos sont en plein dérapage, exemple: un labo Indien fabrique le même médicament que le gliveec pour 2500 dollars/an, alors que le médicament original coute en France plus de 35 000 dollar/an. Novartis la développé (nous lui devons beaucoup) mais quand même.
Pour les labos le prix de nos vies est en augmentation constante (sous label coute très cher a fabriquer).
Dans la majorité des pais le cout de ces traitements est tel que les malades ne peuvent se soignés, nous ne sommes qu'un petit nombre de prévilègiés a être traités, mais le serons nous longtemps ci nos médicaments continuent a augmenter ?
Les seuls à pouvoir ralentir l'appétit des labos sont les gouvernements et les caisses d'assurances maladies, en ont ils le pouvoir ci l'opinion public est contre ?
Pourrons nous continuer a augmenter les dépenses de santés et faire face à une augmentation constante de nos cotisations ou nos impôts ?
PS: nos vies non pas de prix, mais pour les labos il ne fait aucun qui doute que si.

J'arrive tard dans le débat,

J'arrive tard dans le débat, car je ne connaissais pas encore ce blog au moment de la parution de ce long article, très argumenté. Le témoignage d'un malade français est précieux, mais ses conclusions ne sont ni charitables (quid des futurs malades?), ni réalistes (on ne peut pas comparer des labos qui ont un budget R&D, et ceux qui se contentent de copier des molécules).
La Santé n'a pas de prix, mais elle a un coût: le conflit "d'intérêts" est mis en place. C'est la survie des malades, ou la survie des caisses (des assurances maladie, des états).
En France, "nous tirons la langue" pour maintenir une bonne couverture maladie, sans limites, dans un contexte économique en "peau de chagrin". Nous préférons, maintenant, réduire la prise en charge de la "bobologie", et lâcher la bride à la médecine des maladies mortelles.
Ce qui restera rare, restera cher."Casser du labo" n'est aucunement une solution.

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage