Quelle est la limite de la viabilité d’un bébé prématuré? Comment savoir si l’enfant survivra et s’il aura une qualité de vie acceptable ? Il n’y a pas de réponses faciles.

Une femme enceinte, avec un tout petit ventre, se présente à l'urgence, en contractions. À 23 semaines de grossesse, pas tout à fait 6 mois, il est très tôt pour accoucher. C'est un drame pour les parents. Et un problème éthique délicat interpellant les parents, l'équipe médicale et la société.
Le centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, à Montréal, est une référence en néonatologie pour tout le Québec. On y accueille chaque année une cinquantaine de bébés extrêmement prématurés, soit de 26 semaines ou moins. Légalement parlant, un bébé qui présente des signes de vie, même lorsqu'il naît à la 18e semaine de gestation, doit être considéré comme né vivant, explique le Dr Keith Barrington, chef du département de néonatologie à Sainte-Justine. « Mais dans les faits, très peu de bébés de moins de 23 semaines sont viables et, généralement, on n'essaie pas de les réanimer », dit-il.
Le Dr Barrington est lui-même père d'une petite fille aujourd'hui âgée de 4 ans. Née à 25 semaines, elle ne présente aucunes séquelles. Il s'irrite donc des débats trop faciles sur les grands prématurés. « Je suis un peu fatigué qu'on concentre tant d'attention sur les grands prématurés. Ça donne l'impression que c'est le plus grand problème de la société. La plupart des bébés qui souffrent de paralysie cérébrale ou de problèmes d'apprentissage sont nés un peu prématurément ou à terme, mais qui ont manqué d'oxygène, qui ont des malformations cérébrales ou qui ont eu des infections après la naissance », lance-t-il.
Afin de baliser les interventions, la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada et la Société canadienne de pédiatrie ont conjointement écrit, en 1993, l'énoncé intitulé « Démarche thérapeutique auprès de la mère qui risque d'accoucher d'un bébé très prématuré ». On y recommande « la césarienne et tout traitement néonatal » pour les nouveau-nés de 25 et 26 semaines complètes de gestation. « À 22 semaines d'âge gestationnel, l'autonomie de la mère ainsi que le secours du médecin constituent les principaux facteurs guidant le choix d'un traitement », lit-on dans le document.
Le Dr Barringon estime que ces lignes directrices sont désuètes et trop simplistes. Mais son collègue, le Dr Antoine Payot, néonatalogiste au CHU Sainte-Justine et éthicien, croit qu'elles laissent suffisamment de place à l'interprétation et au cas par cas. « Plusieurs pays européens francophones ont tendance à être moins tolérants et à fixer la viabilité à 25 ou 26 semaines. En France, en Belgique et aux Pays-Bas, on ne recommande pas d'intervenir en bas de 25 semaines. Aux États-Unis et en Allemagne, on intervient plus tôt. Le Québec est culturellement tiraillé entre les approches américaine et européenne, ce qui explique le malaise de certains relativement à ces recommandations », dit-il.






