Rien n’oblige les médecins du Québec à soigner les patients en cas de pandémie ! Notre enquête sur les questions éthiques liées à la grippe H1N1 s’est avérée pleine de mauvaises surprises.

Le virus A (H1N1), le Dr Ross Upshur l'attendait de pied ferme. Ce titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les soins de première ligne, à l'Université de Toronto, est un peu comme un assureur-conseil entraîné à prévoir le pire. Depuis des années, il conçoit avec son équipe des scénarios de pandémie et examine les choix déchirants auxquels les professionnels de la santé pourraient devoir faire face s'ils se retrouvent avec plus de patients qu'ils ne peuvent en traiter.
Il était prêt, mais rien n'arrive exactement comme il l'avait prévu. « Quand on réfléchit sur les questions éthiques relatives à une pandémie, on se demande, par exemple, qui on devrait privilégier entre un jeune patient et un patient âgé », explique le médecin, qui est également directeur du Centre conjoint de bioéthique de l'Université de Toronto. « Avec le A (H1N1), on pourrait très bien avoir à choisir entre deux jeunes. » La vague du printemps dernier nous l'a appris : contrairement au virus de la grippe saisonnière, le virus pandémique semble épargner les plus de 55 ans. Du moins pour l'instant...
Autre surprise : le A (H1N1) cause des dommages particulièrement graves aux poumons de ses victimes. La disponibilité des respirateurs mécaniques pourrait ainsi poser problème. « Les plans de pandémie de grippe prévoient généralement qu'un patient aura besoin d'une assistance respiratoire pendant une durée de 72 à 96 heures », explique le Dr Peter Singer, qui travaille dans l'équipe du Dr Upshur. « Mais avec le A (H1N1), les malades ont parfois besoin d'un respirateur pendant trois ou quatre semaines. »
Certains patients requièrent même des appareils de pointe, peu répandus. Des respirateurs à oscillation, par exemple, capables de pousser de petites quantités d'air dans les poumons à une fréquence de 300 souffles par minute. Des merveilles technologiques qui se vendent 40 000 dollars l'unité, comparativement à environ 10 000 dollars pour un respirateur ordinaire.
Dans un article publié en juillet dans le site Internet du Canadian Medical Association Journal, le Dr Robert A. Fowler, spécialiste des soins critiques à l'Hôpital Sunnybrook, à Toronto, et son confrère Anand Kumar, de l'Université du Manitoba, soulignaient que la plupart des hôpitaux canadiens n'étaient pas équipés de respirateurs à oscillation. Les sédatifs pourraient aussi se faire rares, puisque les patients atteints de la grippe A (H1N1) qu'on place sous respirateur doivent, dans certains cas, en recevoir des doses massives.
Si les campagnes de vaccination prévues pour le mois de novembre n'arrivent pas à protéger tout le monde à temps et que le virus revient sous une forme particulièrement virulente, les appareils et les médicaments pourraient venir à manquer. Les médecins seront alors aux prises avec de sérieux cas de conscience. Devront-ils donner la priorité aux plus malades ? Ou aux patients qui ont le plus de chances de s'en tirer ?






