En 1992, le regretté Dr Alain Cloutier effectuait un examen pédiatrique à distance entre Rimouski et Québec. Rimouski envoyait, par un lien de vidéoconférence , des images échographiques en temps réel qu’un cardiologue de Québec pouvait commenter… au téléphone. Archaïque, dites-vous ? Bien sûr, mais souvenez-vous, 1992, c’est aussi l’année de la naissance du Web ! Depuis, bien des gigaoctets ont coulé dans nos lignes téléphoniques ou nos câbles, le numérique est entré dans la vie de tous les jours, les caméras Web sont intégrées à des écrans, les téléphones se prennent pour des ordinateurs et vice-versa…
La télésanté serait-elle la panacée ? Peut-être, mais encore faudrait-il la mettre en place. Certains dossiers avancent bien, comme le système d'archivage et de transmission en imagerie médicale ou PACS (Picture Archiving and Communication System). « C'est tellement bien organisé qu'un radiologiste peut être de garde à distance ou même faire la lecture de radiographies à domicile », explique le Dr Jean-Paul Fortin, professeur titulaire au Département de médecine sociale et préventive de l'Université Laval, coordonnateur du Réseau québécois de télésanté (RQT).
« Pourtant, on prend du retard, beaucoup de retard », ajoute-t-il. Le Dr Fortin regrette la belle époque des années 1990 jusqu'en 2004. « Il y a eu un mouvement important qui a fait reconnaître le Québec comme un lieu d'avant-garde en télésanté grâce à une démarche qui associait l'ensemble des acteurs. Les projets, pilotés par des gens passionnés, se multipliaient aux quatre coins de la province. »
Aujourd'hui, c'est le ministère de la Santé et des Services sociaux qui a pris le volant à la suite de la réorganisation du réseau de la santé, de 2003 à 2005. Le Ministère a scindé la province en quatre territoires, dotant chaque faculté de médecine du mandat conseil pour la coordination des soins de santé tertiaires, l'enseignement et la recherche dans son réseau. De cette nouvelle structure sont nés huit projets de télésanté (voir encadré « Les huit projets phares des RUIS » >>) de télésanté qui ont obtenu l'aval et du financement du MSSS ainsi qu'un cofinancement d'Inforoute Canada.
Début de l'implantation
Ces projets se mettent en place plus ou moins vite (lentement disent certains), mais les premières applications deviennent fonctionnelles en ce moment. Sept années, donc, ont été nécessaires pour en arriver à quelque chose de concret. « Sans le financement d'Inforoute Canada et du MSSS, nous n'aurions pas eu les moyens de déployer notre nouveau Centre virtuel de santé et de services sociaux à l'échelle du réseau, mais on en entendait parler depuis 2005, alors on l'attendait impatiemment, dit Johanne Desrochers, directrice associée pour les programmes de télésanté de l'Université McGill. En janvier dernier, nous avons débuté l'implantation de ce centre qui implique le déploiement de 125 nouveaux sites de visioconférence pour le RUIS (Réseau universitaire intégré de santé) McGill. » Depuis avril, les nouveaux services de téléconsultation à domicile pour une clientèle très vulnérable, celle desservie par le Programme d'assistance ventilatoire à domicile, sont pleinement opérationnels.
Depuis 2005, on n'a pas chômé non plus du côté du RUIS de l'Université Laval, affirme Jean Boulanger, l'un de ses coprésidents et directeur de la nouvelle direction des technologies de l'information du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ). Les résultats se feront bientôt sentir en télépathologie. Vingt et un établissements de cinq territoires différents recevront des numérisateurs de lame, qui permettront à des pathologistes de faire des examens à distance. Dès la fin du printemps, des centres hospitaliers pourront partager ces informations.





