Les nanotechnologies, c’est bien beau, mais qui sait quels effets ces minuscules particules auront à long terme ? Au Japon, des scientifiques étudient les risques de cette science de l’infiniment petit.
Des voitures moins polluantes, des médicaments contre le cancer ultra-efficaces et avec moins d'effets secondaires, qui n'en rêve pas ? Pourtant, au Japon, un des trois leaders mondiaux en matière de nanotechnologies avec les États-Unis et l'Union européenne, certains n'applaudissent pas aux espoirs illimités que fait naître cette industrie de l'infiniment petit. Un groupe de pression tente d'attirer l'attention sur les risques potentiels des nanoparticules, reprochant aux autorités japonaises de les passer sous silence. « L'État craint que le doute parmi la population n'entrave le progrès dans ce domaine », dit Takeshi Yasuma, ingénieur à la retraite et porte-parole de Citizens Against Chemicals Pollution.
Les nanotechnologies touchent de très nombreux secteurs de l'économie, dont celui des matériaux, de l'électronique et des produits de beauté. En 2008, Tokyo a injecté plus d'un milliard de dollars en recherche et développement et a fait des nanos l'une des quatre priorités du ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie. Car l'État espère que des avancées technologiques amélioreront la compétitivité de l'industrie japonaise en donnant une valeur ajoutée à ses produits.
Le combat mené par Citizens Against Chemicals Pollution, c'est donc celui de David contre Goliath. Au Japon comme partout où les nanos sont en plein essor, il n'y a pas de levée de boucliers de la population. Le groupe de pression, qui a élu domicile dans un modeste local d'un quartier populaire de la banlieue de Tokyo, est bien seul dans sa croisade contre l'État et de puissantes entreprises. Armé de dépliants et d'un site Internet, il dénonce le peu d'information fournie à la population par les autorités.
Tokyo joue pourtant un rôle de premier plan dans l'évaluation des risques des nanos tout comme dans l'établissement de normes internationales, aux côtés des États-Unis. L'État japonais a lancé en 2005 une vaste étude étalée sur plusieurs années pour mieux comprendre les risques associés aux nanoparticules. Des universités et des centres de recherche du pays y participent. Dont l'Institut national de santé et sécurité au travail, situé au cœur d'un quartier résidentiel de la ville industrielle de Kawasaki, en banlieue de Tokyo.
Personne en sol japonais n'a jusqu'ici contracté une maladie ou présenté des problèmes de santé à cause des nanomatériaux, m'affirme son directeur, Shigeki Koda.
Cela n'empêche pas le scientifique d'être préoccupé par les effets à long terme des nanomatériaux à base de carbone, tels que le C60, utilisé notamment dans les produits cosmétiques et les accessoires de sport (bâtons de golf, raquettes de tennis, etc.), et les nanotubes, qu'on trouve surtout dans les composants électroniques. Ces nanotubes de carbone, minuscules filaments 100 000 fois plus petits qu'un cheveu, pourraient-ils - comme les fibres d'amiante, auxquelles ils ressemblent - se loger dans le système respiratoire des travailleurs qui en auraient inhalé pendant des années ?






