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À 65 ans, on change le monde !


15 Mars 2011

L’historien Theodore Roszak lance un cri du cœur aux anciens hippies qui arrivent à l’âge de la retraite. Il est encore temps pour eux de réaliser leurs rêves.

Entretien avec Theodore Roszak : À 65 ans, on change le monde !
Photo : iStock

Theodore Roszak a défini toute une génération en 1968, lorsqu'il a publié l'essai mythique The Making of a Counter Culture. Il y peignait une jeunesse différente, militante, au cœur de laquelle les opposants à la guerre du Viêt Nam, les féministes et les étudiants comme les décrocheurs étaient prêts à tout pour se libérer du carcan des valeurs traditionnelles et bâtir une société pacifiste, équitable et écologique.

Âgé aujourd'hui de 77 ans, ce professeur (photo : Mingasson) émérite d'histoire à l'Université d'État de Californie à East Bay est revenu à la charge en 2009 en publiant The Making of an Elder Culture : Reflections on the Future of America's Most Audacious Generation. Dans cet essai, il rappelle aux boomers leurs rêves de jeunesse. Et soutient que leur plus grande contribution est encore à venir.

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Dans votre livre, vous comparez le vieillissement à un trip d'acide. Est-ce une boutade ?

- Oui et non. Quand j'enseignais à l'université, pendant les années 1960, je voyais régulièrement des étudiants arriver à mes cours complètement défoncés. Ils ne cherchaient pas qu'à s'amuser ! À l'époque, de nombreux hippies étaient persuadés que les drogues pouvaient les aider à voir le monde différemment. Qu'elles étaient le meilleur moyen d'atteindre des états de conscience modifiés, où l'esprit serait libéré de toute trace de matérialisme, d'ambition dévorante, de jalousie...

Je sais maintenant qu'il existe une façon parfaitement naturelle de modifier son état de conscience : vieillir. À 77 ans, je ne vois plus le monde de la même façon qu'à 20 ans. Mes idées sur la réussite, la carrière, l'ego, le mariage, la sexualité... tout ça a radicalement changé !

Croyez-vous réellement que les baby-boomers ont gardé la fibre militante de leur jeunesse ?

- Je ne m'adresse pas à tous les boomers, évidemment. Après tout, George W. Bush est un boomer. Je m'adresse à la tranche de ceux qui, je l'espère, ont su conserver une dose d'idéalisme. Dans les années 1960, ils ont voulu faire cesser la guerre, condamner les pollueurs, promouvoir les libertés individuelles. Puis, ils ont fondé des familles, trouvé des jobs et compris que leurs idéologies n'étaient pas toujours compatibles avec la réalité du quotidien.

Maintenant qu'ils arrivent à la retraite et qu'ils sont libérés de leurs engagements, rien ne les empêche de reprendre le flambeau. Ils ont aujourd'hui la maturité, l'expérience et les contacts nécessaires pour s'engager politiquement et jouer un rôle important. En outre, ils passeront plus de temps à être vieux qu'ils n'en ont passé à être jeunes. Évidemment, je ne peux pas prévoir s'ils vont embarquer ou non.

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