« Le médium est le message », disait Marshall McLuhan, mort il y a 30 ans. Mais que sait-on vraiment de ce Canadien qui est considéré comme l’un des plus grands sociologues du 20e siècle ? Son traducteur, Jean Paré, ressuscite sa pensée dans un ouvrage à paraître au Boréal.

« Que reste-t-il de l'œuvre de Marshall McLuhan trente ans après sa mort ? On est frappé de voir à quel point, soixante ans après ses premiers livres, il reste d'actualité. À la lumière de tout ce que nous avons vu et vécu depuis, il nous est devenu plus facile à lire, souvent évident. Il nous est plus facile aussi de séparer les « sondes » porteuses de ce qui était illusion et cul-de-sac. Les labyrinthes sont ainsi faits. Des grands « gourous » des années 1960, il est un des seuls encore lisibles, et sa Galaxie Gutenberg reste un monument d'analyse culturelle. Hélas ! Pour le lecteur français, les traductions étant épuisées, il ne reste que les paraphrases de ses critiques, souvent moins compréhensibles que lui. On se demande comment on pouvait n'y comprendre rien et contester tout. Les sempiternelles mentions « retour le... » dans les bibliothèques indiquent pourtant qu'il existe une demande - il faudrait numériser les œuvres.
Avant de nous rendre chez lui, rappelons la substantifique moelle de ses thèses, dépouillée du jargon, des poses, des diversions, des quiproquos et des culs-de-sac...
Sa théorie générale des médias, largement inspirée de celles de son collègue torontois Harold Innis, historien des communications, et de Lynn Townsend White, médiéviste de Princeton et de Stanford, avance que les technologies - roue, armes, alphabet, argent, imprimerie (d'où « l'ère Gutenberg »), électricité, communications électroniques - ne sont pas des outils neutres, mais transforment notre environnement et, en forçant le changement de nos modes de perception, deviennent de puissants agents de notre évolution. La roue a créé la route ; le papier, les empires ; l'imprimerie, la liberté et la démocratie ; et - c'était la dernière des pirouettes moqueuses qui le rendaient si suspect aux gens sérieux - le Xerox, les comités !
Ce processus de mutation nous échappe, disait-il, parce que nous baignons dans l'environnement et qu'un média n'est visible que lorsqu'il est désuet et devient le contenu d'un nouveau média qui lui succède. « C'est parce que le changement est rapide que nous le percevons, note McLuhan. Les Grecs, les Romains, les habitants du Moyen Âge ne percevaient que les accidents, pas le changement. C'est avec l'imprimerie que l'on commence à avoir une perspective. »





