Anglo-Québécois : quel paradoxe !

Notre sondage éclaire crûment les véritables attitudes des Anglo-Québécois à l’égard du français. Les résultats sont d’autant plus étonnants que plusieurs indicateurs témoignent d’une présence massive du français dans la vie de nos concitoyens anglophones.

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Anglo-Québécois : quel paradoxe !

Ill. : T. Gibault / Miss Illustration

Une des données les plus importantes du recensement de 2006 tient à l’augmentation fulgurante de la proportion d’Anglo-Québécois qui choisissent un francophone pour conjoint. Presque la moitié vivent en couple mixte ; c’est deux fois plus qu’il y a 25 ans. Plus significatif encore, les deux tiers des enfants issus de ces couples ont le français pour langue maternelle, alors qu’ils n’étaient que la moitié il y a 25 ans. Même lorsque la mère est anglophone, presque la moitié des enfants ont le français pour langue première. Plus largement, on cons­tate que les deux tiers des enfants de tous les anglophones fréquentent soit l’école française, soit les programmes d’immersion française des écoles anglophones.

Consultez les résultats complets du sondage (en pdf) >>

On aurait donc pu croire qu’une infusion aussi considérable du français dans la vie quotidienne des anglophones modifierait fondamentalement leur attitude. Et en un sens, c’est le cas. Un sondage Léger Marketing mené en décembre 2010 pour l’Association d’études canadiennes interrogeait les Anglo-Québécois sur leur identité. Pas moins de 82 % d’entre eux s’identifiaient comme « Québécois ». Un taux élevé, lorsqu’on sait que seulement les deux tiers des anglophones du reste du Canada affirmaient s’identifier comme « Ontariens », « Albertains » ou autre. De plus, les trois quarts des Anglo-Québécois se disaient « attachés » au Québec – dans le bon sens du terme – et les deux tiers « attachés » à la langue française.

Il est vrai que ces données expriment aussi l’avis des anglophones qui ont le français comme langue maternelle – que nous avons exclus de notre échantillon. Mais l’écart entre les tendances positives envers le français chez les anglophones (dont l’augmentation constante du taux de bilinguisme) et le refus massif de ceux-ci de s’estimer un tant soit peu responsables du maintien d’une société francophone au Québec indique qu’il y a un seuil de solidarité inter­linguistique qui n’est pas fran­chi, quel que soit le niveau de bilinguisme.

La situation s’explique-t-elle en partie par la bonne santé de la communauté anglophone ? Seul un Anglo sur quatre juge que sa communauté est « faible », les autres l’estimant « forte » (43 %) ou « ni faible ni forte » (28 %). Une façon de dire, peut-être, que l’anglais est un fait permanent, solide, peu importe la croissance ou le déclin du français. Certes, seulement 20 % des anglophones résident dans des villes où ils forment plus de 50 % de la population. Mais lorsqu’on décortique leur comportement, on constate qu’environ 80 % d’entre eux affirment regarder la télé, écouter la radio, lire des livres ou surfer sur Internet uniquement ou surtout en anglais. À Montréal, plus de 65 % vaquent à leurs activités quotidiennes seulement ou surtout en anglais.

Nous sommes donc en présence d’une situation paradoxale. L’Anglo-Québécois de 2012 n’est plus prisonnier de sa langue. Comme jamais auparavant, il connaît le français et est appelé à l’utiliser chaque jour. Il se dit pour l’essentiel capable de soutenir une vraie conversation en français. Une fois sur deux, son partenaire de vie est francophone. La porte est donc ouverte.

Pourtant, il la franchit peu. Pas assez, en tout cas, pour connaître le nom du flamboyant maire de la deuxième ville du Québec ou celui de plusieurs grandes ve­det­tes francophones de l’heure. Pas assez pour se sentir solidaire de la volonté des francophones de travailler dans leur langue dans les grandes entreprises. Pas assez pour se sentir un tant soit peu responsable de l’avenir du français. Et à voir les attitudes des jeunes anglophones, ce n’est pas près de s’améliorer.

 

POSSIBLE…

Parlez-vous suffisamment le français pour avoir une conversation «significative» dans cette langue ?

OUI

18-34 ans : 81 %

 

… MAIS NÉCESSAIRE ?

À votre avis, est-il possible de vivre toute sa vie au Québec sans avoir de conversation significative en français ?

OUI

18-34 ans : 59 %


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Pendant la dernière semaine, vous avez parlé français…

Pas du tout : 9 %

Quelques minutes : 26 %

Environ une heure : 13 %

Quelques heures : 24 %

La moitié du temps : 20 %

La plupart du temps : 6 %

Tout le temps : 2 %

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