Attention aux pitounes

Votre consommation médiatique comporte sa dose quotidienne de femmes-objets en tenue suggestive ? Des chercheuses ont mesuré l’effet de ces images sur votre cerveau.

par  
Ill. © Marie Mainguy

Ill. © Marie Mainguy

Elles sont donc là pour de bon, semble-t-il, les mannequins topless en page 3 du Sun. Presque quotidiennement depuis 45 ans, ce tabloïd britannique consacre sa troisième page à la photo d’une demoiselle aux seins nus. Des activistes et des élues ont lancé en 2012 une campagne sans précédent pour l’abolition de cette pratique, sous le thème « No More Page Three ». En janvier, elles ont crié victoire lorsque des médias ont annoncé en grande pompe que Rupert Murdoch, propriétaire du Sun, avait cédé aux pressions et décidé de remballer toute cette nudité. Mais la nouvelle s’est avérée infondée : après quelques jours d’absence, les nymphettes sont réapparues en page 3 du journal le plus lu au pays, comme si de rien n’était.

Les « pitounes » sont partout : à la une des magazines, dans les vidéo-clips, sur les panneaux d’affichage ; dans le décor de l’émission Le banquier, une valise à la main ; au récent Salon de l’auto de Montréal, plantureuses parmi les voitures. Le « pitou », quoique bien plus discret, gagne du terrain lui aussi : il se montre de plus en plus souvent à demi nu, ses abdos d’acier sensuellement exhibés.

Quel effet produisent ces femmes décoratives et ces hommes-bibelots sur ceux et celles qui les contemplent ? De récentes recherches en psychologie laissent entendre que les « pages 3 » de ce monde sont loin d’être anodines. Une équipe de chercheuses des universités Princeton et Stanford, aux États-Unis, ont découvert que le cerveau ne traite pas les êtres humains de la même manière lorsqu’ils sont présentés comme des objets sexuels. La zone cérébrale qui reconnaît leur humanité… s’éteint.

Dans le cadre de leur étude, publiée en 2011 dans le Journal of Cognitive Neuroscience, les chercheuses ont observé ce qui se trame dans le cerveau de jeunes hommes hétéros exposés à des photos sexy. Elles se sont intéressées à un réseau d’aires cérébrales qui s’active lors de la « mentalisation », c’est-à-dire quand on cherche à comprendre ce qui traverse l’esprit d’une autre personne, à discerner ses intentions, ses désirs, ses croyances, afin de prédire son comportement — la base même de toute communication humaine et le fondement de l’empathie.

Pour les besoins de l’expérience, les sujets se sont allongés, immobiles, à l’intérieur d’un appareil d’imagerie par résonance magnétique, pendant que des images défilaient devant leurs yeux : des photos d’hommes ou de femmes, certains tout habillés, d’autres « sexualisés », comme on en voit dans la pub. Résultat : les zones cérébrales de la mentalisation étaient plus silencieuses quand les participants regardaient des images de femmes sexy que devant d’autres types d’images. Et ce, surtout lorsque les jeunes hommes couchés dans le scanner présentaient des penchants sexistes (mesurés au préalable à l’aide d’un questionnaire).

En fait, chez les plus sexistes d’entre eux, le circuit cérébral en question ne s’allumait pas du tout en réponse aux pitounes : silence radio ! Comme si, à leurs yeux, ces femmes avaient perdu toute trace d’humanité et n’avaient d’intérêt qu’en tant qu’instruments de plaisir sexuel.

Ces scientifiques ont été parmi les premières à traquer ces effets dans le cerveau. Mais d’autres avaient déjà attiré l’attention sur la déshumanisation qui se produit quand on absorbe des images « sexifiées ». Demandez à des gens de se forger une impression de différentes personnes à partir d’une simple photo. Les hommes et les femmes montrés torse nu ou en bikini leur paraîtront moins intelligents (10 points de QI de moins en moyenne) et moins compétents pour exercer le métier d’avocat ou de gestionnaire que ceux et celles qui sont photographiés tout habillés. Ces personnes seront aussi jugées moins dignes de considération morale, moins habitées par divers états intérieurs, pensées ou émotions, et plus aptes à subir de la douleur — moins humaines, quoi —, du seul fait que leur chair est à découvert. Remarquez que selon ces travaux (rapportés en 2010 dans l’European Journal of Social Psychology), le sexe de la personne qui reluque n’a pas d’importance, pas plus que celui de la personne reluquée. Les femmes autant que les hommes ont tendance à priver de leur humanité les corps qui s’exhibent.

Que des femmes — et des hommes — mettent leurs attributs en valeur pour promouvoir des albums, des voitures, des tabloïds ou des causes politiques relève de leur liberté individuelle. Mais à la lumière de ces recherches, on ne peut que constater que cette liberté s’exprime d’une manière qui, souvent, les dévalorise.

16 commentaires à propos de “Attention aux pitounes

  1. Je suis en Floride et croyez-moi, les jeunes femmes font tout ici, sur la plage, pour devenir des pitounes. Un lacet dans la craque des fesses et les seins sortis à moitié de leurs bikinis. Elles adorent se regarder et font des selfies avec leurs téléphones portables. Rien ne pourrait les arrêter. Elles sont dans le prime time et veulent que les gars les remarquent à tout prix. C’est la vie. Regardez la série Rome et vous comprendrez que rien n’a changé. Le sexe faible manipule le sexe fort depuis des millions d’années, et ça marche ! La preuve en est le mariage !

    • De votre message je comprend que: 1) Toutes les jeunes femmes en Floride font tout pour devenir des pitoutes et que ce comportement est inné. 2) La série Rome est une représentation fidèle de la réalité sous la République romaine, qui ne reflète nullement les courants télévisuels actuels des societés britanique, américaine, italienne. 3) Il y avait des « pitounes » à Rome et il y en a sur la plage en Floride, donc « rien n’a changé ». 4) Rien n’a changé, et donc le marriage est – encore aujourd’hui, et depuis toujours – le produit de la manipulation des hommes par les « pitounes », et non une institution patriarcale instituée par le « sexe fort » pour s’approprier le labeur et l’utérus (entre autres) du « faible sexe ».

      Ai-je bien saisi vos conclusions s’appuyant sur la recherche sérieuse que vous avez effectuée du confort de votre sofa et de votre chaise longue?

      • Bravo, Mme Girard. Vous excellez dans l’art de résumer les propos présentés.

      • Le mot mariage ne prend qu’un R. La polygamie, ce n’est pas pour nous… Un R suffit.

        • C’est que votre définition du marriage demande deux pauvres hères: la manipulatrice qui est trop faible pour vivre seule, et le manipulé, qui n’est pas assez fort pour éviter d’être piégé.

          Ou simplement qu’il m’arrive de faire des erreurs d’orthographe.

          • Deux fois plutôt qu’une… *soupir.

  2. Tant que l’on n’utilise pas ces résultats pour alimenter le mythe de la victime d’agression sexuelle qui l’a cherché parce que trop peu vêtue…

  3. N’importe quoi ! Encore de l’argent gaspillé dans une étude bidon aux conclusions bidons. Quand on regarde un vêtement, des cheveux, des mains, des pieds la zone du cerveau s’allume ?? Bien sûr que non ! Les féministes frustrées et extrémistes religieux trouvent toujours des prétextes pour contrôler la vie privée des gens.

  4. A quand une étude sur les femmes devant des hommes musclés avec le trois quart des fesses découvertes ouf! J’ aimerais être un petit oiseau se promener dans leur cerveau!

    • « Remarquez que selon ces travaux (rapportés en 2010 dans l’European Journal of Social Psychology), le sexe de la personne qui reluque n’a pas d’importance, pas plus que celui de la personne reluquée. Les femmes autant que les hommes ont tendance à priver de leur humanité les corps qui s’exhibent. »

  5. Il faut comprendre que l’intérêt, pour un homme, de reluquer une pitoune c’est de déconnecter de la réalité quotidienne. Aussi, ce n’est vraiment pas surprenant que le mentale tombe à zéro à ce moment, c’est justement ce qu’on recherche.

    • Même chose pour les femmes ont dirait : « Remarquez que selon ces travaux (rapportés en 2010 dans l’European Journal of Social Psychology), le sexe de la personne qui reluque n’a pas d’importance, pas plus que celui de la personne reluquée. Les femmes autant que les hommes ont tendance à priver de leur humanité les corps qui s’exhibent. »

    • Personnellement je craque pour de jolis yeux entourés de jolies mains aux ongles court sans peinture.Allez j’avoue j’aime aussi de beaux genoux.Si ,un des publicitaire me trouve celà ,je regarderai peut-être son produit.

  6. L’origine du mot pitoune n’a pas été mentionné dans le texte….Je me permet de faire ce complément d’article. Entendu lors d’un émission de la radio de radio canada,ce mot viens de l’expression anglaise ‘happy town’ . Quand les bucherons sortaient de leur camp pour aller en ville,leur contremaitre anglophone disait ‘go to happy town’.L’objectif est devenu le sujet, quand cela est dit rapidement de la bouche d’un francophone qui est du milieu forestier…pitoune, vous saisissez merci.

  7. Tous cela ne répond pas à la question fondamentale suivante : Pourquoi plusieurs femmes font tout ce qu’il faut pour avoir l’air d’une pitoune ?

    • Le réflexe conditionné tiré des expériences de Pavlov… Cela vous dit quelque chose ? Le cerveau Humain ( mâle ou femelle ) a ses caractéristiques et quand on les connait ( et croyez moi la société marchande les connait ) il devient facile de conditionner les comportements…

      Plus tard, on en viendra à conclure: Coudonc …c’est la nature humaine et on peut rien y faire….. Cela devient un troupeau payant ET consentant.. Yééééé On veut des pitoune. Et on veut être populaire….

      Rémède: Conscience et Esprit libre et critique par une Éducation véritable et accessible à TOUS.