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Au pays de Carey Price


2 Novembre 2009

Même s’il est situé à 4 800 km du Centre Bell, le petit village d’Anahim Lake, en Colombie-Britannique, vibre pour le Canadien de Montréal. Et pour cause : un de ses enfants garde les buts du Tricolore !

Photo : Graham Hughes / PC

Le crachin qui tombe sur Anahim Lake accentue la grisaille du paysage. Des carcasses de voitures rouillées et un cimetière en ruine côtoient des taudis. Des détritus jonchent les rues, non asphaltées. Entre le magasin général et le bâtiment abritant le conseil de bande s'étend une patinoire bordée de gradins délabrés.

« C'est ici que j'ai montré à Carey à patiner », dit Louis Leon, 26 ans, cousin du gardien-vedette du Canadien. Svelte, les épaules frêles, ce chevaucheur de taureau (bull rider) professionnel s'est sévèrement blessé aux côtes et à une main l'été dernier dans un accident de rodéo. Il parle de Carey avec un mélange de fierté et de mélancolie. « Tu le salueras de ma part », dit-il en fixant ses bottes de cowboy, l'air absent. « Moi, si j'étais à sa place, je ne reviendrais pas souvent ici... »

Perdu au milieu d'une enfilade de forêts et de pâturages, à une douzaine d'heures de route au nord de Vancouver, le patelin de 1 500 âmes où a grandi Carey Price semble appartenir au tiers-monde, comme tant d'autres villages autochtones du pays. « Il est souvent difficile d'avoir des espoirs ou des rêves quand on grandit dans une réserve indienne », dit Lynda Price, la mère de Carey, qui était jusqu'à récemment chef de la nation ulkatcho, dont le conseil se trouve à Anahim Lake. « Mais mon fils prouve qu'il est possible de réaliser ses rêves. Il est un modèle pour l'ensemble des jeunes autochtones de la Colombie-Britannique. »

À Anahim Lake, Price est plus qu'un modèle : c'est un héros. À l'entrée du village, un photomontage occupe un panneau géant. « Carey Price, fièrement soutenu par toute la communauté ulkat­cho », lit-on sur l'affiche.

Comme chaque été, le portier des Glorieux est revenu se ressourcer ici après l'élimination de son club dans les séries. Deux mois après son passage, on pouvait encore suivre ses déplacements à la trace. « Il est venu signer ses photos ici, dans l'entrée », dit la gérante du magasin général des Ulkatchos, Darlene Jack, qui collectionne sur un mur les articles sur le héros local. Au magasin général des « Blancs », à proximité de la réserve, la propriétaire exhibe fièrement, à côté de la caisse, une photo de la vedette prise devant son commerce. Près de la vieille station d'essence et du restaurant du village, c'est surtout la contre-performance de Carey au rodéo local, en juillet, qui retient l'attention des passants. Le gardien participait à une épreuve de capture en équipe de deux, qui consistait à attraper un veau au moyen d'un lasso. « Il a été éjecté deux fois de son cheval ! s'amuse Gerald Sill, un Ulkatcho dans la jeune quarantaine. Heureusement qu'il est meil­leur au hockey... » Son ami Clark Hans a été témoin d'une scène moins cocasse pendant la soirée qui a suivi le rodéo. « Carey avait placé des bouteilles d'alcool sur la banquette arrière de son beau camion tout neuf, dit-il. Des jeunes ont brisé la vitre pour les voler. » Dur retour à la réalité...

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