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Bye-bye la résidence, bonjour la commune !


16 Mars 2011

Le bingo, la danse en ligne et les parties de bridge, très peu pour eux. Les premiers baby-boomers arrivent bientôt à la retraite et n’ont pas l’intention de suivre les traces laissées par les marchettes de leurs parents ! Regard sur une révolution déjà en mouvement.

Bye-bye la résidence, bonjour la commune !
Photo : Mathieu Rivard

Ce n'est probablement pas ce qu'Alphonse Desjardins avait en tête lorsqu'il a lancé son mouvement coopé­ratif au Québec. Dans un quartier de l'île de Mont­réal, une ancienne caisse populaire vient d'être convertie en... « commune » !

Ici, pas de trips d'acide, de longues jupes à fleurs ni de sabots. Plutôt sept baby-boomers, âgés de 55 à 63 ans, respectables professionnels, dont une jeune retraitée. « C'est une "commune" des années 2000 », précise Esther Gaudreault, directrice générale d'un organisme sans but lucratif, qui a lancé l'idée il y a sept ans avec son chum, sa belle-sœur et son beau-frère. Trois amis se sont greffés à l'aventure.

« On a décidé qu'on voulait vieillir ensemble », dit Daniel, gestionnaire spécialisé en aviation, qui fait partie du groupe (dont certains membres ont requis l'anonymat pour préserver leur intimité). « Quand ils vont nous sortir d'ici, ce sera les pieds devant. » Car les amis entendent se serrer les coudes si l'un d'eux venait à tomber malade.

Dans la « commune » des années 2000, la vie en groupe sait poser ses limites. Oui aux soupers entre amis, aux corvées collectives de jardinage ou au covoiturage. Mais pas question de partager un frigo ou une salle de bains. Chacun a son appartement, comme dans un immeuble en copropriété.

Achetée en 2004, l'ancienne caisse a été éventrée pour faire place à cinq logements. Claude, cadre en télécommunications doué pour le design, a aidé chaque couple ou célibataire à concevoir l'aménagement de son appart. Daniel a déménagé son bureau sur le chantier pour superviser les travaux entre deux appels téléphoniques. Jean, avocat, lui donnait un coup de main dans ses temps libres. Les quatre filles mettaient la main à la pâte les fins de semaine. « On en a nettoyé, de la brique ! » s'esclaffe Esther Gaudreault tandis que les fous rires fusent dans sa salle à manger.

À l'été 2008, le groupe a converti le stationnement en grande terrasse, équipée d'une table réfectoire assez longue pour accueillir les enfants, les amis, les amoureux. Il reste maintenant à transformer le sous-sol commun en cinéma maison.

Quand elle s'est adressée aux caisses Desjardins pour obtenir un emprunt, la bande a constaté que son projet ne correspondait à aucune case sur les formulaires. Mais elle a persévéré : tout pour ne pas finir dans l'un de ces complexes pour retraités actifs dont les dépliants promotionnels affichent des slogans du genre « Le meilleur est à venir ». « Le salon de coiffure au rez-de-chaussée, la navette pour aller au centre commercial... ça ne répond pas à nos besoins », dit Christiane, médecin spécialisée en gériatrie.

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