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Les moulins conservateurs


5 Août 2010

Lance au poing, le député conservateur Maxime Bernier combat le moulin de la tyrannie que représente pour lui le formulaire détaillé de recensement. On pourrait sourire de son donquichottisme, si la décision du gouvernement conservateur d’abolir le caractère obligatoire de ce questionnaire n’était aussi malavisée. Et coûteuse.

Éditorial de Carole Beaulieu : Maxime Bernier et les les moulins conservateurs
Photo : Clément Allard/PC

Envoyé à 33 % des Canadiens plutôt qu'à 20 %, le formulaire détaillé, désormais à réponse volontaire, coûtera plus cher à administrer et donnera des résultats moins fiables : le plus grand nombre de répondants n'évitera pas d'obtenir une marge d'erreur impossible à quantifier ! La science de la statistique est implacable.

Cette nuance peut être difficile à saisir pour le citoyen moyen peu ferré en statistique. Mais il est désolant de voir des ministres et des députés, comme Steven Blaney (Lévis-Bellechasse), nier ou banaliser son importance devant les journalistes. On peut être un bon député et ne pas comprendre la statistique. Il faut alors faire confiance aux experts.

N'en déplaise aux Maxime Bernier et autres Steven Bla­ney, le recensement obligatoire est l'étalon qui permet à des centaines d'organismes publics et d'entreprises d'assurer la repré­sentativité de leurs propres sondages. Privés de cet étalon fiable, ils devront se contenter d'une vision floue pour guider leur action. Ou, comme prévoit devoir le faire la Banque du Canada - qu'on ne peut accuser de communisme -, commander eux-mêmes d'autres études, à grands frais !

Le questionnaire détaillé n'est pourtant pas tyrannique. Les compagnies d'assurances, les banques posent des questions plus indiscrètes encore. Pour apaiser ses militants liber­tariens, le gouvernement Har­per pourrait simplement abolir la peine d'emprison­nement (jamais appliquée). Ou réduire le nombre de questions.

En Europe, l'État n'interroge pas ses citoyens sur leur religion, par exemple. La France, qui a toujours refusé de compiler des données sur l'ethnicité des gens, y songe aujourd'hui, pour mieux cerner son défi d'intégration.

Au pis, les purs et durs qui ne veulent pas répondre n'ont qu'à payer l'amende de 500 dollars pour demeurer fidèles à leurs idées.

On se demande pourquoi le ministre de l'Industrie, Tony Clement, s'est fourré dans un pareil guêpier. À moins que son intention ne soit d'inciter Statistique Canada à proposer de lui-même d'abolir le formulaire détaillé, le temps de réviser les questions. Il atteindrait ainsi, drapé dans la vertu, son objectif d'aligner le Canada sur les États-Unis...

En affaiblissant Statistique Canada, le gouvernement Harper flirte avec le modèle de nos voisins du Sud. Les élus états-uniens s'enlisent réguliè­rement dans de stériles affrontements pour savoir quelle administration obtiendra plus de dollars pour répondre aux besoins des populations X ou Y, faute de connaître avec précision le nombre d'immigrants, de clandestins, d'enfants, de pauvres qu'ils tentent de servir, par exemple. Est-ce de cela que rêvent les Canadiens ?

La croisade conservatrice de cet été n'aura finalement eu qu'un mérite : faire réfléchir bien des Canadiens sur les bénéfices qu'ils obtiennent en acceptant de contraindre parfois leur liberté. Bon nombre ont compris que les services sur lesquels ils comptent - parcs, écoles, traduction française, construction de logements, etc. - sont planifiés par des villes, provinces, entreprises qui ont besoin de données fiables pour adapter ces services aux besoins.

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Commentaires (4)

Selon les gauchistes, le

Selon les gauchistes, le formulaire long du recensement est absolument essentiel. Par conséquent, il faut maintenir son caractère obligatoire, sans quoi les données statistiques recueillies pourraient ne pas être valides.

En 2006, l’année du dernier recensement, les Canadiens ont été contraints de remplir le formulaire long. Les données ont-elles été valides pour autant ? Absolument pas, puisqu’on a découvert depuis que les résultats de ce recensement ont été manipulés suite à une campagne dans laquelle on a incité les francophones hors-Québec à fournir de fausses informations sur leur formulaire. Ainsi, on a demandé à des francophones de s’inscrire comme unilingues même si en réalité ils étaient bilingues.

Pourquoi ?

Pour être en mesure d’augmenter les budgets des programmes destinés aux francophones !

Il n’y a pas de plus bel exemple pour démontrer la totale inutilité du recensement: cette machine bureaucratique invasive existe uniquement pour justifier des programmes sociaux inutiles. Puisque les données du recensement sont utilisées pour distribuer l’argent des contribuables à différents groupes de pression, il ne fait pas se surprendre de voir ces mêmes groupes de pression tenter de biaiser les résultats en leur faveur.

La gauche dit vouloir maintenir le caractère obligatoire du recensement pour maintenir la qualité des données statistiques. Dans la réalité, pour maintenir la qualité des données statistiques, il faudrait éliminer le financement des groupes de pression et des programmes sociaux dont l’existence dépend des résultats recensement. Et si on élimine le financement des groupes de pression et des programmes sociaux, aussi bien éliminer le recensement puisqu’il deviendra inutile.

À la base, un recensement

À la base, un recensement sert à compter la population pour s’assurer que les gens sont adéquatement représentés dans les différentes législatures. On s’assure ainsi que les provinces ont un nombre de députés propositionnel à leur population et que les différentes circonscriptions ont un nombre équivalent d’électeurs. Bref, le recensement doit servir à protéger le principe voulant qu’un électeur égale un vote.

Je ne vais rien vous apprendre si je vous dis qu’aujourd’hui le recensement sert à tout sauf protéger le processus démocratique. Le principe de proportionnalité du vote en fonction de la taille de l’électorat a été sacrifié il y a bien longtemps sur l’autel de l’électoralisme.

Le rôle fondamental du recensement a été sacrifié pour en faire un instrument socialiste. Ainsi, le gouvernement a besoin de connaître votre religion pour mettre en place des politiques bigotes de discrimination positive ou encore de connaître le nombre de chambre à coucher dans votre logis pour mettre en place des politiques inutiles de logement social. Bref, le recensement est devenu un outil d’ingénierie sociale: le gouvernement veut savoir comment vous vivez pour mieux vous dire comment vous devriez vivre. N’oubliez pas que pour un fonctionnaire, un citoyen est une personne trop stupide pour faire ses propres choix, le recensement est donc leur arme de prédilection dans leur incessante croisade visant à uniformiser et planifier la vie des individus.

Pour citer Groucho Marx: « Politics is the art of looking for trouble, finding it, misdiagnosing it, and then misapplying the wrong remedies. »

Si demain matin une grosse compagnie pharmaceutique se pointait chez vous en vous menaçant d’une arme pour que vous répondiez à un questionnaire de 50 pages, vous trouveriez ça normal ? Bien sûr que non. Alors, pourquoi trouver ça normal quand un politicien se comporte de cette façon ? Vous pensez réellement que les intentions des politiciens sont plus pures ou louables que celles de la compagnie pharmaceutique ? Laissez-moi rire…

On a accusé les conservateurs d’être des idéologues parce qu’ils avaient éliminé le caractère coercitif du recensement long. Cette décision est effectivement idéologique. Par contre, ceux qui veulent maintenir le statu quo sont aussi des idéologues. On a donc deux idéologies qui s’affrontent: une qui va dans le sens d’une plus grande liberté individuelle et une autre qui va dans le sens de la tyrannie de l’État. N’importe qui avec un minimum de bon sens se rangera dans le camp de la liberté et non pas dans celui de l'invasion de la vie privée.

Avant de nous faire la morale sur l’absolue nécessité d’un recensement long, les politiciens devraient plutôt se concentrer à redonner au recensement son sens premier, i.e. protéger nos institutions démocratiques en s’assurant qu’un électeur égale un vote.

Réponse à David Gagnon Vous

Réponse à David Gagnon

Vous avez parfaitement le droit d'être en désaccord sur la question, mais ne tombez pas dans le panneau des informations non vérifiées pour étayer votre argumentaire. La « campagne » dont vous parlez selon laquelle « on a incité les francophones hors Québec à fournir de fausses informations sur leur formulaire », c'est de la bouillie pour les chats. Il y a bien eu une lettre ayant circulé à ce sujet, mais comme bien de (fausses) informations qui circulent sur internet, la provenance n'a pu être vérifiée. Je suis moi-même « francophone hors Québec », et j'aurais rempli le questionnaire consciencieusement si j'avais dû le faire. SURTOUT, aucun organisme représentant la francophonie canadienne n'a appuyé cette « campagne ». Au contraire, ces organismes s'en sont totalement dissociés.

Tant de faussetés circulent sur internet (et ailleurs), il n'est pas toujours facile de faire la part des choses... Les débats, soit, mais appuyés sur des faits.

Réponse à Michel L'info sur

Réponse à Michel

L'info sur l'info trafiqué dans le dernier recensement est vérifiable.

C'est Statistique Canada eux-même, qui disent que les chiffres ne sont pas fiables.

http://www.ottawacitizen.com/life/StatsCan+eyes+francophone+conspiracy/3...

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