Société

/ L'édito de Carole Beaulieu »

Ne sous-estimons pas Ignatieff !


4 Septembre 2009

La clarté de son programme économique et environnemental pourrait faire des libéraux un parti fort tentant pour les Québécois qui rêvent de changement à Ottawa.

Photo : Olivier Hanigan pour L'actualité

Bien des militants libéraux doivent se demander si la stratégie de leur chef les conduira au pouvoir... ou dans les limbes de l'histoire. Car répondre sans détour aux questions comme il l'a fait en août en Estrie peut poser problème en campagne électorale.

Il reste que ses réponses ont séduit l'auditoire de l'Université Bishop's, à Lennoxville, où Ignatieff s'est arrêté lors de sa tournée. « Il a du cran, ça me plaît », commentait Éric Blais, étudiant en physique de 20 ans. « Je vais parler de lui à mes amis qui n'ont pas voté l'an dernier. »

Un peu comme Barack Obama avant lui, Ignatieff admet ne pas connaître toutes les réponses. Il dit que certains problèmes demanderont des sacrifices. Il avoue ne pas avoir de grand projet mobilisateur, sauf... dire la vérité ! Il ne renie pas ses idées, même pour conserver des circonscriptions dont il a pourtant cruellement besoin.

« Son honnêteté m'impressionne. Enfin, quelqu'un qui ne nous prend pas pour des enfants », remarquait une quadragénaire après avoir entendu le chef libéral dire, tandis qu'il était au pays de l'amiante, que le Canada devait cesser d'expor­ter ce matériau et trouver d'autres façons de créer de l'emploi dans la région. Cette réponse lui vaudra, dès le lendemain, de perdre son candidat, qui s'est dit incapable de défendre cette position.

En campagne électorale, alors que le moindre clip de 15 secondes peut faire déraper le plus beau plan de communication, Ignatieff optera-t-il plutôt pour des réponses en écran de fumée ? Le Canada qui est dans sa tête ne se résume pas facilement en un slogan. Il est complexe, nourri de multiples influences, tolérant et porteur d'identités multiples. Ce n'est pas toujours le pays réel.

Ignatieff est peut-être le premier chef politique fédéral dont la vie a été marquée par la complexité des identités. Il peut accepter que des loyautés nationales - comme celle des Québécois - puissent être fluides. « Je suis d'ici autant que je suis de "quelque part" », dit-il en parlant de l'Estrie, où sa famille est enterrée, mais où il a peu vécu.

Et il admet que, dans le passé, son Canada a fauté à l'égard d'autres nations. « Nous avons bâti le rêve national canadien sur les ruines de la civilisation métisse, sur les ruines d'une civilisation française pancanadienne. Il faut maintenant trouver une manière de permettre à tous de rêver à nouveau. »

Combien de Canadiens, aujourd'hui, pensent comme lui ? Probablement fort peu. Mais n'est-ce pas justement ce qu'on attend de nos politiciens ? Qu'ils aient une vision et cherchent à nous mobiliser pour lui donner corps ?

Ignatieff ne voit pas de problème à laisser le Québec parler sur la scène internationale. Il dit que la loi 101 est « une bonne chose ». Il dit aussi que le Québec détient tous les pouvoirs dont il a besoin dans le domaine de la culture et qu'il suffit que tout le monde « travaille ensemble », une idée qui semblera naïve à ceux qui ont combattu la rigidité de bien des fonctionnaires fédéraux. Ignatieff rêve parfois un brin en couleurs.

Mais son acceptation profonde de la complexité des identités modernes est un atout pour les francophones. La clarté de son programme économique et environnemental pourrait faire des libéraux un parti fort tentant pour les Québécois qui rêvent de changement à Ottawa. Et qui veulent en faire partie. Il faudra voir s'il pourra rester franc dans la tourmente d'une campagne électorale. Et si d'autres Éric Blais seront séduits. Rendez-vous en octobre.

ET ENCORE

OBJECTIF QUÉBEC

Les libéraux doivent faire élire de 8 à 10 députés de plus au Québec, et de 40 à 50 de plus dans l'ensemble du pays, pour espérer gouverner. Difficile, mais faisable.

LEURS CIBLES « PRENABLES »

Ahuntsic, Jeanne-Le Ber, Outremont, Brome-Missisquoi, Compton-Stanstead, Gatineau, Pontiac et Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia.

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Commentaires (13)

«Ignatieff ne voit pas de

«Ignatieff ne voit pas de problème à laisser le Québec parler sur la scène internationale. Il dit que la loi 101 est « une bonne chose ». Il dit aussi que le Québec détient tous les pouvoirs dont il a besoin dans le domaine de la culture et qu'il suffit que tout le monde « travaille ensemble », une idée qui semblera naïve à ceux qui ont combattu la rigidité de bien des fonctionnaires fédéraux. Ignatieff rêve parfois un brin en couleurs.»

Voilà la raison qui explique qu'il a voté contre l'application de la loi 101 dans les emplois fédéraux au Québec tandis que le NPD a voté pour.

Je peux me tromper mais à

Je peux me tromper mais à voir se répéter avec ibnsistance les manchettes et les articles de l'Actualité, penchant comme la Cour Suprême le fait pour le Fédéral en faveur du Prince, je me dis que le jupn dépasse légèrement.

Venir nous dire que les étudiants de Bishop sont séduits par Iggy, moi personnellement ça ne m'impressionne pas beaucoupt.

Madame Beaulieu devrait peut-être se méfier des écrans de fumée. Parce que dans les vraies affaires, comme le souligne pertinemment Joseph, c'est une autre paire de manches.

C'est le même Ignatieff qui

C'est le même Ignatieff qui déclarait en janvier aux étudiants des HEC qu'il était en faveur des sables bitumineux et que les Québécois n'avaient qu'à "get on with the program". En matière d'environnement, choisir entre Ignatieff et Harper, c'est donc un peu comme bonnet blanc et blanc bonnet!

Quant au programme "québécois" d'Ignatieff, les deux commentaires précédents résument ma pensée assez fidèlement. Disons simplement qu'il ne convainc pas à l'extérieur des murs d'une institution loyaliste comme Bishops.

Bravo Mme Beaulieu, très

Bravo Mme Beaulieu, très bonne analyse. Il serait évidemment précaire de comparer M. Ignatieff à MM Obama ou Trudeau. Cela dit, il semble avoir une vision. On dit de lui qu'intellectuel, il n'est pas suffisamment politicien; mais, voilà n'avons-nous justement pas trop de ces politiciens de carrière qui, sans réelle vision, s'accrochent au pouvoir.

Sommes-nous à ce point complexés que nous craignions d'avoir à la tête du pays une personne de lettres et de vision. Comme le soulignait le badaud: ''M. Ignatieff a écrit plus de live que l'ensemble du caucus conservateur de M. Harper n'en a lus.''

M. Ignatieff nous change des

M. Ignatieff nous change des idées simplistes des souverainistes et des conservateurs. On sent chez-lui qu'il a une certaine conscience de la complexité de la réalité.

Le monde de M. Ignatieff ne se réduit pas en une opposition entre les bons et les méchants comme chez ceux qui ont été trop souvent au cinéma. On peut considérer sous cet aspect, que c'est un homme qui a les deux pieds sur terre.

C'est intéressant, Mme Beaulieu. Je pense aussi que " son acceptation profonde de la complexité des identités modernes est un atout pour les francophones. "

Il nous faut M. Ignatieff pour nous sortir du caractère "bébête" de la politique actuelle.

Un individu qui dit une chose

Un individu qui dit une chose et son contraire plus tard pour son agenda politique, et pour le souligner, la guerre de Bush (Irak et torture) me permet de dénoncer un manque évident de stabilité.

Ainsi lorsqu'il dit qu'il n'a pas toutes les réponses et qu'un élève y voit de l'honnêteté, c'est que l'élève n'a pas fait ses leçons mais il s'est accroché à un bout de phrase pour la glisser dans son examen.

Cet élève s'il avait été studieux et attentif aurait retenu également que le lendemain du couronnement du prince d'origine russe, ce dernier a déclaré qu'il exigeait des accommodements à la caisse de l'assurance-emploi, allant jusqu'à menacer de faire tomber le gouvernement....ce qu'il ne fit pas...préférant soutenir le gouvernement reléguant à son intérêt personnel et libéral malgré la souffrance des travailleurs le choix pour une élection à venir. Et cela c'est sans rappeler que c'est eux-mêmes les libéraux qui firent des arrangements (Paul Martin et son complice Jean Chrétien) dans la caisse de l'assurance-emploi pour réduire leur déficit sur le dos des travailleurs et pelleter aussi leur déficit dans la cour des provinces..."Le passé est le garant de l'avenir" n'est-ce pas là une valeur libérale?

Non Bishop n'est quand même pas une référence à moins que...l'on tolère des lois et des valeurs qui ne vont pas dans le sens du bien commun et que l'on tolère la malhonnêteté (les commandites les poursuites n'étant pas terminées et les révélations "chuck" à venir.

Bonjour, Malgré mes

Bonjour, Malgré mes recherches, je ne trouve pas le programme économique et environnemental du parti libéral du Canada, programme apparemment très clair! Il n'est pas sur le site du parti ou sinon il est bien caché, Je ne le vois nulle part. Avez-vous l'adresse Mde Beaulieu stp?
Guillaume doyon

Quel manque de nuance! On

Quel manque de nuance! On dirait que ce texte a été écrit par les stratèges libéraux en personne!!!

Je serais curieux de savoir de quel programme environnemental il est question parce que M. Ignatieff est en faveur du développement des sables bitumineux en Alberte et il a rejeté le plan environnemental de Stéphane Dion (qui est loin d'être mon politicien préféré soit dit en passant) qui était beaucoup plus ambitieux que le sien.

Comment pouvez-vous affirmer que le programme de M. Ignatieff est clair : il dit une chose en français et son contraire en anglais. Justement, je vous recommanderais d'écouter ses propos en anglais pour ce qui est de la reconnaissance de la nation du Québec. Je vous avertit d'avance : ne vous attendez pas à ce que ça ressemble à ce qui est écrit dans ce texte...

Au fait : pourriez-vous m'indiquer une seule mesure proposée par M. Ignatieff qui permettrait aux québécois "de rêver à nouveau" ?

Plusieurs réponses à

Plusieurs réponses à l'éditorial de Mme Carole Beaulieu proviennent probablement de personnes qui se préparent à voter pour le programme du Bloc, avec comme résultat d'envoyer à nouveau au pouvoir un autre gouvernement Harper. On peut critiquer Ignatieff pour tel ou tel point mais la comparaison est avec Stephen Harper, et cette comparaison est sans appel pour ce qui est de l'équilibre du budget, de la culture, de lois sur l'emprisonnement.

Mais M. Delyon, S'il veut

Mais M. Delyon,

S'il veut remporter la victoire, votre M. Ignatieff devra gagner la confiance des Québécois francophones qui ont voté contre le Parti libéral du Canada qui n'a pas obtenu de pluralité québécoise depuis 1980! Le fardeau de la preuve, il n'est pas sur les souverainistes et les nationalistes québécois, il est sur celui qui aspire gagner leur confiance, M. Ignatieff.

Pour l'instant, c'est plutôt raté sur le plan des idées.

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