Société

/ L'édito de Carole Beaulieu »

Revendications salariales des médecins: il faudra bien un jour mettre fin au chantage


17 Février 2010

Deux chercheurs proposent des solution pour mettre fin au « chantage » des médecins spécialistes.

Christian Bordeleau - Doctorant à la School of Public Policy and Administration, Carleton University
Benoît Dubreuil - Chercheur postdoctoral, Université du Québec à Montréal.

Le 1 er février dernier, le président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette, a déclaré « catégoriquement » que les hausses de salaire requises pour ses membres étaient de l'ordre « d'au moins 4 %, voire 5 à 6 % par année. » (Le Devoir, 1 février 2010). Déjà en 2006, le ministre Philippe Couillard avait été choqué par la gourmandise des représentants des travailleurs les mieux rémunérés par l'État québécois. « La population québécoise est en droit de s'attendre à ce que ses médecins spécialistes fassent preuve d'un sens des responsabilités plus élevé », avait-il lancé. À ce moment, la fédération ne demandait rien de moins qu'une augmentation de 138 758$. Aujourd'hui, les « correctifs » déjà apportés devraient être encore bonifiés « pour éviter les perturbations dans le réseau ». À terme, la rémunération des médecins spécialistes devrait atteindre près de 400 000$.

Le « libre » marché, mais encore ?

Le président de la FMSQ explique les revendications salariales par les lois du marché : « ce n'est pas pour [nous] faire plaisir, c'est pour suivre le marché, point. » (Le Devoir, 1 février 2010). L'argument est limpide : il faut suivre les augmentations salariales du Canada, sinon les médecins quitteront. Mais de quel marché parle-t-on? Pour qu'un marché soit efficient, dans la vision néo-classique de l'économie, il faut que l'offre et la demande soit libre. Pour l'instant, le Collège des médecins et les facultés de médecine contrôlent l'offre. C'est ce qu'on appelle un monopole. Les Québécois qui souhaitent obtenir une formation en médecine pour prêter main-forte aux communautés qui en ont besoin n'ont tout simplement pas la possibilité de le faire. Cette situation persiste bien que des milliers de personnes soient intéressées à accéder à la profession médicale, à cause des conditions salariales incomparables qu'elle offre (seulement à l'Université de Montréal, 1474 candidats ont été refusés à l'automne 2009).

Évidemment, la rémunération des médecins n'a rien à voir avec les lois « naturelles » du marché. Si les autres professionnels empêchaient, de la même façon, le reste de la population d'acquérir leurs compétences, ils pourraient également négocier de meilleurs salaires. Nous sommes en présence d'un corporatisme jouissant d'un capital pouvoir et de prestige lui permettant de défendre la position privilégiée de ses membres.

Le chantage

Michel David qualifiait, le 2 février dernier, de « maître chanteur » le président de la FMSQ ; il a raison. Ce chantage opère toujours de la même façon : lorsque comparée, la situation en dehors du Québec semble tellement attrayante. Mais l'exode présente-t-il un véritable danger ? Il faut d'abord comprendre que l'exode est extrêmement faible. Le Québec perd en moyenne quelques dizaines de médecins par année sur un total de plus de 18 000. En 2008, il en a perdu en tout six au profit du reste du Canada. Ensuite, rien n'indique que la raison des départs soit salariale plutôt que culturelle. L'université McGill forme environ 30 % de nos médecins spécialistes. Plusieurs ne viennent pas du Québec, ont peu d'attaches au Québec et n'ont pas d'intérêt à pratiquer en français, particulièrement à l'extérieur de Montréal. Ces médecins, qui partent souvent à la fin de leurs études, le font souvent pour retourner dans leur région d'origine, ou pour travailler dans un milieu anglophone.

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Commentaires (3)

Bravo messieurs,Vos

Bravo messieurs,
Vos solutions sont des plus vérifiables et rationnelles. Je me suis toujours demandé pourquoi les médecins avaient un tel traitement de faveur comparé à d'autres professions tout aussi importante pour le bien-être et la santé de la population.
Je suis persuadée que l'exode vers les autres provinces n'est pas du tout attirant pour les médecins du Québec. Le coût de la vie étant considérablement plus cher chez nos voisins provinciaux et américains.À votre avis, est-ce que certains médecins choisissent cette profession pour devenir des dirigeants d'entreprise ou pour servir la population comme ils le disent ?
Il y a d'autres intervenants de première ligne comme les ambulanciers qui ont souvent la vie des gens entre leurs mains et qui sont considérés comme des rien du tout et payés des salaires ridicules. Demandez à un médecin ce qu'il pense de ces gens...
Encore BRAVO pour votre article.

Géatan Barrette à le regarder

Géatan Barrette à le regarder vite faite comme ca, on peut s'apercevoir que c'est pas la misère qui l'étouffe on dirait bien lui. Quand la populace gagne en général 40000$ par année, je pense que 140k$ c'est bien suffisant!!! Non mais...on est pas au states ici!!! Si les médecins veulent juste ca pratiqué la saigné populaire qu'ils partent toute au states. Pour mettre le monde dans la rue, il n'y a pas meilleur place... Ca vient se plaindre que ca passé la moitié de leur vie sur les banc d'école pour justifier leur salaire mirobolant. À se que je sache, le métier de médecin c'est pas une vocation ca. Personne vous a forcé à choisir ce métier là à se que je sache...

Excellent article.

Excellent article. Effectivement les médecins controlent l'offre, une autre preuve : les barrières qu'ils élèvent contre les médecins étrangers. Ils prétendent que leur but est d'assurer la sécurité des usagers. Je ne sais pas si les médecins formés en Afrique sont bons mais je préférerai grandement être examinés par un médecin européen que d'attendre des jours et des jours pour être vu par un médecin d'ici.
Certains travailleurs de la santé ont un pouvoir exhorbitant.
ex. les pharmaciens. Dans les années '95 un homme d'affaires proposaient de réduire les coûts des médicaments de 30%. La recette était simple: vous faxiez votre ordonnace dans vers la compagnie et quelques heures plus tard vous receviez vos médicaments. Autrefois les pharmaciens créaient les médicaments aujourd,hui que font-ils ils comptent les pilules et mettent une étiquette.
Un ordinateur peut faire mieux, ils pourraient même vous indiquez si les médicaments que vous prenez ne sont pas incompatibles,

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