L’aviron n’est plus la chasse gardée des grandes universités anglo-saxonnes. De Laval à Alma, des rameurs nommés Tremblay, Aucoin ou Desjardins se passionnent pour ce sport.

La rivière des Prairies a des airs vaguement british en ce mercredi de mai, peu avant la tombée du jour. En bordure de l'île Paton, trois bateaux d'aviron glissent gracieusement sur l'eau. L'entraîneur, Ross Lizée, suit dans un bateau à moteur, un porte-voix dans la main. « Chloé, détends tes poignets. Arnaud, colle bien tes genoux. »
Avec un brin d'imagination, on pourrait se croire sur la Tamise ou la rivière Charles, non loin des campus d'Oxford ou de Harvard... Mais les jeunes qui s'essoufflent à ramer ainsi étudient au collège Laval, à l'École d'éducation internationale de Laval et à l'école secondaire Jeanne-Normandin, à Montréal.
Le vent se lève et je frissonne malgré mon pull en tissu polaire. Les rameurs, en t-shirt, semblent imperturbables. « Ce n'est rien », m'assure Ross Lizée, chimiste chez Bombardier Aéronautique et bénévole au Club d'aviron de Laval. « Dimanche matin, il neigeait. Du givre se formait sur les rames quand on les plongeait dans l'eau ! »
L'aviron a longtemps été associé à l'élite anglophone. Il est vrai que l'Université McGill a son équipe depuis 1924. Le club de Lachine, jadis très sélect, a été fondé en 1863 par des ingénieurs britanniques et écossais venus construire le pont Mercier. Celui de Laval s'appelait autrefois le Montreal Rowing Club. Aujourd'hui, toutefois, des passionnés inaugurent aux quatre coins de la province des clubs destinés autant aux futurs champions olympiques qu'aux amateurs dont l'expérience préalable sur l'eau consistait à se faire bronzer sur un ponton. Ces clubs offrent aussi des camps d'été aux jeunes pour préparer une nouvelle génération de rameurs. Une poignée d'écoles secondaires et de cégeps ont maintenant une équipe, et l'Université de Montréal a la sienne depuis 2008.
L'engouement est donc au rendez-vous. « On ne porte pas les couleurs d'une grande université, mais sur l'eau, on "flye" vite », rigole Michel Tremblay, technicien à Expertech, qui a fondé le Club d'aviron d'Alma, en 1992. « Je participais à une course de chaloupes sur le lac Champlain et j'ai rencontré des gens du Club d'aviron de Laval, qui m'ont initié à leur sport. » De quelques curieux, son club est passé à une quarantaine de membres. Une dizaine de bateaux fendent régulièrement les eaux de la Petite Décharge, là où le lac Saint-Jean se déverse dans la rivière Saguenay. « L'intérêt pour l'aviron est plus vif que jamais, constate le fondateur du club. La médaille d'or remportée par le huit masculin aux Jeux de Pékin nous a aidés. »


