La rencontre d’un enseignant inspirant est un accident du destin qui peut infléchir une vie. Mais qu’est-ce au juste qu’un bon prof ? L’actualité a enquêté.

En anglais, en 4e secondaire, j'ai eu comme professeur monsieur B. Un timide au grand cœur qui faisait écrire et monter des pièces de théâtre dans la langue de Shakespeare à des ados unilingues francophones de Victoriaville. Nous jouions - avec décors et éclairages - devant un public tout aussi unilingue... qui en redemandait ! Je ne me rendais même pas compte que j'apprenais l'anglais. En littérature, au cégep, j'ai eu madame C. À la fois stricte et « flyée », elle n'hésitait pas à mettre au programme des œuvres réputées rébarbatives, comme Le Cid, de Corneille, ou Les anciens Canadiens, de Philippe Aubert de Gaspé, et nous invitait à pasticher La Fontaine et Ducharme ! Je lui suis redevable à vie.
Faites l'expérience : comptez le nombre de professeurs exceptionnels, inspirants qui ont croisé votre route depuis la maternelle. Ceux qui ont été des exemples, ont élargi vos horizons, vous ont transmis le virus de la littérature, des maths ou de la géographie, vous ont donné envie d'être créatif dans un domaine. La rencontre d'un bon enseignant est un accident du destin qui illumine ou infléchit notre vie. Elle colore la personnalité.
Le bon prof existe depuis que tourne le monde. L'œuvre de Platon est en partie un hommage à son maître, Socrate. Voltaire et Camus ont chanté les louanges de ceux qui les ont marqués, comme le fait Daniel Pennac dans Chagrin d'école. Le bon prof est célébré dans des films comme La société des poètes disparus, Les choristes ou Écrire pour exister, avec Hilary Swank, qui est basé sur une histoire vraie. Plus près de nous, Fabienne Larouche lui tire son chapeau dans Virginie.
Cet étrange animal fascine. De quel bois est-il fait ? Qu'est-ce qui, concrètement, le distingue de ses collègues ? Est-ce que ça s'apprend, être un excellent enseignant ? En cette ère où la réforme, la dictée et les compétences transversales font les manchettes, L'actualité a mené sa petite enquête auprès de spécialistes.
« Ce qui fait un bon prof tient de l'intangible ! » écrivait en 1950, dans le British Medical Journal, G. Patrick Meredith, professeur de psychologie. Chacun de ses maîtres avait été unique, mais tous avaient un truc en commun : « Ils semblaient s'intéresser autant à leurs élèves qu'à leur matière. » En disant cela, Meredith a mis le doigt sur quelque chose qui allait plus tard être confirmé par les recherches en pédagogie : la première passion du bon prof, ce sont ses élèves. « Même dans une grande classe, il établit une relation individuelle avec chacun », disait la regrettée Denise Barbeau, chercheuse et professeure de pédagogie à l'Université de Montréal.
Dans la philosophie de la réforme, on estime qu'un bon professeur n'est pas un acteur qui brûle les planches, mais un metteur en scène qui fait jouer l'élève. « Quand un enseignant fait étalage de son savoir, on peut l'admirer, se dire : "Wow, quel formidable communicateur !" C'est très bien de l'être. Mais... ce n'est pas ce que l'on nous demande. Comme profs, notre travail est d'amener l'élève à développer ses connaissances », estimait Denise Barbeau. Bref, un bon prof est celui qui fait apprendre.





