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C’était le temps des Ayatollahs


2 Novembre 2009

Pour sortir le Québec de son marasme, il fallait dire bye-bye à l’Église ; 50 ans plus tard, la mission n’est pas terminée.

Cours de couture, Roberval, 1906 / View-4038 Musée McCord
Cours de couture, Roberval, 1906 / View-4038 Musée McCord

La Révolution tranquille n'avait pas encore de nom. Mais elle était déjà tout entière dans les cœurs et les esprits, écœurés du profond retard économique, social et intellectuel du pays.

C'était le temps des ayatollahs. Le pouvoir de l'Église s'exerçait partout. Films charcutés, livres interdits - un bon nombre devaient d'ailleurs porter les mentions imprimatur et nihil obstat, traductions ecclésiastiques de « O.K. ». Un coup de fil du cardinal Léger bloquait une entrevue de Simone de Beauvoir à la télévision de Radio-Canada. Jean-Louis Gagnon a raconté comment le cardinal Villeneuve, de Québec, avait fait remercier un rédacteur en chef du Soleil parce que sa fille avait épousé un protestant (fils de l'évêque anglican de la ville, faut-il préciser).

Et c'est l'école qui était le premier champ de bataille. Pas d'acte de baptême, pas d'école. Elle avait pour fonction première de protéger l'Église, son contrôle des esprits et son pouvoir temporel, et de perpétuer un conservatisme réactionnaire dans une province en marge du reste de l'Occident.

L'état civil se trouvait dans les sacristies ; on ne pouvait se marier qu'à l'Église (avec un billet de confession - riez, riez !). On était enterré de même. L'intégrisme nous accompagnait des fonts baptismaux au cercueil.

Les fêtes civiles, les rites familiaux, les relations entre employeurs et employés, l'organisation sociale, les attitudes devant les arts, l'argent, le corps, le bonheur, l'éthique, même le vocabulaire, tout était moulé sur le canon religieux. Et surveillé par l'Église ; pas un organisme qui n'ait son aumônier, même une équipe de softball. L'explication du monde était religieuse. Notre histoire, notre exis­tence même, était un « miracle » et supposait par conséquent une mission divine.

Citons Félix Leclerc, qui n'était pourtant pas un mécréant : « On était dociles, fidèles, respectueux. [...] On abusait des superstitions, des saints, de l'enfer et du purgatoire. C'était épouvantable. »

Épouvantable et, pour beaucoup de penseurs, mortel...

Là où un Hubert Aquin voyait une « fatigue culturelle du Canada français », Pierre Vadeboncœur constatait une « infirmité ». Son essai La ligne du risque, publié trois ans après la fondation du Mouvement laïque de langue française (MLF), offre les 50 pages les plus dures et les plus violentes - une violence tranquille - de la littérature québécoise : il dénonce « le règne de la corruption intellectuelle, [...] un conformisme des idées et de l'esprit tel qu'il n'y en a probablement pas d'exemple équivalent dans les sociétés occidentales. [...] D'autre part, une licence à peu près illimitée dans les comportements pratiques et quotidiens. » Pour lui, la culture canadienne-française est « une culture dans une condition mortelle [...] d'un traditionalisme absolument insupportable ». L'unanimité factice de « ce peuple de tout repos » est une impasse culturelle.

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Commentaires (2)

Bravo et merci monsieur Paré.

Bravo et merci monsieur Paré. Je partage entièrement votre point de vue et je m'engage à le diffuser.

Né en 1948 dans une petite ville industrielle d'un Québec ultra-catholique et colonisé, de parents analphabètes -- L'enfance, l'adolescence, l'asile... J'ai été catholique par la force des choses, athée par réaction, mystique par contorsion, schizophrène (comment aurait-ce pu être autrement ?) et maintenant pèlerin anonyme ! J'ai écrit l'histoire de ma vie mais les éditeurs n'en voulaient pas. Alors je l'ai jetée dans le cyberespace. C'était l'époque, c'était le pays. Et depuis peu un blogue : Guy-Léo Morin, p.a.

La circonstentielle

La circonstentielle «association Québécoise pour l'application du droit à l'exemption des cours enseignement religieux»(AQADER) à tout de même été le début de la fin du ``religieux`` dans nos écoles comme ma génération l'a vécu. Je rends ici hommage à ma mère, feu Norma Legault, qui fût présidente de ce mouvement quelques années.Par ailleurs, je me souviens très bien les moments passés dans le corridor lorsque j'avais«enseignement religieux»à mon horaire. C'était agréable dans mon cas compte tenu de la position de ma mère! J'aidais la secrétaire dans sa distribution de communiqués et je crois que le directeur était plus que sensible à cette cause;je ne me suis jamais senti comme un paria même si dans le fond,comme vous le dites, j'en étais un et le plus illustre! Cepandant, avec le temps, je n'étais plus le seul dans le corridor. D'autres élèves se sont joints à moi et l'encombrement du corridor força notre déménagement dans une classe, avec un vrai prof et une autre matière. Pour moi naissait la formation morale. Je ne saurais juger de la pertinence de ce cours d'un point de vue pédagogique. Beaucoup de valeurs m'ont cepandant été transmises par le biais de cette formation morale. Des valeurs humanistes, civiles ou encore identitaires me permettant aujourd'hui d'être un homme plus dévellopé qu'aucunne religion n'aurait pu le faire. J'en suis sûr et certain.

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