Extrait du livre Heureux sans Dieu, Des incroyants, athées et agnostiques, témoignent, sous la direction de Daniel Baril et Normand Baillargeon, publié avec l’aimable autorisation de VLB Éditeur.
Il y a deux questions, ou deux ordres de questions, dans la question de Dieu, ou d'un dieu, ou de dieux. D'abord, l'existence même d'une divinité, d'un « être » qui régirait à la fois le monde qui nous entoure et les humains qui habitent ce monde. Ensuite, les religions, ces systèmes élaborés par des humains et qui, d'une part, codifient leurs relations avec la ou les divinités de leur choix et, d'autre part, régissent à des degrés divers les sociétés qu'ils forment. Je m'attarderai sur le premier ordre de questions : l'existence d'une divinité, quelle que soit la religion qui la révère et qu'on pourrait donc, en quelque sorte, appeler une « divinité suprareligieuse ».
Je n'ai pas eu une éducation très religieuse. Je suis né et j'ai grandi dans une famille pas très riche, dans un petit village de l'est de la France. Enfant de l'école « publique, laïque, gratuite et obligatoire », j'ai quand même fréquenté, comme à peu près tous les enfants de mon âge et de mon univers, l'église de l'endroit. Nous allions au catéchisme. Nous y allions le jeudi, c'est-à-dire le jour où il n'y avait pas d'école. Et au presbytère, c'est-à-dire ailleurs qu'à l'école. Et cela jusqu'au moment où nous faisions, vers 11 ou 12 ans si ma mémoire est bonne, notre « communion solennelle ». Après, fréquenter l'église ou pas ne relevait plus vraiment du choix des parents, mais de la volonté des enfants. Je ne me rappelle pas y être souvent retourné, sauf pour des mariages et des enterrements. Car d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu énormément de difficulté à « croire ». Je comprenais mal ces « mystères » qu'on nous enseignait au catéchisme du jeudi, ces trinités, ces résurrections, ce fils qu'un père sacrifie, cette toute-puissance, cette bonté divine capable des pires colères et vengeances, ces péchés qu'il fallait confesser, ces étranges purgatoires et ces paradis non terrestres, ces prières par coeur. Je comprenais mal parce que je ne parvenais pas à « croire ». Je ne dirais pas que j'ai tout fait pour croire et que je me suis mis à genoux pendant des heures en attendant que cela m'arrive, comme le suggérait, je crois, un certain Blaise Pascal. Mais j'ai quand même un peu attendu, peut-être même vaguement espéré, qu'il en soit ainsi puisque je passais deux ou trois heures par semaine, durant l'année scolaire, au catéchisme et à l'église.
Il n'en fut rien. Je ne parvins pas à croire. La petite flamme ne me dansa jamais au-dessus de la tête. Et je ne m'en portai pas plus mal. Car Dieu était - et reste - pour moi une hypothèse dont je n'ai pas besoin, pour reprendre le mot de l'astronome Pierre-Simon Laplace, auteur d'une Mécanique céleste dont les premiers volumes ont été publiés à partir de 1799. Quand Laplace présente le fruit de ses recherches à Napoléon, celui-ci lui demande : « Où est Dieu dans tout cela ? » Et le scientifique de répondre : « Dieu est une hypothèse dont je n'ai pas eu besoin. » Autrement dit, pas besoin d'une divinité pour expliquer la nature et son fonctionnement, le mouvement des planètes et l'agencement des corps célestes.


