L’employeur a le droit d’imposer un code vestimentaire à son personnel. À condition de ne pas dépasser certaines limites.

La loi québécoise permet aux entreprises de fixer des règles en matière d'apparence et d'habillement - c'est ce qu'on appelle le droit de gérance. Il faut cependant avoir de bonnes raisons d'imposer ces normes : des motifs de santé ou de sécurité, ou l'image de l'entreprise aux yeux du public. D'autant plus si elles empiètent sur des droits fondamentaux. Autrement, elles pourraient être contestées, notamment devant la Commission des droits de la personne, celle des normes du travail ou un arbitre de griefs.
Testez vos connaissances avec le quiz « La tête de l'emploi » >>
Par exemple, les tribunaux québécois ont reconnu que forcer un homme à se raser la barbe porte atteinte à son intégrité physique et à sa liberté d'expression. Ils ont néanmoins conclu que cela pouvait être justifié par un souci de salubrité - comme dans le cas d'une entreprise de production laitière - ou de sûreté - pour les pompiers, entre autres, qui doivent être rasés de près afin que leur masque respiratoire fonctionne correctement. « En revanche, ce serait sans doute exagéré de congédier un vendeur d'assurances parce qu'il est barbu. Ça n'a rien à voir avec les exigences de l'emploi », précise Caroline Gagnon, avocate à la Commission des normes du travail.
On peut aussi contester les critères liés à l'apparence s'ils sont discriminatoires. Pour cela, il faut montrer qu'ils excluent des employés sur la base de leur âge, de leur sexe, de leur origine ethnique, de leur religion, de leur handicap ou d'un autre facteur de discrimination prévu par la Charte des droits et libertés de la personne. « L'apparence physique et le poids n'en font pas partie. Si on refuse de vous engager parce que vous êtes très laid, c'est injuste ; mais ce n'est pas un motif interdit de discrimination. Par contre, si votre image dérange parce que vous êtes en fauteuil roulant, grand brûlé, amputé ou obèse morbide, vous pourriez invoquer le motif du handicap », explique Hélène Tessier, avocate spécialisée en droits de la personne, psychanalyste et professeure à l'Université Saint-Paul, à Ottawa. Si on vous rejette parce que vous avez l'air trop vieux, vous pourriez porter plainte pour discrimination selon l'âge.
Un code vestimentaire peut être jugé discriminatoire s'il est appliqué de manière inégale : plus sévèrement aux employés noirs qu'aux blancs, par exemple ; à un sexe et pas à l'autre. Ainsi, des agents de bord ont réussi à faire annuler un règlement qui interdisait aux hommes de porter un anneau à l'oreille, mais qui le permettait aux femmes.





