Enfouis dans le sous-sol du plus ancien quartier de Montréal, des édifices construits au 19e siècle sont peu à peu mis au jour. Une entreprise ambitieuse pour célébrer en grande pompe le 375e anniversaire de la ville.
Le maire Régis Labeaume en pâlira sans doute de jalousie ! Le 400e de Québec étant chose du passé, les regards se tournent vers Montréal, qui fêtera son 375e anniversaire en 2017. Dans ses cartons, un projet gigantesque : créer dans le Vieux-Montréal une vaste cité de l'histoire et de l'archéologie. Qui attirera les touristes du monde entier. Et rivalisera avec les grands musées du monde.
Le projet n'est pas nouveau. Il germe depuis l'ouverture de Pointe-à-Callière, en 1992, à l'occasion du 350e de Montréal. Ce musée d'archéologie et d'histoire, récompensé par une kyrielle de prix prestigieux, met en valeur une partie seulement du « patrimoine souterrain » de la métropole, dont une section des fortifications et la place du marché de la Nouvelle-France. « Montréal a la chance unique, parmi les grandes villes d'Amérique du Nord, d'être assise sur un trésor. Son histoire est là, intouchée, dans les différentes strates du sol », dit la directrice générale du musée, Francine Lelièvre.
Les bourgeois de la fin du 19e siècle ne savaient pas quel inestimable service ils rendaient à leurs descendants en quittant le Vieux-Montréal pour s'établir plus au nord, dans l'actuel centre-ville. Les commerces et les immeubles de bureaux ont aussi migré, et c'est rue Sainte-Catherine et rue Sherbrooke, plutôt qu'au bord du fleuve, qu'ont été érigées au fil du 20e siècle de hautes tours avec stationnements souterrains. « Le fait de laisser le Vieux-Montréal à l'abandon, faute de moyens pour le développer aussi, a permis de préserver les traces de son passé », explique Francine Lelièvre.
Voilà pourquoi il est aujourd'hui possible d'envisager ce projet un peu fou : mettre en valeur une poignée de sites archéologiques appartenant à différentes époques et les réunir en un grand complexe muséal couvrant tout l'ouest du Vieux-Montréal. Pour aller d'un lieu à l'autre, du 15e siècle (époque amérindienne) au 19e (époque des grandes rivalités entre Anglais et Français) en passant par le 17e (fondation de Montréal), le visiteur emprunterait un passage déjà en place à 5 m de profondeur : l'égout collecteur William, tunnel de pierre de taille long de 400 m qui recevait les eaux usées de tous les égouts secondaires au 19e siècle et pendant une partie du 20e. Un cadeau laissé par le passé et transformé en véhicule pour voyager dans le temps. Pas banal !
L'entreprise en est à sa première phase, qui comprend l'exploration de deux sites archéologiques : celui du parlement du Canada-Uni, sous un ancien stationnement de la place D'Youville, et celui des fortifications de Montréal, dans le sous-sol de la Maison-des-Marins. Elle comprend aussi la rénovation de cette Maison-des-Marins (l'ancienne Maison du Père, qui venait en aide aux hommes en difficulté), située à quelques pas de Pointe-à-Callière. La Maison-des-Marins deviendra un nouveau pavillon, abritant notamment une aire pour les jeunes. Le consortium Dan S. Hanganu Architectes et Provencher Roy + Associés Architectes, qui avait conçu le premier bâtiment et sa crypte archéologique, en 1992, est chargé des travaux.

Les visiteurs pourront aller des fondations du parlement (au premier plan, en jaune) jusqu'au musée
Pointe-à-Callière et à la maison-des-marins (à l'arrière-plan) en passant dans l'ancien égout collecteur William.
(Image : Lapointe Magne et associés)
La première phase, qui bénéficie d'une subvention de 20 millions de dollars du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine ainsi que d'une enveloppe de 2,2 millions de dollars de la Ville de Montréal, s'achèvera en 2012, avec l'ouverture au public de la Maison-des-Marins. Puis, on poursuivra le marathon. Direction : 2017. Mais il faut d'abord réunir les fonds nécessaires à la création de la Cité de l'archéologie. Le public et le privé seront sollicités. En ces temps où les ponts et les tunnels menacent de s'écrouler et drainent beaucoup d'argent, ce ne sera peut-être pas simple. Mais Francine Lelièvre est optimiste. « Il y a 100 ans, quand on célébrait un anniversaire, on créait un monument. Il y a 25 ans, on créait un musée. C'est une tradition importante de faire un legs patrimonial à sa population lors d'anniversaires », dit-elle. Et il se trouve que 2017 n'est pas que le 375e de Montréal, c'est aussi le 150e de la Confédération et le 50e de l'Expo 67. Sans compter le 25e de Pointe-à-Callière. « Les astres sont alignés », conclut-elle.





