Des parents qui vieillissent, des résidences pour aînés incapables de répondre à la demande… Nous sommes tous des préposés aux soins en sursis. Paralysie collective en vue !

Une dizaine de personnes âgées et de bénévoles dansent sur l'air d'« Attends-moi, ti-gars », de Félix Leclerc, dans un local aux murs bleu azur, à Cowansville. Jean-Claude Kunz, un grand monsieur de 71 ans « un brin alzheimer », comme il le dit lui-même, se tient à l'écart. « Voulez-vous danser avec moi ? » lui demande une jeune femme d'une voix chaleureuse. Le vieil homme hésite, puis esquisse un pas de danse, un peu rouillé. Un grand sourire illumine son visage. C'est la première fois que sa femme, Francine Paradis, 65 ans, le confie aux bons soins du personnel du Regroupement Soutien aux Aidants de Brome-Missisquoi. Soulagée de le savoir entre bonnes mains, elle s'éclipse discrètement pour profiter de quelques heures de liberté. Une première en deux ans !
Plus de 364 000 Québécois prennent soin d'un proche âgé au moins cinq heures par semaine, selon Statistique Canada. Pour beaucoup, c'est même un emploi à temps plein. Certains sont au bord de l'épuisement, mais ne peuvent pas remettre leur démission. « Il est temps que le Québec offre aux aînés et à leurs proches ce qu'il a offert aux jeunes parents : des mesures de conciliation travail-famille », affirme Nancy Guberman, professeure associée à l'École de travail social de l'Université du Québec à Montréal, qui réfléchit depuis longtemps aux solutions à privilégier. Il faut simplement adapter ces mesures au troisième âge. Demain, des garderies à sept dollars pour les aînés ?
On doit en tout cas faire quelque chose, et vite : d'ici 20 ans, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus doublera, pour atteindre 27 % de la population. Plus de deux millions de têtes grises !
« Le Québec est mûr pour un "chantier" des personnes âgées », estime le gérontologue Réjean Hébert, qui a coprésidé la consultation publique sur les conditions de vie des aînés, tenue en 2007. « Il nous faut une vraie politique sur le vieillissement, avec une vision. Chaque fois qu'il y a des investissements, c'est du saupoudrage. » Tout doit être repensé : services à domicile, habitations, soutien aux aidants.
Certains organismes communautaires et CLSC offrent déjà des services de répit. Le Regroupement Soutien aux Aidants de Brome-Missisquoi dispose par exemple d'une équipe de bénévoles qui se déplacent à domicile pour prendre la relève de l'aidant quelques heures chaque semaine. Les besoins sont si grands que de nombreuses familles ont dû s'inscrire sur la liste d'attente.
Les vendredis après-midi, l'organisme ouvre les portes de son accueillant local aux personnes âgées suffisamment autonomes pour se déplacer, mais pas assez pour rester seules à la maison. Elles jouent aux poches, font du dessin ou des jeux de mémoire, dans une ambiance bon enfant. La responsable de la halte, Valérie Bienvenue, leur réserve parfois des surprises : aujourd'hui, cette trentenaire aux yeux verts a apporté trois petits poussins, qu'elles prennent délicatement dans leurs mains ridées.

Jean-Claude Kunz, 71 ans, fréquente la halte-répit de Cowansville.
Il papote avec Valérie Bienvenue, responsable de la halte. (Photo : F. Pesant)





