Cessons de remettre en question le financement des écoles privées et ouvrons plutôt leurs portes à tous les élèves, dit un spécialiste du monde de l’éducation. Voici comment.

Depuis 20 ans, le débat sur l'école privée, que l'État finance à hauteur de 60 %, tourne autour de l'argent. « Cessons de financer le privé, clament ses adversaires, et versons l'argent au secteur public. » Cette proposition est politiquement irréaliste et économiquement incertaine. Au lieu de fermer le robinet, il faut démocratiser l'école privée, la rendre accessible à tous les enfants, pas seulement aux plus forts et aux plus riches. Que l'école privée accepte tous ceux qui frappent à sa porte. Et que l'État continue de la financer, voire qu'il la finance davantage. Quant aux écoles privées qui continueront de sélectionner leurs élèves, il reviendra aux parents qui y envoient leur enfant d'acquitter la totalité de la facture.
Le statu quo n'est pas défendable non plus. Des principes et des enjeux sont en cause. D'où les sept propositions qui suivent. Elles s'appuient tant sur une lecture réaliste de la situation que sur des principes solidement établis. Elles sont politiquement réalistes, moyennant de la vision et du courage.
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1. Obliger les écoles privées subventionnées à accepter tous les types d'élèves, y compris ceux dont la réussite est incertaine, qui éprouvent des difficultés d'apprentissage ou qui sont handicapés.
Le principal défaut du régime actuel est son caractère non démocratique : 90 % des écoles privées ne sont accessibles qu'aux élèves dont on estime probable la réussite - généralement à partir de tests d'admission. Presque partout, les élèves « à risque », ceux dont la réussite est incertaine, sont exclus. Et une portion non négligeable d'élèves du privé sont renvoyés au public dès que l'on constate qu'« ils n'ont pas le niveau ».
Le droit des parents de choisir l'école privée, affirmé tant dans les instruments juridiques internationaux que dans la Charte des droits et libertés de la personne, est reconnu à tous. Pas seulement aux parents des enfants les plus brillants ! En raison de la sélection - même soft - opérée par les établissements privés, ce droit n'en est plus un ; il est un privilège lié au talent. Il doit être reconnu à tous en pleine égalité.
Ces pratiques de sélection ont au surplus un effet pervers sur l'école publique : celle-ci s'est mise elle aussi à sélectionner, avec des projets pédagogiques particuliers.
Quant aux établissements privés, encore nombreux, qui se réclament de la tradition chrétienne, ils pourront relire ces propos de Jean-Paul II aux éducateurs catholiques lors de son voyage au Canada, en 1984 : « En même temps que les écoles catholiques sont toujours vouées au développement intellectuel, nous leur rappelons aussi l'impératif évangélique d'être au service de tous les élèves, et non seulement de ceux qui sont les plus brillants et les plus prometteurs. Ainsi, en accord avec l'esprit de l'Évangile et son option pour les pauvres, elles porteront leur attention particulièrement sur ceux qui en ont le plus besoin. »


