Les universités n’ont pas un besoin criant d’argent, dit l’économiste Clément Lemelin. Mais il faut réorganiser leur mode de financement.

Les universités québécoises souffrent-elles d'un grave problème de sous-financement ? Clément Lemelin, professeur retraité de l'UQAM, ne le croit pas. Cet économiste, qui a consacré sa carrière à analyser les aspects économiques de l'éducation, avoue être fatigué des discours alarmistes des recteurs et des syndicats de professeurs, répétés année après année. Non, dit-il, il n'y a pas lieu de réformer en profondeur le système actuel de financement des universités, même si des améliorations pourraient faire de l'enseignement supérieur un investissement encore plus rentable pour le Québec.
Les universités québécoises manquent-elles d'argent ?
- Présentement, je ne vois pas d'arguments solides qui prouveraient l'existence d'une réelle crise du financement dans les universités. Les comparaisons avec d'autres provinces ou pays sont souvent intéressées et boiteuses. Par exemple, dire qu'au Québec les recettes des universités sont trop basses par rapport à celles de l'Ontario n'a de sens que si l'on précise qu'il en est ainsi en raison des droits de scolarité plus faibles : les subventions directes de l'État aux universités, elles, sont plus élevées au Québec ! Les provinces disposent de trois outils pour financer les universités : les subventions directes, le financement des étudiants par des programmes de prêts et bourses, ainsi que les programmes fiscaux - par exemple, des crédits d'impôt. On a souvent tendance à oublier les deux derniers outils dans les discours et les analyses.
Le fédéral est aussi de plus en plus engagé dans le financement des études universitaires...
- Oui. Même si l'éducation est de compétence provinciale, Ottawa aide beaucoup plus les universités qu'auparavant, et cela aussi doit entrer en ligne de compte. Pensons aux mesures d'incitation fiscales, aux bourses du millénaire et aux énormes sommes investies dans la recherche par les organismes subventionnaires fédéraux, tels le Programme des chaires de recherche du Canada ou la Fondation canadienne pour l'innovation. Tout cela me porte à penser qu'il n'y a pas de crise actuellement. Mais il y a beaucoup d'erreurs à corriger dans le mode de financement des universités.
Vous êtes en faveur d'une augmentation des droits de scolarité. Pourquoi ?
- Même si l'instruction est un investissement très rentable pour la société, les études ont montré qu'au niveau universitaire l'enseignement profite plus aux étudiants qu'à la société dans son ensemble. Former des avocats, des médecins ou des ingénieurs est évidemment très important pour le Québec. Mais collectivement, nous payons déjà pour l'importance de ces activités en accordant à ces professions des salaires élevés. Logiquement, les personnes qui profitent le plus de l'université devraient en être les principaux bailleurs de fonds, plutôt que l'ensemble de la société.
Ne risque-t-on pas ainsi de diminuer la fréquentation et l'accessibilité des universités ?






