Les inscriptions dans les écoles de la Colombie-Britannique sont en baisse. Partout, sauf
dans les établissements de langue française !

Plus de 150 écoles ont fermé leurs portes en neuf ans en Colombie-Britannique, où les inscriptions ont chuté de 10 %. Alors qu'au Conseil scolaire francophone (CSF), qui compte 38 écoles et près de 4 400 élèves, dont 770 à Vancouver, c'est le contraire : les inscriptions augmentent d'environ 4 % à 6 % chaque année depuis la création du Conseil, en 1995 !
Une réussite qui tient de l'importance qu'accordent les francophones à leur identité, explique Marie Bourgeois, présidente du conseil d'administration du CSF. « Les gens veulent que les enfants parlent la langue du père ou de la mère », dit la présidente, une Québécoise arrivée dans la province dans les années 1970.
Il est vrai aussi que la communauté francophone s'agrandit : elle compte près de 59 000 membres, contre 56 800 en 1996 - des Québécois, mais aussi de plus en plus d'immigrants européens et africains.
Pour Isabeau Iqbal, née en Colombie-Britannique d'une mère québécoise, la langue d'enseignement figurait en tête de liste de ses priorités dans le choix d'une école pour son fils Loïc, huit ans. Mais après trois ans à l'école primaire Rose-des-Vents, à une dizaine de kilomètres de chez lui, à Vancouver, il fréquente maintenant une école d'immersion française de son quartier. Loïc, comme plus de la moitié des écoliers de Rose-des-Vents, passait plus de 30 minutes en autobus matin et soir. « C'était trop, déplore sa mère. Il rentrait fatigué et de mauvaise humeur. »
Les écoles du Conseil couvrent d'immenses territoires. Ainsi, Gabrielle-Roy, à Surrey, accueille des élèves de niveau secondaire de neuf municipalités. Rose-des-Vents, elle, répond aux besoins d'une population éparpillée sur environ 100 km2, soit l'équivalent du cinquième de la superficie de l'île de Montréal. Le gouvernement n'ayant pas augmenté l'enveloppe destinée au transport scolaire depuis au moins six ans, le CSF doit puiser dans son budget afin de combler un manque à gagner de trois millions de dollars pour le transport des élèves.
Le CSF est, dans un sens, victime de son succès. Nombre de ses établissements manquent d'espace et ont recours à des salles de classe mobiles. L'école primaire et secondaire Victor-Brodeur, à Victoria, déborde déjà, deux ans après son ouverture. Des salons destinés aux jeunes ont dû être réaménagés en salles de cours.
Le directeur général du Conseil scolaire, Mario Cyr, parle de « crises » dans les régions. Mais nulle part aussi pressantes que dans l'ouest de Vancouver, où Rose-des-Vents est la seule école primaire. Bâti dans les années 1960 pour 175 écoliers, l'établissement en accueille cette année près du double, en partie hébergés dans les locaux de l'école secondaire attenante.
Rose-des-Vents risque de perdre des élèves, note la directrice, Carole Massé, car à la différence des parents anglophones, « les nôtres ont le choix. Ils ne sont pas obligés d'opter pour l'école francophone. »


