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Le décrochage ça se soigne!


1 Décembre 1995

À Baie-Comeau, on refuse d'attendre que les élèves claquent la porte. On a concocté un enseignement sur mesure pour les décrocheurs: non seulement ils restent, mais ils en redemandent!

À la polyvalente des Rives, 28 adolescents de 15 à 19 ans accordent des participes passés et résolvent des équations à coeur de jour dans un petit local, les fesses vissées à leur chaise, la tête penchée sur leur cahier. Ce sont des durs à cuire, des doubleurs émérites, des décrocheurs en puissance qui ont rendu leurs derniers profs complètement marteaux.

Serge Bouchard, directeur de cette école secondaire de Baie-Comeau depuis bientôt 20 ans, leur a concocté un régime pédagogique à peine plus séduisant qu'une assiette de navets et guère plus avant-gardiste qu'un vieux missel. Pourtant, ses petits moutons noirs sont passés de 220 absences par année, en moyenne, à moins de 60, et tous ont fait des progrès scolaires époustouflants.

«Ces élèves ont bouclé en 63 heures des programmes évalués à 90 heures par le ministère de l'Éducation», se réjouit Danielle

Arsenault, une des deux enseignantes affectées au programme. Le plus drôle, c'est que les ados adorent ce régime austère. «Plusieurs élèves nous ont téléphoné pendant l'été parce qu'ils s'ennuyaient de l'école», raconte Claudine Jourdain, sa collègue.

«En un an, je suis passée d'un classement de sixième année en français à celui de secondaire cinq et, en maths, de secondaire un à secondaire quatre!» pavoise Isabelle Caron, 19 ans. Quant à Stéphane Ouellet, 15 ans, tripleur de troisième secondaire, ses nouveaux profs ont découvert qu'il était surdoué. «Si t'avais vu la tête de mes parents le soir où on leur a annoncé ça!» dit-il en riant.

Le fameux programme, CREA-POLY (CREA: Centre régional d'éducation des adultes), c'est tout bêtement l'enseignement pour adultes à la polyvalente. «Les décrocheurs de 16 ans ont besoin d'être écoutés, dirigés, encouragés... et "ramassés" quand ça ne va plus, dit Serge Bouchard. À la polyvalente des Rives, on a adapté la formule à leur réalité d'adolescents. C'est le meilleur des deux mondes!» Ainsi, de l'enseignement pour adultes, on a retenu l'approche individualisée et le programme français-mathématiques-anglais. «On a flushé l'enseignement moral, la chimie et toutes ces singeries», comme disent les jeunes. «Le secret, c'est de leur faire vivre des réussites tout de suite, poursuit le directeur. Plus tard, on ajoute les matières dont ils ont besoin pour être admis au cégep ou dans le secteur professionnel. C'est l'éducation à la carte.»

L'an dernier, 18 des 26 jeunes inscrits au CREA-POLY ont tenu le coup jusqu'en juin. Les jeunes ont la permission d'organiser des parties de quilles ou de soccer pendant les heures de classe, mais ils n'y pensent même pas. Dès qu'ils découvrent le succès, ils foncent à toute allure dans leurs cahiers. «C'est facile, les profs expliquent bien», disent-ils. Les enseignantes jurent pourtant qu'elles n'y sont pour rien: «Nous sommes deux pour 28 élèves. Dès que l'un d'eux bloque, on lui explique tranquillement la matière dans un langage qu'il comprend.»

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