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Les ados, ça va. L'enfer, c'est l'école !


15 Septembre 1994

La romancière Dominique Demers vient de rencontrer des milliers d'élèves. Malgré leurs airs de durs, dit-elle, les adolescents sont drôles et motivés. Ce sont plutôt les profs qui capotent et les directeurs qui décrochent.

En trois mois, le printemps dernier, j'ai rencontré plus de 4000 élèves dans une trentaine d'écoles du Québec. Pendant une heure, deux ou trois fois par jour, j'expliquais mon métier d'écrivain et de journaliste à des jeunes de six à 16 ans dans le cadre de la Tournée des écrivains, un programme du ministère de l'Éducation et de l'Union des écrivains du Québec.

J'ai été séduite, dégoûtée, émue, enragée. Et j'ai fait deux grandes découvertes: les écoles du Québec sont des boîtes à surprise et les adolescents sont charmants.

Quinze minutes après avoir poussé la porte d'entrée, je sais si l'école est bonne ou pas. Si le directeur est «tripant» ou incompétent. Si les profs sont motivés ou s'ils ont décroché. S'ils forment une belle équipe ou s'ils rêvent de jeter un scorpion dans la soupe de leur voisin. Je sais si le bibliothécaire se traîne les pieds ou se démène comme un diable. Si les élèves sont aimés et respectés ou expédiés d'un local à l'autre comme des boîtes de haricots. Si les adolescents défoncent souvent la porte de leur case ou s'ils aiment suffisamment leur école pour y faire un peu attention. Si les enfants s'amusent ou s'entretuent dans la cour de récréation. Si les jeunes aiment lire ou pas et si les profs, le bibliothécaire et le directeur y accordent un peu d'importance, beaucoup ou pas du tout.

Au coin d'une rue, l'école est excellente; un kilomètre plus loin, l'autre est pourrie. Et impossible de deviner la qualité d'un établissement selon la région ou le quartier. Il faut y mettre les pieds. Le facteur déterminant n'est pas ethnique, socioéconomique, linguistique ni géographique. Qu'une école soit privée ou publique, catholique ou protestante ne garantit rien non plus.

Ce qui fait la différence? Le personnel. Du directeur au concierge en passant par les secrétaires, le bibliothécaire et, dans les grosses polyvalentes, l'agent de sécurité. Sans oublier les enseignants, bien sûr...

Avant d'accepter un candidat, les facultés de médecine le soumettent à une entrevue pour déterminer s'il possède certaines qualités jugées essentielles: générosité, ouverture d'esprit, intégrité... Ce type de sélection n'existe pas dans les facultés d'éducation. Et ça paraît.

J'ai vu des profs toujours entourés d'élèves. Les jeunes bourdonnent autour d'eux, au début et à la fin de chaque cours, à la cafétéria le midi, dans les corridors et jusqu'au terrain de stationnement de l'école. Les élèves les aiment. Ces enseignants ont quand même parfois envie de bourrer leurs élèves de valium ou de les hacher menu. «Surtout l'hiver, les jours de tempête, ou en fin d'année lorsque le mercure grimpe à 35°C dans la salle de classe», m'a confié l'un d'eux. Mais ils sont heureux d'enseigner et ne rêvent pas d'être horticulteurs ou réparateurs de machine à laver. Ils ont choisi de travailler avec des jeunes et ne le regrettent pas.

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