La science est une solution au décrochage des garçons, soutient le professeur Marcel Thouin. Mais on l’enseigne mal au Québec. Et la réforme scolaire ne risque pas d’améliorer les choses !
Avec des matériaux simples et de la créativité, on peut initier les enfants dès leur plus jeune âge à la chimie, à la physique, à la géologie... Mais cela se fait peu au Québec, où l'enseignement des sciences au primaire est «une catastrophe», estime Marcel Thouin. Selon ce professeur de didactique à l'Université de Montréal, les enseignants sont mal formés, les manuels inadéquats, l'équipement désuet. Et la réforme de l'éducation risque d'empirer les choses.
Bien expliquée, pourtant, la science est la plus vivante des matières et peut être une solution au décrochage des garçons, surtout dans les quartiers défavorisés, soutient Marcel Thouin. Les jeunes se montrent vite passionnés par ce qu'ils découvrent, dit-il. Construire la plus haute tour possible avec des cure-dents et de la pâte à modeler permet de faire avec enthousiasme son initiation à la physique et au génie civil.
Ce n'est pas d'hier que Marcel Thouin, physicien de formation, s'intéresse aux sciences. À 6 ans, il collectionnait insectes et végétaux. À 13 ans, il fabriquait son propre télescope à la Société d'astronomie de Montréal. À 17 ans, il fondait un camp de jour à Montréal, le Centre d'activités scientifiques. Jusqu'à 600 enfants par semaine ont convergé vers ce camp où, durant l'été, on faisait de la science du matin au soir.
Pour cet auteur d'ouvrages de vulgarisation, la culture scientifique devrait être valorisée autant que la culture artistique. Mais la salle de classe est rarement l'endroit où l'enfant vit son premier contact avec Galilée, Newton ou Einstein.
L'actualité a rencontré Marcel Thouin à son bureau de l'Université de Montréal.
L'école joue-t-elle son rôle dans l'enseignement des sciences ?
- Non, et surtout pas au primaire. Un grand nombre d'instituteurs ne connaissent pas assez les sciences et les technologies pour les enseigner correctement. Au primaire, seulement le tiers des enseignants respectent les recommandations ministérielles en la matière. C'est dramatique, car la science devrait faire partie de la formation de base. Elle devrait même s'enseigner en priorité, car d'autres disciplines sont moins urgentes.
Que voulez-vous dire ?
- On ne devient pas pianiste de concert si on a commencé l'étude du piano à 18 ans. Le point commun des hommes et des femmes de science, c'est d'avoir manifesté tôt de l'intérêt et des aptitudes pour ce domaine. Dès cinq ou six ans, ils collectionnaient des cailloux, des plantes, ils posaient des questions sur l'origine de la pluie, la luminosité des étoiles... Il ne faut pas laisser leur intérêt s'étioler, sans quoi on risque de se priver d'un grand nombre de personnes capables d'occuper des postes liés aux sciences et aux technologies - secteurs qui souffrent de pénurie. Je ne veux pas abolir les autres matières au primaire. Mais un historien ou un géographe découvre, en général, sa passion plus tard.
Le programme du Ministère prévoit pourtant que les sciences et les technologies doivent être abordées dès la 1re année...


