Société

/ Education »

« Speak English, you are in France ! »


4 Novembre 2010

Avec ses programmes en anglais et ses campus à l’américaine, l’École des hautes études commerciales révolutionne l’enseignement de la gestion en France. Et séduit les étudiants étrangers.

Speak English, you are in France !
Photo : Olivier Remualdo

Après avoir enseigné l'économie financière à l'Université de Montréal pendant 17 ans, le Niçois René Garcia a eu tout un défi à relever en rentrant dans sa ville natale, en 2007 : il a dû passer à l'anglais ! Professeur à l'École des hautes études commerciales (EDHEC) de Nice, il donne aujourd'hui tous ses cours dans la langue de Shakespeare... comme ses collègues. « Ç'a été le plus gros changement pour moi par rapport au Québec », dit ce jovial Méridional à la chevelure poivre et sel. Un changement qu'il juge néanmoins inéluctable pour une business school aux ambitions internationales.

Pionnière en la matière, l'EDHEC n'est pas la seule grande école de gestion française à avoir succombé à l'anglais. Se livrant une chaude lutte sur le lucratif marché des étudiants étrangers, les autres y viennent aussi, tout comme leurs concurrentes ailleurs dans le monde, y compris au Québec : HEC Montréal, la Faculté des sciences de l'administra­tion de l'Université Laval et l'École des sciences de la gestion de l'UQAM donnent quelques cours, voire des programmes entiers, in English. Ces éta­blissements sont d'ailleurs partenaires de l'EDHEC, avec qui ils offrent des échanges étudiants.

L'EDHEC va toutefois plus loin que ses concurrentes, puisque 100 % de ses programmes de master (maîtrise) sont offerts en anglais. Et cela, depuis 2008 à son campus de Nice (1 500 étudiants), sur l'attrayante French Riviera, et depuis 2009 à celui de Lille (3 000 étudiants), dans le nord de la France, et à celui de Paris (900 étudiants). Seuls les cours de la 1re année (bachelor) sont en français.

Un virage radical qui a généré pas mal de résistance et d'inquiétude chez les professeurs. D'autant qu'ils ont dû non seulement changer de langue, mais aussi revoir leurs cours pour les rendre plus pratiques, axés sur le marché du travail et accessibles aux étudiants étrangers. « J'ai tenu bon et la majorité des professeurs français sont restés », se félicite Olivier Oger, directeur général du groupe EDHEC, qui compte également des campus à Singapour et à Londres (une centaine d'étudiants chacun). « Nous en avons aussi recruté d'autres à l'étranger. »

S'exprimant lui-même dans un anglais imprégné d'un accent frenchy à la Louis de Funès, Olivier Oger est formel : « S'arcbouter contre l'anglais ne mène qu'à l'isolement. À l'inverse, offrir des programmes dans cette langue nous permet d'accueillir davantage d'étudiants étrangers, lesquels deviennent des ambassadeurs de la France dans leur pays. » Les campus de l'EDHEC comptent 25 % d'étudiants étrangers - plus de 50 % dans certains programmes de maîtrise - et l'objectif est de doubler cette proportion d'ici 5 à 10 ans. Déjà, depuis l'introduction de l'anglais, le nombre d'étudiants venus de la Chine et de l'Inde a augmenté de 65 % et 75 % respectivement.

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 4.8 (4 votes)

Commentaires (8)

«Tout est une question

«Tout est une question d'équilibre : on peut être ouverts sur le monde et garder notre identité française.»

Ils ont maintenant leur Rozon. Il faut préserver sa langue, à la condition d'en parler une autre au quotidien. Tout n'est pas perdu, il reste les réunions de famille.

Comment peut-on être

Comment peut-on être "ambassadeur de la France" et ne pas parler un seul mot de français?

On tombe facilement dans

On tombe facilement dans l'anglophobie au Québec, ce qui nous empêche de débattre de la question de l'Anglais comme langue de communication importante et de l'apprendre au plus sacrant pour mieux évoluer dans ce monde que nous ne contrôlons pas malgré les dires de certains politiciens un peu obtus.Léger Marketing n'est pas une bêtise en soi comme marque de commerce ou branding n'est ce pas M Lisée?

Bon reportage d Isabelle

Bon reportage d Isabelle Gregoire !

Quelques observations :

1 Ambassadeurs de la France de retour dans leur pays d origine ? Peut-on parler de culture ( francaise ou autre) sans inclure la langue ?

2 Pourquoi ne pas inclure le francais comme 3e langue, au moins dans une proportion de 25% ?

3 La gestion a l americaine ( rapports financiers trimestriels, rendement a l action, societe par actions, etc) constitue t elle la seule valable pour le monde ?

4 Le modele des Caisses Desjardins n est il pas a prendre en consideration dans une Ecole de Gestion ?
Faut-il releguer les Cooperatives a un rang mineur ?

Parler seulement anglais pour les Affaires implique aussi un choix de societe ,

Je crois que les français

Je crois que les français sont moins fièrs que nous, et ont laissé leur fiérté et langue, il y a belle lurette.

Il est parfois difficile de

Il est parfois difficile de choisir ce que sera l avenir , cette université a décidé de s affimer dans un milieu compétitf et agressif. Pour attirer une clientèle universitaire étrangère , on se doit d etre différent , d avant garde, tout en s appuyant sur une équipe professorale de haut niveau qui donnera crédit aux efforts déployés par la direction .
L anglais comme base de l enseignement pour une université située en France, voilà une originalité et un précédent.
L université a décidée de se mettre au diapason du monde qu elle enseigne et de reconnaitre la suprématie de l anglais dans ce domaine. Elle aura donc le résultat de préparer des personnes compétentes, motivées et capable de faire leur métier dans des conditions idéales.
Il ne s agit pas d un débat sur le respect de sa propre langue d origine ni un débat sur l avenir de la société , mais plutot un constat de l état actuel des réalités économiques. Vouloir se faire croire que le refus d enseigner l anglais ou de travailler avec cette langue , l affaibliera ou nous permettra de préserver notre différence de langue et culture est très utopique .
La force d un peuple réside dans la position qu il a acquis au niveau mondial, par son commerce par les échanges de toutes sortes , pour ce faire il faut maitriser la langue de ceux avec qui ont fait affaires être sur un même niveau qu eux, obtenir ainsi le respect international , qui nous permettra de conserver nos acquis culturels et linguistiques.
En 2011, le monde entier se trouve réduit à une place publique restreinte et compétitive , si on désire faire partie des décideurs et ainsi avoir une prise sur notre avenir , il faut s y préparer , l anglais est la base de cette démarche ,
Succès à ceux qui osent faire différent et Souhaits pour que l on apprenne à faire cette démarche au plus tôt pour notre survie et sauvegarde.

L'anglais est une langue

L'anglais est une langue facile et omniprésente. Les étudiants étrangers en France qui étudient en anglais seront comme ceux au Québec, à McGill en particlier, ou j'ai fait mes études de MBA: ils ne connaîtrons à peu pres rien du français et de la France.

C'est vrai que anglais est

C'est vrai que anglais est une langue importante pour les finances et les sciences. Mais anglais n'est pas la seule langue mondiale! Selon les chiffres 210 millions personnes parlent francais et (si les previsions sont correctes) il y aurait plus de 500 millions en 2050. Mais, les universites faisent un grand erreur par offrir des cours en anglais. Si quelqu'un veut etudier et travailler dans un pays, il faut apprendre les langues locaux. En particulaire, ca peut aider dans sa carriere!

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage